L'HUMILITE

Ap 11, 15 à 12, 6

(12 novembre 2004)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

Moissac : Les vieillards de l'Apocalypse 

C

es textes nous parlent de justes qui sont traqués par des ennemis. On parle de Jésus qui est espionné, surveillé, Jésus que l'on cherche à arrêter. Le texte de l'Apocalypse, depuis que nous avons commencé cette longue méditation nous parle sans cesse de l'Église qui est comme traquée aussi, soumise par des ennemis, à des dragons, à des persécutions. C'est l'expérience d'une sorte de filet qui se déploie aussi bien sur le Christ, la tête, que sur son corps qui est l'Église. 

       Cette expérience d'être ainsi oppressé par un filet, est celle d'un moine du désert, Abba Antoine, Antoine le grand, qui pleure dans sa cellule, dans la cellule de son désert et qui voit le monde comme saisi sous un immense filet. Et Abba Antoine pleure parce qu'il dit : qui pourra échapper à ce filet ? Et il se reprend quand il voit un disciple qui lui demande une parole (dans le désert d'Égypte, on allait voir les pères spirituels et on leur demandait une parole, quelque chose), et quand le disciple voit Abba Antoine pleurer, il demande une parole. Antoine répond : il n'y a qu'une chose qui va passer à travers les mailles du filet. Et de quoi s'agit-il, demande le disciple ? Et Abba Antoine répond : l'humilité ! C'est l'humilité qui passe à travers les mailles du filet. 

       L'humilité du Christ, ce Christ qui a l'audace des humbles. L'humilité n'est pas la fausse humilité, ce n'est pas cette espèce de recroquevillement qui est mortifère. J'ai toujours préféré l'orgueil à la fausse humilité, parce que l'orgueil on peut au moins en demander pardon, mais la fausse humilité, le faux humble ne sait pas qu'il est orgueilleux à l'envers en quelque sorte. Il n'a aucun moyen de s'en sortir. Mais la véritable humilité, c'est Celui qui a l'audace par exemple de chasser les vendeurs du temple, c'est Celui qui a l'audace de dire une parole qui dérange, de Celui qui est écouté parce que sa parole ne vient pas d'un cœur bouffi par lui-même, mais d'un cœur qui est saisi par cette humilité qui ne peut venir que de Dieu. 

       L'humilité on la retrouve dans le texte de l'Apocalypse. Il y a deux catégories de personnes qui échappent au dragon, qui échappent de ce septième fléau. La première catégorie de personnes, ce sont les vingt-quatre vieillards qui se prosternent. Qu'est-ce que se prosterner ? C'est rentrer dans cette attitude d'adoration, c'est rentrer dans l'attitude des véritables humbles, de ces personnes qui ont compris que leur grandeur elles la tenaient de Dieu. Seul Dieu peut donner la véritable grandeur, l'homme est grand quand il sait se prosterner devant son Dieu. Donc les vingt-quatre vieillards qui se prosternent échappent au filet puisqu'ils sont d'emblée tournés dans ce regard d'adoration vers la majesté de Dieu qui leur donne leur fierté, leur grandeur de baptisés, d'adorateurs, d'orants. 

       Une autre personne qui échappe, c'est cette femme, cette femme mystérieuse, poursuivie donc par la bête, le dragon, et qui échappe aussi. Elle échappe pour rendre ce service substantiel de la maternité, parce qu'elle donne naissance à un enfant mâle. Elle échappe dans le service du don qu'elle fait d'une vie, celle de cet enfant mâle qui doit régner sur toutes les nations avec un sceptre de fer. Bien sûr, cette figure de l'enfant mâle, c'est le Christ, qui par sa résurrection (le texte de l'Apocalypse précis qu'il est enlevé pour siéger à la droite du trône), c'est le Christ, et cette femme qui s'enfuit au désert, c'est la Vierge Marie. Marie, qui dans son service substantiel de la maternité, c'est-à-dire un service qui est une fécondité, c'est-à-dire pas seulement une fonction, je dirais quelque chose qui serait à remplir, mais de l'ordre d'une production, mais au contraire une fécondité qui est le don de la vie. Elle est donc, par cette maternité, elle sur qui Dieu a posé son regard, elle qui est l'humble servante, celle qui échappe aussi à la Bête. 

       Il y a deux manières d'échapper à travers cette humilité, que Dieu met dans le cœur des saints, la manière de l'adoration, la manière de la prière, notre manière du service. Demandons à Dieu, surtout quand nous avons l'impression que le filet des ennemis se resserre, quand nous avons l'impression d'être l'objet, le soin particulier du mal, demandons au Seigneur cette grâce de l'humilité qui arrachait des larmes à Abba Antoine dans le désert, qui arrachait à la persécution aussi, tous ceux qui se mettaient sous sa garde. 

 

       AMEN