LE SIGNE DU FILS DE L'HOMME

Ap 20, 1-4 et 21, 1-3 ; Mt 24, 29-36

(27 novembre 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

e monde ébranlé, Satan enchaîné, la trompette qui appelle à la Résurrection le jugement pour lequel des trônes sont posés dans le ciel, puis la venue du Fils de l'Homme sur les nuées du ciel et la terre nouvelle, le ciel nouveau qui se lève, voilà ce que ce passage de l'Apocalypse et le discours du Christ nous présentent. Au milieu de ce tableau de jugement, il y a le signe du Fils de l'Homme. "Alors apparaîtra le signe du Fils de l'Homme" c'est-à-dire la croix du Christ.

C'est dire que le jugement du monde, le ju­gement qui est victorieux du mal, de Satan, le juge­ment du monde qui fait que les hommes se frappent la poitrine parce qu'ils savent leurs péchés et qu'ils se tournent vers Celui qu'ils ont transpercé, le jugement du monde qui fait surgir des cieux nouveaux et une terre nouvelle, c'est la croix du Christ. La croix du Christ n'est pas d'abord condamnation mais le signe de l'amour triomphant de Dieu. L'amour de Dieu qui l'a crucifié, l'amour de Dieu qui lui a fait donner jus­qu'à l'ultime limite de sa vie pour les hommes, cet amour c'est celui qui, à la fois, nous juge et qui nous sauve. C'est l'amour qui nous juge parce que en de­hors de l'amour il n'y a rien, il n'y a que le néant, l'anéantissement, la destruction. C'est pourquoi ceux qui, comme Satan, refusent cet amour ne peuvent qu'être rien, c'est-à-dire se retrouver dans la solitude de leur égoïsme, de leur refus d'amour. L'amour qui sauve parce que tous ceux qui se tournent vers lui, même s'ils sont pécheurs, s'ils se frappent la poitrine, s'ils regardent avec désir et espérance vers Celui qu'on a transpercé ou Celui qu'eux-mêmes ont transpercé par leurs péchés, tous ceux qui convertissent leur cœur c'est-à-dire qui retournent leur cœur, tous ceux qui convertissent leur regard, c'est-à-dire qui tournent leur regard vers cet amour triomphant sont sauvés, c'est-à-dire sont renouvelés, deviennent eux aussi partie prenante de ces cieux nouveaux, de cette terre nouvelle, de ce renouvellement de tout l'univers et de chacun d'entre nous.

La croix du Christ est le point de départ de ce monde nouveau parce que c'est la première cellule de cet amour qui va unir en un seul corps tous ceux qui se laisseront atteindre en eux-mêmes par la puissance vivifiante de cet amour. Nous constituerons tous avec le Christ l'unique corps de l'Église c'est-à-dire de l'humanité sauvée, c'est-à-dire de l'humanité remplie de la vie du Christ Ressuscité, de l'humanité remplie par l'amour de Dieu qui, comme la sève d'une vigne irrigue toutes les branches, les sarments. Nous cons­tituerons tous ensemble cette Église triomphante qui unira l'univers tout entier, les cieux et la terre, toutes les réalités du monde en un seul corps du Christ, défi­nitivement vainqueur de ce mal, de ce refus de l'amour. La croix du Christ principe de notre salut, principe du jugement c'est-à-dire de l'amour du Christ qui vient au plus profond de nous-mêmes pour séparer en nous tout ce qui est le mal et qui doit être rejeté, et pour vivifier tout ce qui en nous tourne vers cet amour, l'accepte et le reçoit.

Dès maintenant ce jugement est commencé, dés maintenant la croix du Christ est le centre du monde, dès maintenant l'amour de Dieu est au centre de tous les cœurs, au centre de tous les êtres, dés maintenant l'amour de Dieu entreprend cette création nouvelle. Tournons-nous avec espérance, avec contri­tion mais avec une confiance absolue vers ce Christ que les hommes et nous-mêmes avons transpercé, mais qui par son sacrifice même nous sauve et nous donne la vie.

 

AMEN