A L'ÉGLISE D'ÉPHÈSE

Ap 2, 1-7

(26 octobre 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Anzy-le-Duc : Vieillard de l'Apocalypse

U

n commentateur de l'Apocalypse décrit cette première partie du livre comme "la tournée pastorale de Jésus-Christ dans ses Églises " comme si Jésus passait dans chaque Église et nous laissait son petit billet d'exhortation à la conversion et l'invitait ainsi à se regarder elle-même dans sa foi, là où elle en est, afin qu'elle corrige sa visée ou son regard.

A l'Église d'Éphèse deux choses sont retenues. D'abord le Christ soupire de nostalgie en faisant mémoire de l'amour que cette Église avait pour Lui, dans sa jeunesse amour qui a un peu tiédi de cette première passion. Leçon qui est aussi proche pour nos Églises à nous. Dans les premiers moments d'amour, nous sommes tout feu tout flamme pour le Seigneur, puis le quotidien prend souvent le pas. C'est pourquoi le Christ fustige les tièdes comme Il le faisait déjà dans l'évangile.

       Une deuxième chose importante, c'est l'affirmation que la promesse que le Seigneur fait à chacun de nous, au fond de notre cœur, se réalisera. ''Au vainqueur, je ferai manger de l'Arbre de vie placé dans le Paradis de Dieu !" C'est à cause de cet arbre de vie que l'histoire a commencé puisque notre ancêtre Adam, avait dérobé ce qui devait lui devenir grâce, ce fruit de l'arbre de vie qui lui était destiné. Le problème c'est que l'homme, impatient, l'a dérobé, l'a volé et, en le volant, a fait mourir les conséquences de vie éternelle que ce fruit pouvait lui donner. Le péché d'origine auquel nous ajoutons nous-mêmes notre propre péché, est donc ce moment où l'homme a ravi ce qui lui était destiné et qu'il devait recevoir par grâce, par don total. Et chaque fois que nous volons de cette vie, par appétit, par appétit possessif, nous suivons ce même chemin qu'Adam a ouvert en voulant dérober de feu au sommet de la montagne pour qu'il devienne son propre feu, sa propre vie. Et ne faisant ainsi, il a tué la vie, il l'a transformée en mort. Il a transformé l'Arbre de vie en arbre de connaissance du Bien et du Mal, puisque maintenant il est face à un choix entre Dieu ou rien.

       Alors si le Christ repropose ce fruit, c'est que "la boucle est bouclée", c'est que maintenant il peut y avoir un vainqueur car Il est le vainqueur et Il nous ouvre la porte de la victoire, parce qu'il est le nouvel arbre planté sur le monde et que, de cet arbre, est tombé un autre fruit, un nouveau fruit qui ne peut être reçu que par grâce puisque c'est son corps. Et ce fruit, c'est Celui qui donne vraiment la vie, éternellement.

       Si nous voulons être de ceux qui cueilleront, qui recevront ce fruit de grâce, de ceux qui n'acceptent pas d'être des tièdes d'aujourd'hui, même si nous avons été un jour amoureux de Dieu en un temps passé, il faut donc nous repentir, ressusciter un amour que nous avons enseveli sous d'autres amours de ce monde, pour devenir celui qui recevra dans la joie d'être un enfant de Dieu, ce fruit immense de l'amour crucifié pour chacun de nous et pour chacun de nos péchés sur cet Arbre de vie qu'est la croix du Christ.

        AMEN