LE MYSTÈRE DE JÉRUSALEM
Ap 22, 1-7
(27 novembre 1991)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Espérance …
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e rapport entre les deux textes que nous venons d'entendre est assez frappant. Le premier est une description d'une ville dont on sait par un autre verset de l'Apocalypse qu'elle s'appelle Jérusalem, la Jérusalem Nouvelle. Et dans l'évangile il s'agit de la description des malheurs qui touchent une ville, celle où a lieu "l'abomination de la désolation" c'est-à-dire là où il y a le Temple, la profanation du Temple, et c'est encore Jérusalem. Ainsi donc, à travers ces deux lectures, c'est le mystère de Jérusalem sans sa vétusté et dans sa nouveauté qui nous est ainsi indiqué.
Ceci peut nous aider peut-être à mieux comprendre le sens de ces discours de catastrophes que l'on appelle discours eschatologiques qui se trouvent à la fin des évangiles synoptiques. Le sens de la destruction de Jérusalem n'est pas simplement, même si le Christ visait sans doute cette destruction historique qui eut lieu une quarantaine d'années après sa mort, n'est pas simplement la destruction de Jérusalem et du Temple par les romains. Le sens de ce discours et de cette prophétie de Jésus touche le mystère même de ce que Dieu a voulu faire, c'est-à-dire que, avant de bâtir une Jérusalem nouvelle, celle dont nous parle l'Apocalypse, il faut que la Jérusalem ancienne qui n'est pas simplement la ville telle qu'elle était habitée, aménagée et le lieu de la demeure des juifs de l'époque, mais qui représente la création dans sa vétusté.
Autrement dit, les deux textes nous disent le mystère de la pâque du monde. Le monde est une ville, le monde est un peuple qui demeure dans une cité. Et ce monde que nous formons, cette création que nous formons est touché par la vétusté du péché. Et pour que ce monde et cette cité, cette Jérusalem puisse trouver sa véritable figure, il lui faut passer par une mort et par une résurrection. Et alors seulement peut apparaître le véritable visage de la Jérusalem transfigurée. Ainsi donc nous est manifesté que le discours de Jésus sur la ruine de Jérusalem n'est pas simplement un discours de mort, ni non plus un discours de destruction ou de mépris de cette création, mais au contraire il est l'annonce du mystère que sa Pâque à Lui, Jésus, qui s'est accomplie par sa mort et sa résurrection, doit prendre la mesure et la dimension du monde et que le monde entier, à partir de Jérusalem ou plus exactement en tant que Jérusalem, en tant que cité des hommes habitant un cosmos, doit aussi passer par une mort qui le conduira et qui conduira toute l'humanité à cette nouvelle Jérusalem, dans laquelle trône l'Agneau, c'est-à-dire le Fils, et dans laquelle coule en plénitude le fleuve de l'Esprit, faisant pousser "les arbres dont les feuilles guérissent les païens" c'est-à-dire la Jérusalem de la réconciliation de tous les hommes dans l'unique mystère de la communion trinitaire de Dieu.
Chaque fois que nous célébrons l'eucharistie et que nous chantons, juste après la consécration "Que ce monde passe, que Ton Règne vienne ! Nous attendons que Tu viennes", toutes ces proclamations font allusion à ce passage de la Jérusalem ancienne à la Jérusalem Nouvelle. Il y aussi dans notre vie des quantités d'aspects de la Jérusalem ancienne qui doivent passer par une mort pour entrer dans la Résurrection de la Jérusalem Nouvelle. Que cela, aujourd'hui dans cette eucharistie, s'accomplisse toujours davantage.
AMEN