LA ROBE DE LIN

Ap 19, 1-9

(19 novembre 1991???)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

N

ous tissons la robe de l'Épouse de Dieu. Nous tissons cette robe de lin dont il est dit dans l'Écriture qu'elle est "le fruit des bonnes actions des saints". A ce propos, je voudrais vous proposer une petite analyse de notre comportement, de notre attitude à l'eucharistie de midi, en cette église.

 Nous sommes effectivement là parce que Dieu nous y a appelés et que nous avons pris le temps ou parce que nous avons l'habitude de venir ainsi aux noces de l'Agneau, d'être parmi les invités qui reçoivent le corps du Christ et se réjouissent de Le partager ensemble. Nous sommes donc tous ensemble à une même table, à cette table de Dieu et nous recevons ensemble ce corps du Christ.

       Ceci nous permet de comprendre que notre démarche n'est pas uniquement une démarche personnelle, aussi noble et profonde soit-elle, mais qu'elle doit s'ouvrir sur une démarche communautaire. Pour que cette "robe de lin" soit vraiment tissée, la robe de ce corps vivant qui est l'Église d'ici, il faut non pas que nous nous aimions à l'avance, ce n'est pas facile de s'aimer à l'avance, mais que nous tirions de ce repas la joie de nous retrouver comme des convives invités par Dieu.

       Je dis cela parce qu'il y a parfois dans nos comportements une sorte de démarche individualiste, de convives qui mangeraient le corps du Christ et s'ignoreraient réellement. Je crois qu'il y a là à s'interroger profondément sur la façon dont souvent nous transformons la Messe en une dévotion personnelle. Nous pouvons avoir quelques dévotions elles sont bonnes à développer mais ce n'est pas le lieu de l'eucharistie. Et c'est même presque une injure à l'eucharistie que de la transformer en un lieu d'introspection, de réflexion intérieure, parce que c'est le lieu fondamental où Dieu objectivement nous convoque pour un mystère qui nous dépasse infiniment. Nous ne pouvons ni contrôler ni analyser ce que Dieu donne dans l'eucharistie. Et surtout, pourquoi moi j'y suis et non pas les autres ? J'y suis comme un ambassadeur mystérieux du monde qui a besoin de ce germe divin qu'est le corps du Christ.

       En tant que prêtre de la paroisse, j'ai souvent l'impression de me heurter à un esprit de crainte qui fait que c'est une messe assez valable dans la ville et peut-être mieux qu'ailleurs, mais c'est tout ce qu'on peut y puiser. Il y a un besoin de nous interroger sur la façon de tisser la robe de lin de l'Épouse de Dieu et de nous demander si, au-delà de notre présence fidèle, Dieu en soit loué ! si nous pouvons créer une épouse vivante, vraiment heureuse de rejoindre Dieu. Je pense par exemple à la façon dont nous avons à harmoniser nos gestes.

       L'eucharistie a un rythme propre comme une danse, comme une chorégraphie. Et c'est dommage quand l'un ou l'autre a un pas plus serré ou moins large que l'autre, puisque le principe est de danser ensemble pour recevoir le corps du Christ. Par exemple, j'en vois qui après avoir reçu le corps du Christ s'inclinent devant le Saint Sacrement, alors qu'ils le portent dans leur corps, je ne les comprends pas très bien. Ils devraient s'incliner devant eux-mêmes aussi puisqu'il est à la fois à l'intérieur et à l'extérieur.

       Ce sont là des petits gestes du bal et de la danse, des détails vous allez me dire, mais qui révèlent comme un manque de communion entre nous, comme un manque de confiance les uns avec les autres. Il faudrait donc, moi le premier, nous analyser par rapport à nos comportements dans cette eucharistie dans laquelle devrait pouvoir se lire la communion réelle qui s'établit entre nous, à partir de Dieu, pour former ainsi l'Épouse immaculée et bienheureuse de Dieu. Ceci n'est pas qu'une question de détails ou de sensibilité du Frère Jean-François. C'est une question plus vaste, plus théologique. Notre Église n'est pas simplement le rassemblement par hasard de gens assez pieux que nous sommes, mais c'est que, à partir de ce rassemblement convoqué par Dieu, nous formions l'Église, l'Église unique, l'Épouse de Dieu.

       AMEN