LE VAINQUEUR
Ap 2, 18-29
(31 octobre 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Anzy-le-Duc : Vieillard de l 'Apocalypse
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ans ce passage d'évangile, tout le monde s'oppose à tout le monde : les enfants contre les parents, les belles-mères contre les brus. Cela ne nous étonne guère car la famille est un lieu magnifique et d'amour et de conflits. Il me semble que les Proverbes nous disent : "Le frère a été créé pour le conflit." C'est vrai que vos enfants ont le don de s'aimer fortement avec force coups et violences, mais c'est leur façon de se dire qu'ils s'aiment et d'apprendre à s'aimer.
Cette curieuse paix que le Seigneur nous propose n'est pas une paix qui camoufle les conflits ou les tensions, mais qui les met en évidence et en relief. L'exigence même de la paix que le Seigneur propose en cette vie n'est pas un coup de baume sur la cicatrice de nos différences mais elle les met en relief pour que la paix ne soit pas une simple crème de cicatrisation et nous aide à être vraiment des frères et des sœurs dans la paix du cœur du Christ. Pourquoi cela ?
La vie chrétienne est un processus de transformation. Les Béatitudes ou les malédictions qui peuvent suivre nous indiquent non pas un état de fait mais un chemin à parcourir. Un chrétien qui est statique n'est pas un chrétien. C'est quelqu'un qui meurt lentement ou doucement sur le bord de son propre chemin. Un chrétien qui bouge et qui fait de sa vie et de ce mouvement l'occasion même de se transformer lui-même à cause de Dieu est touché par le Seigneur et s'engage dans ce processus profond d'achèvement, de transformation. Vous avez entendu dans les différentes du début de l'Apocalypse que le Christ semble écrire aux Églises et qui sont comme autant de coupes transversales de l'intérieur de ces Églises. On termine toujours en parlant d'un Vainqueur. A l'Église d'Éphèse : "Le Vainqueur mangera de l'Arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu." A l'Église de Smyrne : "Le Vainqueur n'a rien à craindre de la seconde mort." A l'Église de Pergame : "Au vainqueur je donnerai de la manne cachée et un caillou blanc portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît hormis celui qui le reçoit." A l'Église de Thiatyre : "Le Vainqueur, celui qui restera fidèle à mon service recevra pouvoir sur les nations. Il les mènera avec un sceptre de fer et les fracassera comme un vase d'argile. Et il recevra l'Étoile du matin !" Enfin à l'Église de Sardes: "Le Vainqueur sera vêtu de blanc et son nom ne sera jamais effacé du Livre de vie et j'en répondrai devant mon Père et devant ses anges." Et aujourd'hui à l'Église de Philadelphie : "Le vainqueur je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu. Je graverai sur lui le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem, et le nom nouveau que je porte." Et à l'Église de Laodicée, ce qui donne toute signification et indique la plénitude : "Le Vainqueur siégera sur mon trône, comme Moi-même, après ma victoire, j'ai siégé avec mon Père sur son trône."
Toutes ces notations peuvent paraître confuses et ne pas nous renseigner sur ce qu'est un vainqueur dans une Église. Nous sommes destinés à devenir quelqu'un qui va gagner, non seulement sur cette terre sa propre transformation, mais aussi celle du monde pour le ramener vers le Seigneur. Et tel que ce Vainqueur est décrit, seul le Christ peut répondre totalement à toutes les exigences qui lui sont signifiées. Il est le seul qui donne à "l'Arbre de vie un sens nouveau", Il est le seul qui possède un nom nouveau gravé car Il est l'Agneau de Dieu qui porte le péché du monde. Cette manne cachée est celle de l'eucharistie du corps consacré qui nous est offert. Quant-à siéger à la droite du Père, le Fils y est assis en tant que Fils de Dieu. Quant-à être colonne du Temple, Il l'est aussi par la pierre de faîte qu'Il a édifiée entouré de ses apôtres colonnes de l'Église, pierre rejetée qui est devenue la pierre fondamentale de l'Église qu'Il a voulu fonder.
Le Christ est donc le vainqueur total, pleinement réussi. Et nous sommes engagés dans ce même processus de transformation qui fera de nous des vainqueurs à l'image du Christ.
Nous avançons sur ce chemin où notre nom se trouve gravé, ce nom nouveau qui commence à naître en nous. Nous nous nourrissons de cette manne que nous recevons jour après jour dans l'eucharistie, etc … Alors nous avons à entendre et à nous rappeler cet évangile qui amène le feu dans notre vie. Ces différentes lettres de l'Apocalypse nous rappellent que nous sommes engagés dans un processus de transformation, de conversion du monde. Les chenilles ne savent pas qu'elles deviennent des papillons et elles n'appréhendent qu'une vie de chenille et ne rêvent pas à une vie de papillon. N'avons-nous pas pris l'habitude d'être des chenilles en oubliant que nous sommes faits pour papillonner autour du Seigneur. Notre vie actuelle n'est qu'une attente de la vie réelle qui nous est proposée et le vainqueur nous attire à Lui pour que nous puissions lui ressembler.
AMEN