LE GRAND SOIR ET LE GRAND MATIN

Ap 22, 16-17+20-21

(2 décembre 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Grau du Roi : coucher de soleil 

J

e suis l'étoile radieuse du matin". Le Christ est l'étoile radieuse du matin. Si je commençais par une devinette, à laquelle je suis sûr, vous ne me donneriez pas la bonne réponse : quelle est la différence entre le communisme et la foi chrétienne ? Je suis sûr que tous, vous iriez chercher du côté : la foi chrétienne croit en Dieu, le communisme est athée, la foi chrétienne est au-dessus des contingences économiques, le communisme ... etc ... Moi je crois que la vraie différence, et c'est toute la différence, c'est que le communisme a cru, parce que maintenant, plus personne n'y croit, au grand soir, alors que nous, nous croyons au grand matin. Et cela, c'est une sacrée différence, c'est le cas de le dire, c'est l'adjectif qui convient !

       C'est parce que le communisme a cru au grand soir que ce monde a fini par se coucher et disparaître dans une espèce de léthargie terrible, dont il a tant de mal à se réveiller, la grande dynamique du communisme c'est que vous travaillez, et quand vous travaillez, vous êtes fatigués, et vous ne pensez qu'à une chose : vivement le grand soir qu'on se couche. Et c'est effectivement ce qui est arrivé, à force de travailler, et parfois même de tirer au flanc, à force de penser : vivement ce grand soir, qu'on se couche, finalement, le grand soir est arrivé, non pas exactement comme on l'avait cru, mais il est arrivé par une sorte d'effondrement interne du système. A force de mobiliser les gens avec des slogans, avec des grandes exhortations, avec de grands idéaux et des grands projets jamais atteints, à force de décevoir sans arrêt, les gens ont fini par aller se coucher. Et c'est ça le grand soir, en fait, il ne faut pas se tromper, en 1789, c'était vraiment le grand soir, et après le grand soir, il y a la nuit.

       Or dans le christianisme, et c'est pour cela qu'aujourd'hui, même si c'est la fin de tout, nous devons être plein d'espoir, dans le christianisme nous croyons que c'est le Christ qui est l'étoile radieuse du matin. Quand le Christ annonce sa venue, Il dit deux choses : premièrement, on arrête la pendule, la lune, les étoiles et le soleil toute la grande pendule cosmique s'arrête, c'est la fin de "Il y eut un soir, il y eut un matin,"  il n'y a plus matin ni soir, mais il y a l'ouverture sur le jour nouveau. Et comment se présente le jour nouveau ? Il se présente comme les petits bourgeons, les premières feuilles ou les premiers fruits du figuier. Là où nous avons la plupart du temps transposé un discours sur les fins dernières, discours de peur, de terreur, de Dies iræ, en réalité, le Christ n'avait dit qu'une chose : il va y avoir des petits bourgeons, il va y avoir comme un printemps. Et au moment de ce printemps, curieusement la grande mécanique du temps va s'arrêter, elle ne s'arrêtera pas un soir, elle s'arrêtera au moment où le figuier commence à faire bourgeonner ses fruits. La grande mécanique céleste du ciel et de la terre sera remplacée par le signe du Fils de l'Homme. Et c'est cela le grand mystère de la nouveauté du salut. C'est pour cette raison que le Christ peut "venir", il ne vient pas se coucher par terre, il vient se relever d'entre les morts. C'est cela l'eschatologie, c'est cela la fin des temps, c'est l'immense relèvement du Christ qui ayant pris possession de l'univers entier, de l'humanité tout entière se relève et la fait se relever avec Lui.

       C'est cela que nous nous apprêtons à fêter quand nous entrons dans le premier dimanche de l'Avent. Quand nous entrons liturgiquement dans le prochain millénaire, nous ne fêtons pas des gens couchés, lassés d'avoir trop travaillé pendant deux mille ans dans le champ du Seigneur, nous fêtons des gens, ceux-là même et celles-là même que nous sommes, et qui sont heureux de se laisser surprendre par la venue de Jésus-Christ.

 

       AMEN