LE LIVRE SCELLÉ

Ap 5, 1-10

(16 novembre 1990)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Saulcet : L'Agneau vainqueur 

V

oici un passage un peu énigmatique de l'Apocalypse. Vous avez vu le scénario. C'est toujours la vision de l'apôtre qui se poursuit et il voit, dans la main de "Celui qui siège sur le trône" et qui désigne le Père éternel, "un livre qui est roulé, fermé, écrit des deux côtés et scellé de sept sceaux."

Contrairement à ce que l'on pense, ce livre n'est pas la Bible, car Dieu n'a pas besoin de livre pour comprendre l'histoire. Ce livre c'est très exactement, le plan de Dieu. Ce n'est donc pas un message communiqué, mais c'est ce que "Dieu a dans la tête" de toute éternité à partir du moment où Il a voulu nous créer et faire de nous ses fils. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il s'appelle Livre de vie comme au paradis il y avait un "arbre de vie". C'est dire que ce Livre contient toute la puissance vitale de l'amour de Dieu, de l'Esprit de Dieu, qui doit être communiqué à la création. C'est la raison pour laquelle il est fermé, car il n'y a que Dieu qui connaisse son dessein. C'est la raison pour laquelle il est scellé c'est-à-dire que personne ne peut l'ouvrir sans briser les sceaux. Il reste "le secret du Père". Au fond, le Livre, c'est le mystère. Et s'il est écrit "des deux côtés" c'est sans doute pour manifester les deux alliances. Voilà pour "le livre."

        Maintenant, Jean qui contemple la vision voit que personne ne sait ce qu'il y a dans le Livre et que personne n'a le droit, c'est une question morale puisqu'on ne peut pas briser les sceaux, car un texte scellé ne peut être brisé que par qui de droit, de l'ouvrir. C'est pourquoi il pleure et l'ange lui dit : "Ne pleure pas ! Voici qu'Il a remporté la victoire, le Lion de Juda, le rejeton de David ! Il ouvrira donc le Livre aux sept sceaux." Celui qui ouvre le Livre c'est l'Agneau, c'est-à-dire le Christ en tant qu'Il a accompli l'œuvre du salut des hommes. Effectivement, juste après, l'Agneau est au milieu des vieillards, au milieu de l'assemblée de louange. Il porte sept cornes qui correspondent aux sept sceaux et sept yeux qui sont les esprits, c'est-à-dire l'Esprit Saint qu'il donne aux sept Églises du début de l'Apocalypse.

       Cela veut dire que l'Agneau va être le seul à pouvoir ouvrir les sept sceaux parce qu'Il a sept cornes, c'est-à-dire qu'Il a la force, Il a la puissance d'ouvrir le Livre. Il a été investi d'une puissance spéciale. Au fond, ces cornes ne désignent rien d'autre que la puissance messianique et salvatrice du Christ. Et en même temps, Il a sept yeux, Il porte son regard sur chacune des sept Églises pour révéler à chacune, dans la puissance de son Esprit, le contenu du Livre. Mais, et cela est très important, c'est en tant qu'Agneau qu'Il ouvre le Livre. C'est parce qu'Il a subi la mort et la Résurrection, qu'Il a subi la Pâque, la souffrance, qu'Il a souffert pour les hommes, qu'Il a "le droit" d'ouvrir le Livre, et de dévoiler le dessein de Dieu.

      Voyez comment, à travers un texte apparemment très énigmatique, et sans doute fallait-il que l'auteur de l'Apocalypse cache dans une sorte de code secret, ce qu'il ait à dire à son destinataire car un texte sur la royauté divine et le pouvoir divin du Christ aurait été immédiatement censuré ou en tout cas interdit voire confisqué, vous voyez comment dans un langage caché, qui nous reste un peu obscur c'est vrai, nous est révélé quelque chose de très grand. Le dessein du Père c'est-à-dire le Livre scellé qui est le secret de son amour pour nous, ne peut nous être révélé, ne peut être entendu et compris qu'à travers l'acte par lequel Jésus-Christ nous a sauvés en étant Agneau égorgé et en manifestant la puissance de Dieu et en nous comblant de l'Esprit Saint.

      Il s'agit là, en réalité, de tout ce que nous croyons. Nous croyons que le Père est à l'origine de notre existence, qu'Il a un dessein bienveillant sur nous, mais que le sens même de ce dessein bienveillant ne se déchiffre pas comme on lit un livre, mais la possibilité même de le comprendre et de le lire est dans le sacrifice du Christ.

      Vous comprenez pourquoi saint Irénée a dit un jour que le Christ était "la clé des Écritures". C'est exactement la même idée. On ne comprend pas les Écritures en les lisant comme on lit des signes dans un livre, mais on comprend les Écritures dans l'acte même de vivre pour le Père. Pour le Christ, cela a été de sauver les hommes, pour nous, c'est de participer à la grâce du Christ, à la croix du Christ. Et c'est comme cela que nous lisons le dessein du Père.

      Et dès que l'Agneau a ouvert les sceaux, dès qu'Il s'est emparé du Livre, se déploie la louange céleste, comme si, à partir du moment ou le secret du Père avait été révélé par le Fils, ce qui était dans ce Livre était la louange de l'amour et du dessein de Dieu. Il y a donc une suite normale entre le dessein de Dieu tel qu'il est contenu secrètement dans le cœur du Père, tel qu'il est révélé par l'Agneau qui nous a donné par son Esprit de lire ce dessein et tel qu'il s'accomplit dans la louange céleste qui est la célébration de la gloire et du mystère de Dieu.

       AMEN