DANS L'APOCALYPSE NE CHERCHER QUE "JÉSUS QUI VIENT"

Ap 1, 1-8+17-19

(24 octobre 1991)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

 

Saint Macaire : L'onction du baptême 

N

ous avons commencé aujourd'hui la lecture continue de l'Apocalypse, le dernier livre de la Révélation. L'auteur, Jean l'évangéliste, se manifeste non plus en tant que celui qui rapporte la Bonne Nouvelle de Jésus, ses miracles, ses "signes", son enseignement, sa Pâque. Il n'est pas non plus le prédicateur, l'apôtre qui écrit aux Églises comme il l'a fait dans ses trois épîtres pour commenter cette Parole de Dieu et ouvrir dans le cœur des fidèles le chemin de l'incarnation de cette Parole de Dieu. Ici, Jean est prophète. C'est pourquoi le livre de l'Apocalypse est un livre prophétique. Mais il faut s'attarder un instant sur le sens de ce mot et du contenu chrétien de la prophétie.

         Jean le dit lui-même au début de son livre, il s'agit non pas d'un fruit de son imagination, même pas de son imaginaire mystique, il s'agit d'une révélation de Jésus. Le livre de l'Apocalypse, la prophétie de l'apôtre Jean, c'est un don que Dieu lui fait "pour l'Église", c'est une révélation qui vient de Jésus-Christ. Il n'y a rien qui vienne de l'homme. Et cette révélation lui a été donnée pour signifier aux serviteurs de Dieu "tout ce qui doit arriver". Nous savons que, dans le langage courant, le terme de prophétie a pour objet ce qui n'existe pas et qui doit arriver. C'est d'ailleurs pour cela qu'à certaines époques du temps ou de l'histoire, les gens se précipitent sur les prophéties.

       Mais ici, qu'est-ce qui doit arriver ? Rien, rien. Aucun événement exceptionnel, aucun événement inattendu, aucun bouleversement de l'histoire, rien. Ce qui doit arriver c'est quelqu'un. Jean est prophète parce que, au long de son livre, il va signifier la présence de Quelqu'un. Et de qui ? de "Celui qui est, qui était et qui vient". Voilà le sens unique et suffisant de l'Apocalypse. D'ailleurs, Jean reprend ici les grandes thématiques symboliques des prophètes de l'Ancien Testament. Dans le matériau apocalyptique de ce livre de Jean, on retrouve tous les éléments qui ont servi à la méditation et à l'annonce des prophètes de l'Ancien Testament. Mais eux aussi, qu'annonçaient-ils ? Rien, aucun événement sensationnel ou extraordinaire. Ils annonçaient Quelqu'un, "Celui qui est, qui était et qui vient".

       Donc, en écoutant le livre de l'Apocalypse, en y réfléchissant en lecture personnelle, ne cherchez rien d'autre de l'avenir que "Jésus qui vient". A partir de cette symbolique, à partir de cette méditation extrêmement riche en images c'est-à-dire en profondeur, en intuition, c'est le visage même de Jésus qu'il faut chercher et découvrir. Et le chercher et le découvrir où ? Dans les événements ? Non ! le Royaume de Dieu ne se situe pas dans les événements du monde. Jésus l'a dit : "Mon Royaume n'est pas de ce monde !" pas plus dans les forces de ce monde que dans les événements du monde. Chercher ce Christ, où donc ? Dans sa Parole, dans la méditation de sa Parole. Car si le prophète est celui qui, par sa parole, annonce Celui qui est et qui va se révéler, chacun d'entre nous doit être prophète dans la méditation de la Parole de Dieu, car c'est là que le Christ se révèle.

     Et si, souvent, nous autres chrétiens, nous ne savons pas d'où vient le Christ, où Il va et ce qu'Il nous dit, c'est à nous-mêmes qu'il faut s'en prendre et non à Lui. C'est parce que nous ne méditons pas sa Parole. Le prophète ce n'est pas celui qui parle à la cantonade, c'est celui qui, dans le silence de son cœur, médite si profondément la Parole de Dieu que Dieu se manifeste à son esprit, à son cœur et à sa vie. Et cette découverte de la présence de Dieu dans sa Parole va lui permettre de vivre tous les événements du monde et de sa vie, non pas uniquement à la surface des choses, mais dans la profondeur ces choses, c'est-à-dire en accueillant le Royaume, la Parole, Celui qui est, qui était et qui vient.

      Au jour de notre baptême, nous avons reçu l'onction du saint chrême. Et cette onction, dans la prière liturgique, a fait de nous "des prêtres, des prophètes et des rois". L'Apocalypse nous aide à comprendre ce qu'est, pour chaque chrétien, le don de la prophétie. Nous sommes prophètes. Nous sommes prophètes dans la mesure où nous cherchons à discerner le visage, la volonté de Dieu dans sa Parole, que nous l'épousons. Et à ce moment-là, d'une façon ou d'une autre, nous l'annoncerons.

       Que cette eucharistie nous aide à la vivre comme une prophétie, à ouvrir notre cœur et nos mains comme un prophète, pour recevoir Celui qui est, qui était et qui vient dans l'eucharistie, Parole faite chair.

        AMEN