LA RUINE DU TEMPLE
Ap 10, 8-11
(16 novembre 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Jérusalem : fouilles au Pinacle
|
L |
orsqu'à la fin de l'année liturgique nous recommençons à lire ces textes du discours apocalyptique, du discours eschatologique du Seigneur, nous sommes toujours traversés par une sorte d'appréhension, de frisson, de science fiction, parce que nous imaginons que tout cet univers que nous passons tout notre temps à construire et à aménager, à rendre laborieusement habitable, que tout ceci va être ramené à la ruine et que, de même que du temple de Jérusalem il ne reste pas pierre sur pierre, on voit déjà tout ce monde, tout ce temple de Dieu s'effriter, se décomposer et se désagréger.
Pourtant je ne crois pas que le Christ ait donné cet enseignement prophétique simplement pour terroriser ses disciples. Il me semble qu'au contraire l'enseignement du Christ vise à donner l'espérance. La parole de Jésus à propos du temple est à lire à trois niveaux : il y a d'abord effectivement l'annonce prophétique de la destruction du temple, puis ce temple nouveau qui commence à naître et qui est l'Église, l'Église persécutée, en butte au refus, à toutes les souffrances et à tous les maux que peut lui infliger le refus de la Parole de Dieu. Enfin dans un troisième niveau, il y a le monde entier. Mais quelle est l'unité entre ces trois niveaux ? Quelle est l'unité entre le temple de Dieu, tel qu'il était bâti au cœur d'Israël, l'Église telle qu'elle commence à surgir du côté du Christ, et la fin, ce que nous appelons la fin du monde ? L'unité c'est précisément ce qui va se passer peu de temps après. C'est le fait que le Christ qui est le temple, qui est la source de l'Église et qui est le principe du monde nouveau va Lui-même passer par cette épreuve de la mort et de la Pâque.
Ainsi on peut dire que, dans le discours eschatologique, c'est le Christ qui déjà, annonce à ses disciples que de toute façon ce qui reste d'Israël, le Temple, ce qui naît, l'Église et ce monde, l'objet de l'amour de Dieu, va aussi passer, comme le Christ dans la Pâque, et que le Christ Lui-même, par sa mort et sa résurrection, commence ce processus de passage qui, à partir de Lui-même, doit s'étendre par l'Église, jusqu'aux dimensions du monde.
Ainsi, loin d'être une parole qui fait peur, c'est la parole de consolation au milieu des épreuves. Si l'Église souffre persécution, si le monde "s'use avec son désir" comme le dira si magnifiquement saint Jean, c'est en réalité qu'au cœur même de cette mort, commence à surgir un monde nouveau, comme au cœur de la mort du Christ sur la croix, commence à être donné au monde l'Esprit et se dessine déjà l'aube de la Résurrection.
Alors qu'en ce temps où nous allons progressivement entrer dans l'avènement du Seigneur, nous sachions lire en vérité les signes des temps, non pas dans la peur, non pas dans la crainte, comme nous en avons si souvent le réflexe, mais dans cette véritable confiance et cette véritable constance qui, comme nous l'a promis le Christ nous donnera le salut.
AMEN