LE CHRIST COMBAT POUR NOUS
Ap 6, 1-8
(5 novembre 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'Église est un peu en porte à faux, elle doit annoncer le Christ à ce monde, annoncer son Royaume, en même temps, elle ne le possède pas car personne ne possède le Christ, ni Dieu. Il ne se laisse pas saisir. Il n'est jamais complice d'aucune des humanités de ce monde, Il est comme ce feu de l'éclair, imprévisible, qui court tel le feu dans les chaumes, comme le dit l'Écriture. Il n'est jamais complice ni de nos pouvoirs, ni de nos envies, ni de nos faiblesses d'ailleurs. Il y a de l'insaisissable en Dieu et c'est normal, car c'est le signe que le Christ mène un combat contre la mort, c'est le fondement du christianisme que de le penser, un combat que l'Apocalypse raconte à travers un certain nombre d'images. Dieu mène un combat contre l'ennemi de l'homme, qui est la mort.
Ce combat dépasse infiniment toutes nos intentions, tous nos désirs les plus grands et les plus spirituels. Il y a un enjeu cosmique que le Christ a entrepris au moment de son Incarnation, et plus encore au moment de sa Passion. Il a entrepris un combat de corps à corps contre la mort, pour nous sauver. Nous ne sommes pas à la hauteur de ce combat, nous en serons et nous en sommes, les bénéficiaires même si nous ne le savons pas toujours. L'arrière-fond, le paysage, l'horizon de l'Église lui échappent totalement. Quand nous célébrons l'eucharistie, dans toutes les célébrations que nous avons autour de nous, sont sur ce paysage, dans cette espèce d'immense tableau, dans lequel le Christ mène son ultime combat. Et de ce combat, nous n'entendons que les rumeurs, et nous n'en éprouvons pas encore les effets. Mais ce combat le Christ le mène pour nous. C'est pourquoi nos églises sont plantées en forme de croix, pas pour nous culpabiliser, mais pour signifier à la fois ce combat déjà acquis du Christ et en même temps, la permanence de ce combat contre le mal.
Quiconque voudrait posséder, voudrait savoir ce qui concerne la fin du monde, ou se réclamerait de Dieu comme s'il était son ami le plus proche, est un parjure absolument puisque l'Église est au service de ce grand combat, et les idéologies ont toujours essayé de récupérer Dieu pour en faire une garantie. Il n'y a pas de candidat de Dieu, et quand il y a un candidat de Dieu, il y a de fortes chances que ce soient des fanatiques. Nous serons toujours fascinés par un certain pouvoir, un pouvoir sur les autres, un pouvoir sur nous, et Dieu sera toujours du côté de celui qui n'a pas le pouvoir. Dieu ne choisit pas les capitaines et les grands rois de cette terre, Il choisit les faibles, Il choisit les blessés parce qu'il peut parle aux blessés, parce qu'il a un langage de blessé. C'est le langage du corps du Christ, le langage du cœur du corps du Christ. Non pas que Dieu entretienne cette blessure parce que par cette blessure nous l'écouterions, mais c'est un langage de cœur, langage du corps, de cette chair promise à la résurrection et dans lequel Dieu fait entendre comme à l'avance l'annonce de la victoire. C'est parce que c'est dans cette chair que se font davantage sentir nos pleurs, nos doutes, nos désespoirs, parce que nous l'éprouvons dans notre corps. Nous ne pourrions pas les éprouver ailleurs, le chagrin, la tristesse, la déception, le désespoir, le mal-être sont d'abord éprouvés à l'intérieur de ce corps. C'est à ce corps, dans ce corps que Dieu nous parle.
Et c'est cela le langage de l'Église. Le langage que nous employons là, à travers le pain et le vin, l'oreille qui s'est ouverte à sa Parole, vient changer et ouvrir le corps, sans pour autant dire : je vais effacer toutes les blessures qui cicatrisent ton corps, mais, elles sont l'occasion, je suis avec, je suis dedans, je suis déjà à l'avance. Ce qui fait que ce n'est pas nous qui possédons Dieu, de même que Lui ne nous possède pas non plus. Le vis-à-vis, la rencontre entre Dieu et l'homme est un jeu de liberté permanent, sans nous contraindre, sans nous séduire, Il nous offre la proposition d'accompagnement, de traversée, de marche avec Lui, qui, au-delà même d'une sorte de petite consolation, deviendra une transformation profonde. C'est comme quand on parle avec quelqu'un et que ce quelqu'un sans que nous n'en ayons tout de suite conscience, nous apporte à travers nos épreuves, nos difficultés, nous apporte une sorte de paix, de confiance dans la vie paradoxale, et en nous-même, il y a un effet de l'amitié ou de la proximité de l'autre. Dieu, c'est cela, démultiplié. Il est à l'intérieur, Il n'offre pas une vie sans souci et sans drame, mais Il nous les fait voir comme avec ses yeux, comme celui qui peut remporter définitivement la victoire.
C'est pour cela que nous serons toujours vis-à-vis de Lui, dans une relation de pauvreté, l'un par rapport à l'autre. Nous serons pauvres de Dieu, comme le Dieu est pauvre de l'homme. Nous mendions auprès de l'autre, cette mutuelle présence. C'est cela qui fait la prière : j'ai besoin de Toi, dit l'homme, et Dieu dit, j'ai besoin de toi. Et c'est là que se nouent plus profondément encore, tous nos drames, notre véritable relation avec Dieu qui comme dans la sève profonde de ce que nous sommes, transforme notre vie, l'ouvre, l'illumine, et donne lumière même aux pires ténèbres.
Que le Seigneur nous aide à ne pas vouloir le posséder, mais à le recevoir, à l'accueillir, et qu'il nous en fasse entendre l'invitation qu'il ne cesse de formuler à notre égard, puisque Dieu a besoin de l'homme et qu'Il l'aime.
AMEN