JE VAIS TE VOMIR DE MA BOUCHE
Ap 3, 14-23
(3 novembre 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Dinan : L'Agneau vainqueur
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arce que te voilà tiède, ni chaud, ni froid, je vais te vomir de ma bouche !" La lettre adressée à l'Église de Laodicée est la plus sévère des sept lettres de ce début de l'Apocalypse. Dans les autres lettres, ou bien l'Église est félicitée par le Seigneur pour sa fidélité, pour les épreuves qu'elle a subies, ou bien il lui est reproché de tolérer en son sein tel ou tel membre perverti, mais ici le reproche est beaucoup plus radical : "Te voilà tiède, tu n'es ni chaud ni froid. Tu t'imagines : me voilà riche ! mais tu ne le vois donc pas, c'est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu !"
Celui qui s'adresse ainsi à l'Église de Laodicée, c'est le Christ qui est l'Amen. Amen, ce mot que nous répétons si souvent, veut dire "ce qui est solide, ce qui est vrai, ce qui est d'une force qu'on ne peut pas entamer, inentamable. Il est le Témoin fidèle et vrai." Et dans d'autres lettres il est dit de Lui qu'il est "le saint", "le vrai". Il est celui "dont les yeux sont comme une flamme ardente". Il est celui "qui possède l'épée acérée à double tranchant." Toutes ces images convergent vers cette même idée du Christ qui pénètre jusqu'au plus profond de nous-même, comme cette épée à deux tranchants, du Christ inentamable comme cette vérité absolue, du Christ qui consume tout ce qui est scories comme cette flamme ardente de ses yeux qui nous transpercent.
Tout cela s'oppose à cette tiédeur, cette tiédeur de l'Église qui est peut-être bien la nôtre aussi aujourd'hui. C'est un reproche que Dieu pourrait peut-être nous adresser aussi, à nous en ce jour. Nous ne sommes ni chauds ni froids. Nous ne sommes pas froids parce que nous n'avons pas renié le Seigneur. Nous ne nous sommes pas égarés loin de Lui. Nous n'avons pas rejeté toute attache avec le Christ. Nous ne vivons pas en dehors de son Église, mais nous ne sommes pas chauds. Il n'y a pas en nous la flamme ardente des yeux du Christ. Il n'y a pas la flamme de la Pentecôte. Il n'y a pas la flamme de cet amour répandu dans nos cœurs par l'Esprit. Alors la plupart du temps nous sommes tièdes, c'est-à-dire entre les deux. Pas vraiment enfoncés dans le péché, mais pas vraiment non plus enthousiasmés par la gloire de Dieu. Pas séparés de l'Église, mais pas vraiment des membres pleinement vivants, ardents de cette Église. Et parce que nous sommes ici, parce que nous vivons à peu près correctement, nous nous croyons riches, en tout cas nous nous croyons à peu près corrects, faisant partie du troupeau du Christ, à une place relativement honorable.
Et nous ne voyons pas que nous sommes malheureux, pitoyables, pauvres, aveugles et nus. Pourtant, c'est vrai nous sommes pécheurs, même si nous ne renions pas le Christ, même si nous ne faisons pas des choses extraordinaires dans le mal, pas plus d'ailleurs que dans le bien, nous sommes pécheurs. Nous sommes pécheurs par cette médiocrité, cette usure quotidienne, par cette petitesse de nos conceptions, par cette fragilité de nos enthousiasmes, par cette limite de notre générosité. Oui, nous sommes pauvres, malheureux, pitoyables. Pitoyables c'est-à-dire dignes de pitié. Il faut que nous sachions nous présenter devant le regard du Seigneur comme des pauvres qui ont besoin de sa pitié et de sa miséricorde.
Et dans cette lettre si sévère pour l'Église de Laodicée, si sévère aussi pour l'Église d'aujourd'hui et pour nous-même, il y a une merveilleuse promesse. Si le Seigneur nous rappelle à l'ordre et nous corrige c'est parce qu'Il nous aime. "Ceux que j'aime, je les semonce et je les corrige. Je frappe incessamment à la porte de leur cœur. Je ne cesse de frapper, je me tiens là, à la porte, jour après jour, jour et nuit, je ne me lasse pas. Si par hasard quelqu'un d'entre vous entendant ma voix ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper". C'est ce que le Christ va faire maintenant. Ce repas est celui de l'eucharistie, c'est le repas eschatologique, c'est le repas de l'éternité. Toutes ces lettres promettent cette béatitude éternelle de différentes manières, mais à plusieurs reprises elles reviennent sur le repas, la manne cachée, le festin des Noces de l'Agneau. Ce repas face à face avec le Christ "lui près de Moi et Moi près de lui", dit le Seigneur.
Cette promesse vient après la reconnaissance de notre pauvreté. C'est nous qui sommes tièdes et c'est nous à qui le Seigneur promet d'entrer chez nous, si reconnaissant notre pauvreté nous appelons à l'aide et si nous ouvrons la porte de notre cœur pour recevoir sa miséricorde et son pardon.
AMEN