Ap 5, 1-10 ; Lc 18, 1-8
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Ouvrir le Livre (Stalles-Bommiers)
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rères et sœurs, vous avez entendu dans cet évangile ce qu'on appelle communément dans la littérature de l'époque de Jésus, la littérature rabbinique, l'argument "a fortiori". A fortiori si un juge inique et égoïste au bout d'un moment accepte de lâcher le morceau et de recevoir cette veuve et d'appliquer la justice, à fortiori Dieu qui n'est pas égoïste et qui n'est pas inique, entendra et écoutera le cri des veuves. Vous avez entendu à la fin de cet évangile cette petite phrase : "Quand Dieu reviendra sur terre, trouvera-t-il la foi ?"
Dans la première lecture il y a une situation un petit peu similaire, ce moment qu'on pourrait considérer comme angoissant : "Qui est digne d'ouvrir le livre et d'en briser les sceaux ? Mais nul n'était capable ni dans le ciel ni sur la terre d'ouvrir le Livre et de le lire". Dans l'évangile comme dans la lecture de l'Apocalypse, nous sommes invités à réfléchir sur la relation entre la foi et la pratique. Très souvent, pour nous chrétiens, la foi précède la pratique. C'est parce que j'ai la foi que je vais me mettre en mouvement, que je vais lire la Bible, que je vais obéir aux préceptes, que je vais venir à la messe. Or, ce qu'il faut constater, c'est que par le sacrement du baptême nous sommes affiliés à Jésus, et le seul qui soit capable s'ouvrir le Livre, c'est le Christ. Pas simplement parce qu'il est le Verbe de Dieu, pas simplement parce qu'il a présidé la création du monde de toute éternité, pas simplement parce qu'il a fait alliance avec Abraham et Moïse en tant que Verbe de Dieu, mais pour quelque chose de très précis : "Tu es digne de prendre le Livre et d'en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu au prix de ton sang, des hommes de toutes races, langues peuples et nations".
Autrement dit, la pratique humaine du Dieu incarné est ce qui permet dans l'Apocalypse d'ouvrir le Livre. Ce n'est pas uniquement parce qu'il est un Dieu qui vient visiter les hommes pour dire par exemple à Abraham qu'il va avoir un fils, c'est par sa pratique dans sa chair humaine qu'il sera considéré comme pouvant ouvrir le Livre. J'attire votre attention sur cette relation entre pratique et foi. Je le redis, très souvent, nous, les chrétiens, nous mettons comme moteur en premier la foi avant la pratique. C'est la raison pour laquelle nous rencontrons tant de gens qui nous disent : moi j'ai la foi, mais je ne pratique pas. Or, la tradition juive et l'Apocalypse nous mettent sur une voie extrêmement importante, c'est que la pratique précède aussi la foi. C'est le peuple d'Israël au moment de l'Alliance au Sinaï qui dit les mots sans le bon ordre : "Je ferai et j'écouterai".
Cela explique ce que je viens de dire des gens qui ont la foi sans pratiquer, mais cela explique aussi notre rapport au livre, à la révélation écrite. Généralement et instinctivement, nous utilisons et nous ouvrons la Bible exactement comme nous ouvrons le petit fascicule explicatif du téléphone ou de l'ordinateur. La Bible serait une sorte de mode d'emploi qui, pour chaque geste de notre vie, nous apporterait la bonne réponse. Or, c'est plutôt dans un système d'aller-retour dans ce que nous pratiquons et la manière dont nous soumettons ce que nous pratiquons à la lecture de la Parole de Dieu à travers laquelle nous rentrons en dialogue avec Dieu.
Frères et sœurs, ce petit passage de l'Apocalypse nous rappelle aujourd'hui qu'un seul est digne d'ouvrir le Livre, c'est l'Agneau qui à travers le don de sa vie et nous, nous avons été rachetés par le sang de cet Agneau, nous avons été baptisés dans ce sang, et en tant que chrétiens, il nous est donné la possibilité d'ouvrir ce Livre, mais pas simplement pour le considérer comme un mode d'emploi, mais pour faire ce travail, cette ascèse d'aller-retour entre ce qui est dans le Livre et ce que nous sommes, offrir à Dieu notre pratique pour pouvoir découvrir dans le Livre que notre pratique, même si elle est pécheresse, est pourtant au cœur de la Bible, au cœur de l'Histoire Sainte. Avec ce passage de l'Apocalypse, nous découvrons que toute histoire humaine et sainte et que ce n'est qu'à travers cette histoire humaine que nous pourrons nous retrouver auprès de Dieu, auprès de l'Agneau.
AMEN