LA FEMME ET LE DRAGON
Ap 11, 19-12,10
(11 février 1983)
Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN
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première lecture, le texte que nous venons de lire dans l'Apocalypse pourrait être ressenti comme un texte effrayant qui fait peur et qui a de quoi inquiéter. Or il n'en est pas du tout ainsi : c'est un texte de paix, de consolation et de victoire.
C'est un texte qui manifeste que, à la fin du monde, sera révélée cette phrase qui a été dite par l'ange Gabriel à Marie :"Rassure-toi ! Sois en paix ! Sois sans inquiétude ni peur, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu ! Tu enfanteras un fils. Il s'appellera Jésus, Dieu avec les hommes pour les sauver."
Une des représentations les plus courantes de la vierge Marie, dans la statuaire ou dans la peinture, c'est cette femme qui a sous les pieds un serpent, un serpent qu'elle maîtrise et qui ne peut rien contre elle. C'est aussi une représentation de paix et de victoire. A Lourdes, la vierge Marie s'est présentée comme étant l'Immaculée Conception, c'est-à-dire celle en qui le mal n'a eu aucune prise, aucune conséquence. Celle qui, de fait, a été remplie de la grâce de Dieu, celle qui était fille de la paix et de la consolation de Dieu. Il y a donc un lien profond et très important à saisir entre ces textes que je viens de rappeler et la façon dont la piété, par l'art, par la peinture ou par la statuaire, a voulu le représenter.
Ce lien profond il faut déjà le rechercher en son origine, au moment de la création, au moment où l'homme a été créé, ainsi que la femme, et, en ce temps où ils ont refusé cet amour de Dieu, où ils ont dit non à cette alliance de paix et où ils ont été pris dans les filets de ce mal, justement représenté sous la peau d'un serpent. Et Dieu qui a puni l'homme et la femme pour leur désobéissance, ne les a pas maudits. Il n'a maudit que le serpent car Il gardait pour l'homme et pour l'humanité tout entière, une bénédiction future, qui, justement, est celle de la Rédemption. Et au serpent, en sa malédiction, Dieu lui dit : "Je mettrai une hostilité entre toi et la Femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon." Or, le Christ dans l'évangile, Lui qui est le Fils de Marie, l'Immaculée, celle qui est le signe de cette victoire de Dieu accomplie sur le dragon, le Christ, à plusieurs reprises, va faire écho, va faire allusion à cet événement, à cette parole de la Genèse, spécialement en deux endroits qui sont d'ailleurs parallèles.
D'abord, dans l'évangile de Saint Marc, Il dit à ses disciples : "Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : par mon Nom, ils chasseront les démons, ils parleront en langues, ils prendront des serpents dans leurs mains et ils n'en éprouveront aucun mal." Et dans le texte parallèle de saint Luc : "Je voyais Satan tomber du ciel comme l'éclair. Aussi bien vous ai-je donné le pouvoir de fouler aux pieds serpents, scorpions et toutes puissances de l'ennemi et rien ne pourra vous nuire." Puis un dernier texte, celui-ci dans les Actes des apôtres, au moment où Paul, après le naufrage arrive dans l'île de Malte, Luc raconte ce petit fait divers qui a une signification : "Comme Paul ramassait une brassée de bois sec et la jetait dans le feu, une vipère que la chaleur en fit sortir, s'accrocha à sa main. Quand les indigènes virent la bête suspendue à sa main, ils se dirent entre eux : "Pour sûr, c'est un assassin que cet homme ! Il vient d'échapper à la mer et la vengeance de Dieu ne lui permet pas de vivre. Mais Paul secoua la bête dans le feu et n'en ressentit aucun mal."
Ces quelques textes de l'Écriture nous manifestent que ce que Jean révèle dans l'Apocalypse, au sujet de cette femme et de ce dragon s'accomplit. Cela s'est accompli d'abord pour elle, dans son Immaculée Conception et s'est accompli pour nous, s'est accompli pour les disciples qui, même s'ils prennent des serpents dans leur main, comme Paul, ils les écraseront, et ceux-ci ne leur feront aucun mal. Signe que, désormais, par cette bénédiction nouvelle que Dieu nous a donnée et dont la vierge Marie est le signe visible le plus éclatant, le plus grandiose qui nous est apparu quand le temple du ciel s'est ouvert pour que Dieu vienne sur la terre, tout ce mal est désormais vaincu. Et le texte de l'Apocalypse nous le disait aussi, dans ce combat entre l'archange Michel et ce dragon aux multiples cornes, aux multiples têtes, symboles de ces formes très nombreuses que le mal peut prendre.
C'est cela que la vierge Marie est venue nous redire avec les mots que pouvait comprendre la petite Bernadette Soubirous. Elle est venue lui dire qu'il fallait prier, qu'il fallait faire pénitence, qu'il fallait convertir son cœur. Et Jésus nous l'a dit aussi : "Il y a certains démons qui ne peuvent être chassés que par la prière et le jeûne" par la pénitence ou la prière.
L'apparition de la Vierge à Lourdes, en ce dix-neuvième siècle extrêmement houleux et difficile, tant pour la société que pour l'Église, et en ce vingtième siècle qui n'est que le rebondissement du siècle précèdent, l'apparition de la Vierge à Lourdes revient nous dire que quel que soit le mal qui nous heurte, qui encore nous blesse, parce que la victoire de la résurrection n'est pas encore totalement achevée, n'est pas encore totalement réalisée pour cette humanité qui est encore dans la poussière, en discussion, en dialogue avec le serpent, la Vierge est venue nous redire que notre vie sur la terre est un combat contre les forces du mal, mais que ce combat est un combat gagné, même si les trophées ne sont pas encore rassemblés dans le temple du ciel, même si l'humanité n'est pas encore rassemblée autour de ce signe grandiose qu'est la vierge Marie. Signe grandiose que nous verrons à la fin des temps mais qui, déjà, nous a été donné, dans l'humilité de l'Annonciation, à Nazareth, car déjà le signe grandiose habite notre monde par cette Annonciation à la Vierge qui reçoit cette Parole, qui reçoit de Fils qui vient dans sa chair pour vaincre toutes les forces du mal qui veulent faire mourir notre propre chair, qui s'attaquent à la chair du monde et de tout cet univers que Dieu a créé. Et déjà l'Apocalypse nous le dit, reprenant une prophétie de Daniel : "Le tiers des étoiles a été précipité sur la terre", allusion à la chute de ces nombreuses anges qui sont tombés du ciel, entraînés par Satan dans sa chute.
Que notre eucharistie, liée à la prière et à la vierge Marie en souvenir de son apparition, c'est-à-dire de sa présence sur notre terre, à Lourdes, il y a un peu plus d'un siècle, que cette eucharistie nous redonne la force, le courage, la foi, afin que, en ce temps de difficultés, de violences, d'incompréhension, nous soyons toujours des fils de Dieu qui aimons faire la paix.
AMEN