IL EST, IL ÉTAIT ET IL VIENT

Ap 1, 1-8+17-19

(30 octobre 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL 

N

ous avons commencé la lecture du livre de l'Apocalypse que nous continuerons, aux jours de férie, tout ce mois de novembre jusqu'au temps de l'Avent. En effet, il y a en cette fin de l'année liturgique, car vous le savez l'année liturgique commence non pas au premier janvier, mais au premier dimanche de l'Avent, il y a dans cette fin de l'année liturgique un temps particulier plus spécialement tourné vers l'eschatologie, c'est-à-dire vers le retour du Christ, vers les temps derniers, ceux qui marqueront la fin du monde et le commencement de la résurrection générale et de la vie éternelle. C'est pourquoi le livre de l'Apocalypse est lu pendant ce temps liturgique qui est aussi parsemé par un certain nombre de fêtes qui nous tournent elles aussi vers les derniers temps, la fête de la Toussaint et son corollaire la mémoire de nos frères défunts, puis les fêtes des dédicaces, dédicace de l'Église du Saint Sauveur à Rome, de l'église Saint Pierre et Saint Paul, dédicaces qui sont toutes des fêtes de l'Église et de l'Église dans son accomplissement, la fête du Christ Roi au terme de ces dimanches ordinaires juste avant d'entrer dans le temps de l'Avent. Et quand nous recommencerons ce temps de l'Avent, ce sera à nouveau pour regarder le terme, le but de cette histoire du salut qui comme chaque année va se dérouler sous nos yeux et dans nos cœurs. Le premier dimanche de l'Avent portera à nouveau nos regards vers ce retour du Fils de l'Homme à la fin des temps. Ainsi une sorte d'inclusion qui fait commencer l'année liturgique comme elle finit par la vision de l'éternité dans laquelle Dieu nous recevra tous.

       Je voudrais seulement aujourd'hui, en commençant cette période tout entière tournée vers cette fin du monde, insister sur ce nom, ce titre si fréquemment donné dans l'Apocalypse au Christ et plus généralement à Dieu. L'Apocalypse aime à appeler Dieu :"Il est, Il était et Il vient." C'est comme un refrain qui reviendra à diverses reprises pour désigner ainsi le Seigneur.

       "Il est". Dieu est Celui qui est, c'est-à-dire qui, d'une manière stable et permanente, soutient, par son existence infinie et éternelle, toute existence possible. Dieu est Celui qui existe au sens fort du terme. Exister, ce n'est pas simplement être posé là, comme un caillou ou comme un objet. Exister, c'est surgir dans un jaillissement perpétuel de réalité. C'est la réalité de Dieu qui est exprimée par ce mot. Dieu se révélait déjà à Moïse, au buisson ardent en lui disant : "Je suis celui qui suis", Je suis celui qui existe. Je suis celui qui jaillit perpétuellement dans cette positivité, cette réalité de l'existence. Et, en fin de compte, Dieu seul est réel. Et tout ce qui existe, tout ce qui est réel tire sa réalité de cette présence forte de Dieu. A tout instant, Dieu est à la racine de notre être, à la racine de toute existence possible et nous nous recevons de Lui. Sans cesse, nous reposons en Lui. Il est le soubassement profond et en même temps la plénitude de tout ce que nous sommes. S'appuyer sur Dieu, reposer en Dieu, se ressourcer en Lui, telle est la chose la plus importante pour toute créature et pour chacun de nous. A tout instant, retrouver nos racines en Dieu.

       "Il était " parce que source de toute chose Dieu est antérieur à toute chose. Son existence est plus infinie, plus pleine, plus débordante que tout ce qui peut en découler et rien de ce qui est créé ne peut nous donner une idée, même approchée, de cette plénitude de Dieu. Il était avant toute chose, au-delà de toute chose, infiniment plus profondément que toute chose. Il y a en Dieu cet absolu, cette transcendance devant laquelle nous devons nous incliner par l'adoration. Et la proximité de Dieu, sa tendresse, sa miséricorde ne doivent jamais nous faire oublier cet infini, cet absolu de Dieu devant lequel nous ne sommes pratiquement rien et devant qui nous devons nous prosterner dans un mouvement de totale remise entre ses mains, d'adoration infinie et éperdue.

       "Il est, Il était et Il vient " C'est cela le mystère propre à ce temps liturgique et que l'Apocalypse ne va pas cesser de dérouler devant nos yeux et dans nos cœurs. Dieu est Celui qui vient, car à tout instant Il vient au-devant de nous. Dieu vient à notre rencontre. Dieu ne se contente pas d'être la source de notre être. Il est aussi Celui qui nous attire à Lui. Il est comme l'aimant qui aspire toute chose vers Lui, car c'est en Lui seul que nous pouvons trouver l'achèvement, la vérité et le bonheur de notre existence. Oui, Dieu vient, c'est-à-dire Il vient à notre rencontre, Il vient en visite. Il vient nous prendre. Il vient récapituler toute chose en Lui. Il vient rassembler tout ce qui est dispersé, tout ce que le péché, tout ce que le refus de l'homme, tout ce que le manque d'amour a éparpillé. Dieu vient nous attirer à Lui. Dieu vient se donner à nous. Dieu vient nous accomplir et nous achever en nous prenant en Lui et en nous attirant jusqu'à son propre bonheur, en nous divinisant, ainsi que s'expriment les Pères de l'Église.

      "Il est, Il était et Il vient."Que l'adoration de ce Dieu infini et transcendant se conjugue avec le sentiment profond de sa présence permanente et aussi l'attente pleine de désir de sa venue.

       AMEN