L'AGNEAU ET LE LIVRE
Ap 5, 1-10
(14 novembre 1980)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e livre de l'Apocalypse est le livre de la fin des temps, de l'accomplissement de toute chose. Hier, il nous présentait la liturgie du ciel centrée sur Quelqu'un, siégeant sur un trône, quelqu'un ayant l'apparence de la lumière, c'est-à-dire Dieu, entouré des vingt-quatre vieillards qui représentent le sacerdoce, non seulement de l'Ancienne Alliance mais de tous les temps et les quatre vivants qui sont le résumé de cet univers, de ce cosmos qui chante la louange de Dieu.
Et voici que, au milieu de cette liturgie du ciel, de cette liturgie cosmique qui est celle de l'univers transfiguré, voici qu'aujourd'hui l'Apocalypse nous présente deux éléments. Tout d'abord, dans la main de cette vision de lumière qui est celle de Dieu siégeant sur le trône, au milieu de l'univers, dans la main de Dieu, un livre, un livre scellé, un livre écrit au recto et au verso. Ce livre c'est le symbole de l'histoire des hommes. Cette histoire qui est apparente et en même temps cachée, elle a un endroit et un envers. Le sens de cette histoire nous est scellé. Aucun homme ne peut comprendre quelle est la signification de la destinée, de sa propre destinée ou de celle de l'univers tout entier. C'est ce que, dans l'évangile, nous disait tout à l'heure saint Luc. Au moment où Jésus annonçait à ses apôtres : "Je vais monter à Jérusalem pour y souffrir et y ressusciter", ils ne comprenaient pas, car ces paroles étaient scellées, leur étaient cachées. Ainsi en est-il de l'homme livré aux seules forces de son intelligence et de son cœur. Il ne peut pas comprendre le sens profond de sa destinée et de l'histoire.
Mais voici un deuxième élément, au milieu de cette liturgie céleste, au milieu de ces vingt-quatre vieillards et de ces quatre animaux, de cet univers clamant sa louange : voici un agneau. Un agneau qui est en même temps le lion de Juda, qui est le descendant de David le nouveau David. Cet agneau, symbole de douceur, de tendresse, est en même temps un lion symbole de force parce que la force véritable, c'est celle de l'amour et non pas la force physique ni la force des armes, ni la puissance de l'argent, ni celle des dons naturels de l'homme. C'est l'agneau qui est capable de remporter la victoire comme un lion. Cet agneau, qui est le Christ, va être capable d'ouvrir le livre scellé, de délivrer le sens de l'histoire, comme dans l'évangile nous l'avons vu capable de rendre la vue à cet aveugle rencontré à la porte de Jéricho. Il va ouvrir les yeux de l'humanité pour qu'elle découvre dans son propre sein, la signification que Dieu y dépose, la signification de notre destinée.
Et comment cet Agneau peut-il ouvrir les sceaux de l'histoire ? Comment peut-il révéler à chaque homme et à l'humanité tout entière, de toutes les générations, de tous les temps, la signification de ce qu'elle vit, au jour le jour et pendant les siècles ? C'est parce qu'il est égorgé. Cet agneau est un agneau immolé. C'est par la croix, par la mort, par la Pâque, par ce passage à travers la mort et l'anéantissement, ce passage qui est, en quelque sorte, l'abandon de toutes les valeurs humaines, que nous pouvons faire, à notre tour, à la suite du Christ, parce qu'Il s'est donné totalement et Il nous a donné, en même temps qu'Il s'est donné Lui-même, et Il nous donne encore la capacité de nous donner, la force de son propre don. "Il n'y a pas de plus grand don il n y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". Il n'y a pas de plus grand amour que de mourir par amour. C'est cela la victoire du Christ. C'est cela le sens de l'histoire, de notre histoire personnelle et aussi de l'histoire de ces civilisations, de ces états, de ce monde autour de nous qui ne sait pas où il va. Et cependant, il est conduit par le lien d'amour que Dieu tisse patiemment, mystérieusement au secret du cœur.
Telle est la liturgie éternelle que nous célébrons dès maintenant, dans cette Église, que nous célébrerons à découvert dans la béatitude, avec tout l'univers cosmique, avec le Père, vision de lumière sur son trône, et avec l'Agneau qui, à travers sa Pâque, à travers son immolation et sa victoire, nous entraîne avec Lui, jusque dans la béatitude éternelle.
AMEN