Ap 3, 1-13 ; Lc 16, 10-17
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Retrouver la source de la Parole de Dieu en nous (Chartres)
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rères et sœurs, nous sommes toujours dans ces petites lettres que l'auteur de l'Apocalypse envoie à différentes Églises et l'intérêt de ces lettres c'était de nous montrer qu'au fond, dès les débuts la Parole de Dieu était adressée en général mais qu'elle s'adressait à chacune des communautés particulières. Toute la Bible, et c'est toute l'énigme de la méditation et du surgissement de la Parole de Dieu, c'est que Dieu n'assène pas une sorte de cours magistral sur un peuple, sur une communauté, mais il fait surgir de l'intérieur même de ces communautés son message suivant chacune des situations des différentes Églises.
Les deux lettres entendues aujourd'hui ont un trait commun et qui nous concerne immédiatement. Le message adressé à ces Églises concerne l'endurance et la patience. L'Apocalypse qui est écrite vers les années 90 à peu près concerne déjà une nouvelle génération de chrétiens. Il commence à y avoir une sorte de nostalgie qui va considérablement affaiblir la vivacité des premières communautés. Les choses ne vont pas assez rapidement. On croyait que la résurrection, l'avènement du Christ allait être pour tout de suite, et toute une génération a déjà disparu. Que sont-ils devenus ? Sont-ils ressuscités ? Le message évangélique nous dit que oui, mais enfin, on n'en sait rien. Dans cette situation, on découvre que c'est l'affaiblissement, l'affadissement dans les communautés. Ainsi, pour l'Église de Sardes, l'apôtre dit : "Je me souviens de l'élan de ta jeunesse". C'est peut-être une des personnes qui a commencé l'annonce de la foi à Sardes qui rappelle qu'au départ, cette Église est partie tout feu tout flemme. Non seulement l'enthousiasme n'est plus là mais il y a des divisions dans la communauté, il n'y a plus cette ferveur dans la communion de la charité.
Dans l'Église, dans la tradition chrétienne, ce qui est le plus usant, c'est la durée. Nous, aujourd'hui nous avons tendance à croire facilement que le temps c'est l'avenir de nouvelles choses, on peut inventer des nouvelles choses. Oui, mais le temps, c'est aussi l'usure. C'est cela que l'écrivain de l'Apocalypse veut nous faire percevoir. C'est vrai, ces Églises ont reçu une impulsion formidable à travers l'annonce de l'évangile et à travers l'instauration de la première communauté chrétienne, et il faut durer. C'est pour cela qu'à la fin de la lettre à Philadelphie, l'écrivain dit : "Après, je te donnerai un nom". Notre identité n'est pas simplement marquée par notre naissance, mais notre véritable identité consiste dans le fait de durer jusqu'au bout. Notre histoire, dans la manière dont se déroulent les choses, il y a des épreuves, des échecs, des obstacles, mais ce qui compte, c'est de pouvoir recevoir son nom, de pouvoir arriver à ce moment où Dieu nous donne notre nom, notre véritable identité dans son Royaume.
Frères et sœurs, c'est pour nous aujourd'hui d'une très grande actualité. Une des choses dont on dit souvent de l'Église aujourd'hui, c'est que oui, elle existe, mais a-t-elle toujours la force que lui a donné la première prédication évangélique. Ne sommes-nous pas des pays de vieille chrétienté ? portant des ambiguïtés et des déceptions ? N'avons-nous pas le sentiment que le christianisme européen a donné le meilleur de lui-même il y a pas mal de temps et qu'il est difficile de se ressourcer, de redémarrer et de repartir ? C'est pour cela que ces lettres de l'Apocalypse restent pour nous d'une très grande actualité. Nous avons acquis une identité chrétienne toute faite, on sait qui nous sommes et l'on continue. Non. On ne sait pas encore tout à fait qui l'on est ! On ne continue pas simplement sur la lancée, il faut essayer sans cesse de trouver ce qui est la source de résistance et de la possibilité pour la foi de se manifester au cœur d'un monde qui la plupart du temps n'est plus réceptif. Relisons ces petits billets de l'auteur de l'Apocalypse à ces deux Églises et interrogeons-nous sur la manière dont nous vivons l'endurance chrétienne. Ce n'est pas facile, chacun d'entre nous dans sa propre histoire personnelle connaît ces moments de fléchissement, de découragement, de difficulté, mais aussi, et c'est le rappel de ce qui nous est offert aujourd'hui à travers ces textes, si nous essayons de retrouver la source profonde de la Parole de Dieu en nous, ce sera sans doute le meilleur moyen de nous remettre en selle.
AMEN