URBANISME SPIRITUEL
Ap 22, 1-7 ; Mt 24, 29-36
(25 novembre 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La bonne clé !
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rères et sœurs, le petit texte de l'Apocalypse que nous avons entendu tout à l'heure est une leçon d'urbanisme. En effet, il y est question d'une ville, on sait par ailleurs qu'il s'agit de Jérusalem, mais non pas la Jérusalem de la terre, mais précisément la Jérusalem céleste, et cette ville si on la décrit de façon purement matérielle, est un peu bizarre, mais elle répond à des descriptions très précises.
D'une part, cette ville a un trône, c'est le trône de Dieu et de l'Agneau. La première chose qui caractérise cet espace urbain, c'est le trône. La deuxième chose, c'est le fleuve. Depuis le trône coule le fleuve, et il irrigue la ville. C'est une chose assez bizarre, car chez les anciens, on ne construit pas la ville pour qu'elle soit divisée par le fleuve. C'est rarissime. Même Rome, dans son architecture primitive était sur la rive gauche du Tibre mais à cause de l'urbanisation massive à l'époque impériale, qu'il a fallu construire des ponts sur le Tibre pour bâtir la ville sur les deux côtés du fleuve. Quant à Paris, vous le savez, c'est uniquement l'île de la cité qui était la ville et c'était défensif. On ne partageait pas l'espace par un fleuve. La troisième chose, ce sont les arbres et ils ont une particularité, ils ont une fonction de médicaments. Là encore, c'est assez bizarre car dans l'Antiquité, on ne peut pas dire qu'on y ait le souci des espaces verts. D'une part on n'était pas pollué par les voitures comme aujourd'hui, le forum chez les romains n'était pas un espace vert, l'Agora chez les grecs n'était pas un espace vert. C'est assez curieux parce que c'étaient des villes méditerranéennes, mais il faut pratiquement attendre les premiers efforts d'urbanisme arabe aux septième et huitième siècle, avant Charlemagne, pour qu'on commence à faire ce qui est devenu nos allées de platanes, on ne met pas la campagne à la ville pas plus qu'on ne met la ville à la campagne. Enfin, il y a un problème d'éclairage public. Il n'y a plus de soleil, plus de lune, mais il y a un éclairage public. C'est assez curieux car comment concevoir une ville uniquement avec un trône, une seule place assise avec un fleuve, ce n'est pas très confortable pour vivre et dormir, avec des arbres qui servent d'officine pharmaceutique, et sous un éclairage public qui ne tient plus compte du rythme de la vie naturelle, le soleil, la lune, le jour et la nuit.
En réalité, c'est un urbanisme spirituel extrêmement élaboré. Je reprends chacun des termes et je vous donne une certaine clé. Le trône c'est le siège de la Parole. Cette ville est faite pour s'ouvrir au mystère, à l'annonce du Salut révélé par l'Agneau. Dans cette ville il n'y a qu'un seul média, une seule chaîne de télé, une seule chaîne de radio, c'est le trône de Dieu et de l'Agneau. Tout l'espace public de cette ville est comme occupée par la parole qui et la Parole du salut, la Parole de l'Agneau.
La deuxième chose, le fleuve, c'est la vie. Une ville la plupart du temps est animée par ses habitants, or, là c'est l'inverse. Ce sont les habitants qui sont animés par le fleuve. C'est donc une ville dans laquelle c'est le fleuve de l'Esprit qui est le principe vital de la ville. C'est aussi une sorte de reconversion, de renversement des catégories de l'époque. La ville vivait par le rassemblement et le regroupement de ses habitants, ici la ville vit par le fleuve. Le sommet de la manifestation de cette vie donnée par le trône de Dieu et l'Agneau à travers le fleuve, ce sont les arbres qui guérissent. C'est la ville du pardon. Les païens, ceux qui ont été infidèles, ceux qui ont été pécheurs, tous sont invités à pouvoir prendre les feuilles des arbres qui poussent douze fois par an, c'est l'éternité. Enfin, l'éclairage public. Dans cette ville on vit dans la lumière de la présence de Dieu. C'est la vision de Dieu.
Nous aujourd'hui, tout cela nous paraît être des catégories un peu étranges, on ne peut plus penser une ville de cette façon-là, mais c'est assez caractéristique, c'est la cité divine par excellence. Lorsque Jérusalem n'est plus comprise selon les catégories humaines et ordinaires des villes, mais comprise par cet architecte génial qui est Dieu, cela fait que la ville devient un lieu divin. C'est cela le message de ce texte. Comment la Jérusalem n'est plus simplement le rassemblement à partir des forces humaines de ce lieu de convivialité, mais comment la ville elle-même à partir du cœur de Dieu et de l'Agneau devient une possibilité de vivre ensemble le mystère de la présence de Dieu.
C'est sur cette image extraordinaire que nous terminons l'année liturgique, c'est la révélation du but de l'histoire du salut, car finalement, cette ville, quelle est-elle ? ce n'est jamais que le cœur de Dieu habité par l'humanité sauvée.
AMEN