Ap 4, 1-11 ; Lc 19, 41-48
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Sur le trône, Quelqu'un …
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rères et sœurs, quand on lit le livre de l'Apocalypse, on a l'impression d'un livre un peu brouillon, ça part dans tous les sens, les images, les symboles s'accumulent les uns sur les autres, on passe d'une scène à l'autre. C'est comme un film de sciences-fiction dans lequel les séquences s'enchaînent avec une telle rapidité qu'au bout d'un moment, on est perdu.
Pourtant, j'aimerais attirer votre attention sur un fait qui me paraît très important. Dans le premier chapitre, la vision, c'est le Christ, c'est l'Omega. C'est ce personnage qui tient en mains la clé de l'histoire et du salut. Mais on ne voit que lui. Puis, dans les deux chapitres suivants, il y a sept lettres. Ces sept lettres s'adressent à sept Églises et à cause du chiffre sept, je crois que l'ensemble de ces Églises représentent la vie de l'Église tout entière telle qu'on se la représentait à l'époque.
Autrement dit, au début, le Christ, ensuite le peuple qui appartient au Christ, qui reçoit à la fois les encouragements, les reproches aussi, et les consignes pour rester dans la fidélité. D'une certaine manière, cet ensemble-là constitue l'introduction du livre de l'Apocalypse. C'est pourquoi on peut dire qu'il constitue déjà en lui-même une sorte de mise en bouche, de mise dans l'ambiance le véritable problème de l'Apocalypse, ce sera la manière dont le Christ conduira son Église dans le Royaume de Dieu. C'est ce qu'on retrouvera aux chapitres vingt et un et vingt-deux, c'est-à-dire la manière dont tout à coup la ville, la cité sainte, s'avance sur le ciel à la rencontre du Christ qui est l'Époux. Par conséquent, entre ces trois premiers chapitres et les deux derniers, il y a véritablement une sorte de correspondance et une réflexion sur le mystère de l'Église. Ce qui nous dit donc que le livre de l'Apocalypse est vraiment un livre sur le mystère de l'Église.
Seulement, voilà ! l'Église est dans le monde et il s'agit de savoir comment cette Église peut vivre dans le monde ? Question d'autant plus délicate que pour les chrétiens de l'époque, cet enracinement dans le monde est vécu de façon extrêmement douloureuse, avec des persécutions, avec des malheurs, avec des cataclysmes. C'est d'ailleurs tout cet ensemble de fléaux, d'épisodes dramatiques, un peu comme une sorte de journal télévisé incessant qui ne nous annonce que des catastrophes, qu'il faut expliquer aux chrétiens pourquoi l'Église vit dans ce monde-là.
Ce n'est pas un hasard si le chapitre quatrième dont nous venons de lire complètement le texte nous ramène précisément au problème fondamental. Le visionnaire dit qu'après les sept lettres aux sept Églises, à nouveau le ciel s'ouvrit et il voit une porte qui s'ouvre. A travers cette porte, il voit un trône. Autour de ce trône, il y a un certain nombre de personnages. Il y a quatre vivants qui sont constellés d'yeux, Ils sont en haut au milieu du trône et cela reprend sans doute la vision d'Ézéchiel des quatre vivants qui vont dans les quatre directions : est, ouest, nord et sud. Ensuite, il voit vingt-quatre vieillards qui lancent leur couronne aux pieds de celui qui est assis sur le trône et qui est simplement désigné par "Quelqu'un". Ici évidemment, le "Quelqu'un" c'est le mystère de Dieu. Ici, Jean ne nous fait pas un développement sur la Trinité ou autre chose, c'est le mystère même de Dieu. Le mystère de Dieu s'est assis sur un trône, car c'est la royauté et le jugement. Or, ce qui est intéressant, qu'il s'agisse des quatre vivants, qu'il s'agisse des vingt-quatre vieillards, en réalité, cela concerne, le monde, la création.
Cette vision du chapitre quatrième commence à expliquer que Dieu exerce la souveraineté sur le monde entier à travers les quatre vivants qui ont pour mission d'aller dans les quatre directions du monde et de diriger le monde. Les quatre vivants, sont ceux qui ont la mission de gouverner le monde. Ce sont les anges, comme on les appelait au Moyen-Age, les anges recteurs, ceux qui conduisent le monde. Cela ne veut pas dire que le monde obéit, mais cela veut dire que les anges ont la charge de la conduite des destinées du monde, et ils sont délégués directement depuis le trône où siège ce Quelqu'un.
En même temps ce monde, symbolisé par les vingt-quatre vieillards qui envoient leur couronne, c'est le symbole des différents pouvoirs des nations, qui sont répandues à travers le monde entier et qui, d'une manière ou d'une autre, sont déjà inscrites dans la louange qui consistera à célébrer le salut de Dieu. Ce chapitre quatrième ouvre une perspective qui doit colorer ensuite tout ce qui va se passer, même si à certains moments, ce sont des catastrophes, des famines, des guerres, etc … en réalité, tout est joué. A travers la figure de celui qui siège sur le trône, les quatre vivants, chargés de l'organisation et du déroulement de l'histoire dans le monde, et les vingt-quatre vieillards qui représentent les différents pouvoirs qui sont dans le monde et qui rendent leur couronne à Dieu, c'est déjà la victoire de Dieu, du salut de Dieu sur le monde.
Ce texte évidemment très mystérieux, très énigmatique, nous livre ce qui est un des fondements de notre foi, c'est le commentaire de ce que Jésus disait à la veille de sa Passion : "Courage, j'ai vaincu le monde". En réalité dans ce récit, c'est que quoiqu'il arrive par la suite, le visionnaire dit aux chrétiens : "Ne vous en faites pas, Dieu a déjà manifesté et mis en œuvre toute sa puissance sur la destinée de ce monde".
Contrairement à ce qu'on a parfois pensé, l'Apocalypse n'est pas une vision pessimiste du monde, qui consisterait à dire que de toute façon le monde est fichu et qu'il va à sa perte, discours chrétien qu'on entend périodiquement. Mais c'est au contraire une vision très profonde que de toute façon, à partir du moment où depuis le trône de Dieu comme centre de toute l'initiative du destin du monde, commence à s'exercer le pouvoir de Dieu, c'est l'œuvre du salut du monde qui va agir non seulement dans les sept Églises mais aussi à travers le monde entier, à travers le ministère des quatre anges et des vingt-quatre vieillards.
AMEN