Ap 3, 14-23 ;Lc 17, 5-10
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
Jean écrivant l'Apocalypse (Reuilly)
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rères et sœurs, nous en sommes à la septième et dernière lettre de l'introduction de l'Apocalypse. Ces lettres forment un tout et montrent que la Parole de Dieu s'adresse à des publics variés, à chacune des communautés individuellement et en même temps à travers ce qui est dit à ces communautés, cette Parole est adressée à nous tous. La révélation n'est pas une sorte de station d'information où l'on débite des nouvelles à longueur de journée, mais c'est une information personnalisée d'abord pour quelqu'un et qui ensuite rejaillit sur toute l'Église. Aujourd'hui, lorsque nous lisons la lettre à Laodicée, nous devons trouver quelque chose qui constitue le fond même de notre foi.
Le début de la lettre est une des phrases les plus terribles de toute la Bible : "Tu n'es ni chaud ni froid, tu es tiède et je vais te vomir de ma bouche". L'expression est suffisamment parlante pour qu'on ne la commente pas. C'est le christianisme le plus déroutant qui soit, quand on récupère les valeurs ecclésiales et spirituelles pour s'aménager un confort tranquille. L'apôtre dit aux Laodiciens qu'on ne peut pas être chrétien de cette manière. La tiédeur est le pire défaut, et le Christ préférait fréquenter les pécheurs parce qu'au moins, ils n'étaient pas tièdes. L'origine de la tiédeur attire notre attention. Laodicée était une cité extrêmement prospère, commerçante, qui produisait des denrées très prisées à l'époque. La réaction de Laodicée est très claire : "Je me suis enrichie, je n'ai besoin de rien !" L'origine de la tiédeur, c'est la richesse comme fausse sécurité, et l'annonce la Parole de Dieu ne sert que de confort spirituel. Cela peut devenir une cuirasse impénétrable, il n'y a plus de générosité, plus d'éveil à l'autre, plus de sens de la souffrance et de la détresse de l'autre.
Une des principales ressources de Laodicée est de fabriquer des collyres. L'apôtre dit : "Tu ne vois donc pas ? " Tu fais voir les autres, tu es aveugle sur ta situation, du coup, "c'est toi qui est malheureux, pitoyable, sourd, aveugle et nu". Les trois ressources de Laodicée c'est l'or, ensuite, les tissus blancs, et les collyres.
La lettre dit : qu'est-ce qui t'a rendu tiède ? c'est ta richesse. Et non seulement elle t'a rendu tiède, mais encore aveugle sur cette tiédeur. La richesse de la ville la rend aveugle sur sa tiédeur, sur sa suffisance spirituelle qui l'empêche de chercher Dieu et de porter du fruit par la Parole qui lui a été donnée, elle est nue, elle est honteuse car elle s'affiche en public et cela devient indécent. De plus, elle a besoin de se laisser ouvrir les eux sur sa situation C'est une lettre très sévère avec la critique de la richesse et de l'économie.
Mais il y a une fin qui est très belle, si Laodicée se repent et ouvre les yeux, il faut qu'elle revienne à son ardeur par le repentir, car : "Je me tiens à la porte et je frappe, et si quelqu'un entend ma voix, j'entrerai chez lui pour souper lui près de moi et moi près de lui". En même temps que la Parole de Dieu est sévère pour Laodicée, l'amour de Dieu demeure. Si l'évangile a été annoncé, Dieu ne revient pas sur sa promesse d'être proche des communautés, des Églises. Laodicée ne le voit, pas mais Dieu est à sa porte, et c'est magnifique. Du point de vue de l'écriture de cette lettre, l'auteur lui dit : je ne peux pas me taire sur l'aveuglement créé par ta richesse, mais en même temps, même si tu ne le vois pas, il faut pourtant qu'à un moment ou l'autre tu te rendes comptes que Dieu est assis à ta porte. Elle doit ouvrir la porte pour que Dieu vienne manger chez elle, venir partager ce que la communauté veut partager avec son Seigneur, et c'est le sens même de l'eucharistie pour chacun d'entre nous.
AMEN