JE VIS UN TRÔNE
Ap 4, 1-11
(12 novembre 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Le Brézeux : reflets des vitraux
|
L |
a semaine dernière, nous avons lu dans l'Apocalypse les messages adressés aux sept Églises d'Asie. Ce prologue de l'Apocalypse avec ces sept lettres prophétiques, montre que l'Apocalypse est un livre écrit pour l'Église. C'est un livre donné aux diverses églises de la terre, ici symbolisées par le chiffre parfait des sept Églises d'Asie, et le rôle même de l'Église dans le monde, c'est d'accueillir sans cesse la Parole de Dieu, parole de prophétie, parole d'exhortation, parole de consolation, ou au contraire parole de correction et de réprimande, pour que s'accomplisse dans ces différentes Églises, le véritable dessein, la véritable vocation que chacune de ces Églises a reçue de son Dieu.
A partir d'aujourd'hui, si je puis dire, le paysage change. Le décor est essentiellement celui d'un trône. On passe des destinataires à Celui qui avait parlé. On passe de la terre à une vision céleste. Effectivement, une porte est ouverte dans le ciel. Dans sa vision, saint Jean ne voit pas le ciel comme s'il y était : il le regarde à travers la porte parce qu'il n'y a pas encore pleinement droit, et même c'est déjà une bien grande grâce que de pouvoir entrebâiller la porte du ciel et de regarder ce qui s'y passe. Alors, c'est l'ange qui l'appelle et lui dit de monter pour voir ce qui va arriver par la suite, et c'est à ce moment-là l'extase : Jean voit le trône de Dieu.
En réalité, quand il parle Jean se situe dans la grande tradition d'Israël et particulièrement de deux prophètes, Isaïe et Ézéchiel, qui eux aussi avaient "vu" s'entrebailler pour eux la porte du ciel. Ils avaient vu une figure mystérieuse "comme un Fils d'Homme" nous dit Ezéchiel, et pour Isaïe, c'était "la Gloire de Dieu" entouré par les anges. C'est pourquoi dans ce texte, on va retrouver la même structure.
Au cœur, un personnage qu'il est très difficile d'identifier On dit :"Voici un trône était dressé dans le ciel et siégeant sur le trône, Quelqu'un. Celui qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline, un arc-en-ciel autour du trône et comme une vision d'émeraude." Autrement dit, ce personnage n'est que lumière, mais Il a la solidité, l'éclat et le reflet des pierres précieuses. Il a toute la richesse de la lumière qui danse et qui chatoie. Celui qui est assis sur le trône, c'est Dieu notre Père. Comme dans la vision d'Ézéchiel ou la vision d'Isaïe, cet être mystérieux qui est Dieu est entouré par le monde angélique, car si du trône partent des éclairs, des voix de tonnerre et sept langues de feu, ce sont les sept esprits de Dieu. Ici c'est tout le monde invisible, le monde angélique qui a toujours été conçu, dans la tradition biblique, comme les gardes du corps du Seigneur, du Dieu trois fois saint. Les anges sont alignés, sont placés comme une armée au garde à vous qu'un grand général passe en revue, et c'est pourquoi le Seigneur est souvent appelé le "Seigneur Sabaoth", le Dieu des armées célestes.
La vision que va avoir saint Jean dans toute l'Apocalypse c'est précisément cette espèce de docilité profonde du monde céleste au Dieu trois fois saint, au Dieu vivant. C'est cela qui constitue tout le sens de l'Apocalypse, c'est que, plus on est proche de Dieu, plus on est soumis à cette docilité et cette obéissance profonde qui fait que tous les êtres ne vivent que pour Lui et pour exécuter ses demandes et ses ordres. C'est précisément la grande différence entre le ciel et la terre c'est que le monde céleste qui entoure Dieu est parfaitement ordonné à sa volonté, parfaitement soumis à son désir et prêt à l'exécuter dès qu'Il le demandera, tandis que notre monde de la terre vit encore dans une liberté fragile qui n'a pas encore trouvé son plein épanouissement, une liberté qui, à tout moment, est capable de se rebeller ou de se refuser.
Ensuite, devant le trône, il y a quatre personnages, "quatre vivants" que la tradition a toujours identifié, comme dans la vision d'Ézéchiel, avec les quatre évangélistes. Ces vivants "sont constellés d'yeux". C'est la puissance révélatrice de la Parole de Dieu qui est ainsi symbolisée. Les quatre vivants ayant chacun la figure d'un animal ou d'un visage d'homme, sont la Parole de Dieu qui vient du trône et qui doit envahir toute la terre.
Enfin, il reste les "vingt-quatre vieillards" Sur ce sujet, il y a beaucoup d'interprétations. Une des plus classiques c'est de penser que ces vingt-quatre représentent le nombre deux fois douze, c'est-à-dire les douze tribus d'Israël et les douze représentants des nations. Une autre hypothèse pense qu'on fait allusion à un certain chiffre utilisé dans le livre des Chroniques pour désigner une certaine classe de prêtres Ces vingt-quatre vieillards seraient une sorte de résumé de toute la caste sacerdotale qui servait Dieu dans le temple ancien, mais qui maintenant, dans l'Alliance Nouvelle, seraient les représentants de tous les hommes au service de Dieu. Quoi qu'il en soit, ce qui est important dans cette vision, c'est que tout est ramassé, tout est concentré dans la proclamation de la louange et de la sainteté de Dieu.
Le sens profond de l'Apocalypse, c'est précisément, à partir de cette première vision qui est une vision de louange, jusqu'à la dernière vision qu'est la rencontre de l'humanité avec Dieu, tout est traversé malgré tous les malheurs, malgré toutes les souffrances et toutes les épreuves qui s'abattent sur le monde, tout est traversé par une sorte de grand courant, une grande force de louange qui va depuis la première vision jusqu'à la consommation des siècles, jusqu'à la fin des temps.
Alors, à travers cette vision qui nous est donnée, que soit réconforté et affermi en nous ce sens de la véritable louange de Dieu. Et lorsque à chaque eucharistie, avant de commencer la prière de consécration, nous chantons dans le canon le Dieu trois fois saint, après la Préface, que cela nous rappelle sans cesse qu'au moment même où nous célébrons l'eucharistie, nous ne faisons que nous glisser dans cet énorme courant de louange qui traverse la terre et le Ciel et qui nous unit tous ensemble, les créatures angéliques ceux qui nous ont précédés dans la gloire, et nous-mêmes qui sommes encore ici-bas sur la terre, dans l'unique louange de Dieu.
AMEN