POUR NOUS, LE CHRIST RÉPOND "PRÉSENT"
Is 50, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Lc 22, 14 – 23, 56
Dimanche des Rameaux et de la Passion – année C (10 avril 2022)
Homélie du Père Thomas POUSSIER
L'usage ici est de donner une courte homélie pour introduire au récit de la Passion qui va suivre. Nous fêtons les Rameaux. Nous fêtons les Rameaux au cœur des détresses de notre monde, de nos détresses personnelles, familiales, alors qu'une guerre frappe aux portes de l'Europe et même en Europe, alors que la pandémie ne cesse pas de vouloir cesser.
La fête des Rameaux apparaît comme une promesse de vie, une promesse de vie véritable, une promesse de vie en abondance comme nous le dit le Christ. Comme le printemps après l'hiver, il nous est bon chaque année de vivre ce temps de régénération, de nouvelle création. Comme le printemps arrive après l'hiver, notre foi nous dit que Dieu nous donnera toujours la vie malgré les difficultés que nous rencontrons.
Les rameaux que nous avons agités sont un signe d'un avenir possible, sont un signe de vigueur et de vie nouvelle. Dans le violent évangile que nous allons lire, il y a une force de vie incroyable dont le Christ fait preuve, une force de vie très particulière, paradoxale même. Dieu s'est fait homme. « Il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix », avons-nous entendu il y a quelques instants dans la lettre de saint Paul aux Philippiens. Le Christ, face au mal qui traverse le monde, face au mal qui défigure notre monde, notre humanité, ce mal qui fait mourir, qui fait pleurer, ce mal qui emporte notre cœur ou notre corps, face à cela, le Christ répond « présent ».
C'est déjà ce qu'Il disait dans la bouche d'Isaïe : « Chaque matin, Dieu m'éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j'écoute. Le Seigneur mon Dieu m'a ouvert l'oreille et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé ».
Voilà une vérité de ce Christ que nous allons suivre à travers cet évangile de la Passion. Le Christ ne se dérobe pas, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu'au bout ». Il ne s'est pas écarté de cette mission qu'Il avait reçue, de cette mission qu’Il avait aimée de toute éternité, de sauver les hommes. Et pour cela, Il est allé jusqu'au bout. Le Christ ne se dérobe pas, Il répond « présent », Il se rend présent à ce qui fait la mort et la vie des hommes.
A l'inverse de Jésus, nous l'entendrons, Pierre lui, se dérobe, il ment : « Je ne connais pas cet homme ». Et Judas va se dérober à cette amitié qui l'attachait au Seigneur, et il va vendre son ami cupidement pour trente pièces. Les prêtres vont L'insulter, Le gifler par arrogance et par mépris. Judas va s’en débarrasser par bassesse, les soldats vont Le maltraiter, Le crucifier dans un déchaînement de violence. Mais le Christ ne se dérobera pas. Le Christ est là pour venir chercher tout ce qui est abîmé, détruit et enseveli. Il ne s'est pas dérobé. Il a présenté son dos à ceux qui le frappaient, ses joues, à ceux qui Lui arrachaient la barbe. Il n'a pas caché sa face devant les outrages et les crachats.
Dans la douleur de notre vie, de notre monde, le Christ répond « présent ». « Me voici pour enlever le péché du monde ». Le Christ a voulu vivre cette passion pour chacun d'entre nous. Pour nous tous, peuples rassemblés pour toute l'humanité et pour chacun d'entre nous, pour prendre sur Lui chacune de nos souffrances, et pour nous apporter à chacun sa présence et son salut. Si nous souffrons, nous sommes présents en Jésus qui souffre pour nous.
Nous entendrons cette parole absolument bouleversante du Christ en croix, une des dernières paroles du Fils sur la croix au bon larron : « Aujourd'hui, tu seras avec Moi en paradis ». Jusqu'au bout, le Christ s'est fait le bon berger, Celui qui va chercher la brebis perdue, y compris si c'est un meurtrier cloué à côté de Lui sur une croix. Il est allé jusque sur la croix pour chercher cette brebis perdue, pour recueillir les dernières paroles d'un mourant qui va être une confession de foi, une confession de foi d'un meurtrier mais une très belle confession de foi. Il va aller jusque sur la croix pour recueillir le dernier souffle de ce bon larron.
Voici que par cette attention portée aux hommes jusqu'au bout, pour chacun des hommes pécheurs que nous sommes, s'ouvre un chemin d'espérance. Un malfaiteur repenti est accueilli au ciel et « il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent que pour ceux qui n'ont pas besoin de pardon ». Jésus a prié avant de mourir. Cette prière était un cri vers Dieu, son Père pour qu'Il ne L'abandonne pas sur ce chemin de croix ni dans les abîmes de la mort. Et Dieu a écouté son cri, Il Lui a répondu. Dieu n'a pas laissé Jésus mourir pour rien. Il a permis qu'une mort innocente, une mort sans raison puisse être le début d'une résurrection, le début d'une lumière au bout du tunnel de la mort.
Par sa mort, Jésus a vaincu la mort. Désormais, nous ne sommes plus seuls à lutter dans la nuit, nous ne sommes plus seuls parce que le Seigneur sera toujours avec nous. À la suite du Christ, notre Sauveur et notre grand frère, Celui qui nous donne le pardon et la rédemption, Celui qui nous prend par la main pour franchir les ravins de la mort, à la suite du Christ, entrons dans le combat décisif de Dieu. Le Christ, mort pour nous, ressuscitera pour nous.