LA RENCONTRE DE DIEU ET DE L'HOMME
Ap 20, 1-4 et 21, 1-3
(26 novembre 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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es deux textes que nous venons de lire concentrent notre regard sur la fin des temps. En réalité ce mystère est celui de l'Église. Qu'est-ce que l'Église ? C'est simplement la rencontre de Dieu et de l'homme.
Et parce que cette rencontre de Dieu et de l'homme a commencé à s'opérer au jour où le Christ est venu partager notre humanité, cette rencontre n'a jamais cessé de continuer, de s'amplifier jusqu'au jour où elle trouvera sa plénitude, son accomplissement. La fin des temps, ce n'est pas d'abord une catastrophe, c'est d'abord l'accomplissement de la rencontre de Dieu avec les hommes.
C'est le sens de la vision de saint Jean à la fin de l'Apocalypse. L'Église "belle comme une fiancée parée pour son Epoux". C'est la rencontre du mystère de l'humanité sauvée avec le Christ. Et de la même façon la vision des anges qui sonnent de la trompette pour rassembler tous les élus, c'est le même mystère de la venue du Fils de Dieu qui vient pour rassembler son peuple, le constituer en communauté, en Église, et se l'unir à Lui.
Ainsi donc nous sommes ramenés au cœur même du mystère de ce que nous vivons. L'Église n'est pas un intermédiaire. L'Église n'est pas quelque chose entre Dieu et les hommes. L'Église est tout simplement dans le "avec" du "Dieu avec nous". Il y a Dieu, il y a nous, et la rencontre comme telle, cela fait l'Église. Et il n'y a pas d'autre raison d'être de la venue de Jésus-Christ. Il n'y a pas d'autre raison d'être de la Résurrection du Christ.
Il est venu pour nous rencontrer. Et c'est la rencontre elle-même qui donne l'Église. Ensuite, bien sûr, il faut que cette Église soit construite, bâtie comme un peuple, qu'elle trouve son visage, qu'elle ait besoin de tous ces outils ou de tous ces instruments qui lui permettront de rester dans sa véritable identité d'Église. Mais fondamentalement, le mystère de l'Église c'est "Dieu avec nous et nous avec Dieu".
Et si nous attendons la fin des temps, si nous attendons la venue glorieuse du Seigneur, ce n'est pas comme un point d'orgue ou un point final. Mais nous l'attendons sans cesse comme une rencontre qui creuse en nous le désir d'être plus à Dieu, de le connaître mieux, d'être encore davantage auprès de Lui. Ce désir de la fin des temps, c'est simplement le désir de l'accomplissement de l'homme qui doit être, qui doit vivre totalement avec Dieu et pour Dieu.
Et même si nous savons que le désir et l'accomplissement de ce désir ne peut passer que par la mort, que par une sorte de destruction de cet univers et de nous-mêmes, nous avons la certitude et l'espérance que cette mort n'a pas le dernier mot, qu'elle ne peut rien arrêter, qu'elle ne peut rien empêcher de la rencontre qui déjà a commencé par anticipation, aujourd'hui, maintenant, dans l'Église que nous sommes aujourd'hui.
Que cette fin d'année liturgique, que nous célébrons de jour en jour en nous préparant à la venue du Seigneur, soit vraiment l'occasion pour nous de renouveler cette foi profonde dans le mystère de l'Église. Non pas une institution ou une culture religieuse qui nous arriverait par-dessus la tête pour faire une sorte d'unité entre nous, mais vraiment le sens qu'il n'y a pas d'autre source, d'autre racine de l'Église que le fait brutal et global de la rencontre de Dieu et de l'homme. Partout où Dieu rencontre l'homme, partout naît l'Église. Partout où naît l'espérance d'un salut et d'un face-à-face avec Dieu, là encore naît l'Église. Partout où un homme manifeste son amour pour son frère, au nom de Jésus-Christ et par la grâce de Jésus-Christ, là encore naît l'Église. Et partout où quelques chrétiens, quelques disciples de Jésus se rassemblent pour célébrer sa présence dans son corps et son sang, car c'est pour cela qu'Il nous a laissé son corps et son sang, à cause de sa présence, alors naît aussi l'Église.
Que cela soit vraiment la réalité la plus profonde que nous sommes appelés à reconnaître, que cela soit vraiment la consistance la plus fondamentale de nos actes de foi. Que cela soit la texture même de la charité et de la communion qui nous unit.
AMEN