CONSENTIR POUR RECEVOIR

Ap 21, 1-7

(29 novembre 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

Moissac : Nouvelle Jérusalem 

V

ous avez remarqué dans cette lecture suivie de l'Apocalypse comment souvent, on entend la conjonction "comme", comme le bruit d'une grande foule, comme le mugissement des eaux, comme, etc ... Il faut bien pouvoir traduire cette nouveauté, ce ciel nouveau, cette terre nouvelle, il faut bien les traduire d'une certaine manière avec des comparaisons qui sont tirées de notre terre à nous, il faut bien pour traduire la nouveauté utiliser, piocher, puiser dans ce qui est ancien, qui est appelé à passer, mais en même temps qui est comme la figure de ce qui doit arriver. Exactement comme Christophe Colomb, qui lorsqu'il a découvert l'Amérique a dû recourir à des comparaisons du vieux continent, quand il a fallu traduire cette nouveauté de ce pays.

      "Comme" "! Et la comparaison du jour c'est : "Je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle, comme une jeune mariée parée pour son époux". La comparaison aujourd'hui nous introduit à cette nouveauté qui représente une mariée remontant l'allée de cette église au bras de son père. Mais cette comparaison nous pousse à chercher plus loin. Qu'est-ce qui est comparé à cette jeune mariée ? C'est la Jérusalem nouvelle, pas celle qui nous paraît quelquefois, surtout en ce moment, trop ancienne, avec toutes ses luttes, toutes ses guerres pour lesquelles on utilise souvent des jeunes. Mais ici, c'est une jeune mariée. Et cette comparaison oriente nos recherches du côté du mariage, du consentement. Dans l'échange du consentement dans la liturgie du mariage, on a quand même gardé l'ancienne formule : "Voulez-vous prendre pour époux, pour épouse ?" Mais aujourd'hui, la plupart des fiancés préfèrent, (et moi aussi), "Veux-tu être mon épouse ? Oui, je te reçois comme épouse. Veux-tu être mon époux ? oui, je te reçois comme époux." Comment ce consentement est-il traduit ? A travers la réception profonde de l'autre qui est comme le nœud de tout ce qui nous arrive de la part de Dieu, comme cette Jérusalem qui descend du ciel, il nous faut recevoir, comme cette eau dont il est dit qu'elle nous sera donnée gratuitement, comme ce baptême que l'on reçoit. Et si l'on se fait capacité Lui saura bien se faire torrent, et si l'on reçoit le baptême, à ce moment-là, on recevra aussi ce dont il est parlé curieusement dans ce texte de l'Apocalypse, on recevra notre dignité de fils, car s'il y a une chose que l'on reçoit, une chose qu'on ne prend pas, c'est bien notre dignité de fils, s'il y a quelque chose qu'on reçoit, c'est bien notre filiation. Après, il faut saisir la main de son père, et ne plus la lâcher, mais s'il y a quelque chose que l'on reçoit, c'est une épouse, un époux, la qualité de fils ou de fille.

       Que va-t-on attendre dans une sorte d'attente plus ou moins patiente que tout nous tombe tout cuit du ciel, attendre simplement de recevoir le fruit ? Et ce jour, l'évangile nous donne une clé, une sorte d'attitude qui convient : "Celui qui aura tenu bon jusqu'au bout, sera sauvé". Comment tenir bon si l'on ne met pas dans la balance, le poids d'une parole, comment tenir bon si l'on ne met pas dans la balance le poids d'un consentement loyal, franc, libre, le consentement de recevoir ainsi notre Créateur. Et notre consentement est comme inclus dans le consentement même de la création qui ne peut pas se réaliser sans notre propre consentement à nous. Alors, consentons, soyons comme à ces noces, consentons pour recevoir le Christ comme notre époux.

 

       AMEN