QUELQU'UN …
Ap 4, 1-11
(30 octobre 2004)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Semur-en-Brionnais : Le Christ tétramorphe
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rères et sœurs alors que l'année liturgique va bientôt se terminer et nous conduire avec la fête du Christ-Roi de l'univers à la vision du retour du Christ triomphant à la fin des temps, nous lisons l'Apocalypse. Nous avons commencé, il y a quelques jours par la vision du Fils de l'Homme, Jésus, qui se révèle à saint Jean et qui l'envoie pour adresser le message, pour adresser sept lettres aux sept Églises qui représentent l'universalité du monde sauvé.
Après cette introduction à l'Apocalypse, nous parvenons aujourd'hui avec le chapitre quatrième, à la vision fondamentale, centrale, celle dont dépendra toute la suite du livre, c'est la vision de Dieu dans l'éternité de son paradis. Il est remarquable de relever un certain nombre de détails dans cette vision.
Tout d'abord, la vision commence par une porte ouverte dans le ciel. Il y a donc une communication possible entre la terre et le ciel, il y a une porte qui permet d'accéder auprès de Dieu. Déjà dans les lettres qui ont précédé, il était dit : "Voici que j'ouvre devant toi un porte, et personne ne pourra la fermer". Et cela évoque la révélation du premier paradis, après le péché originel, quand l'ange au glaive flamboyant fermait la porte du Paradis, empêchant ainsi les hommes d'y pénétrer, c'est-à-dire manifestant que par leur péché, les hommes se sont détournés de la communion avec Dieu et ne peuvent plus y accéder. Cette communion que l'homme avait refusé par son péché, et qui l'avait séparé, isolé de Dieu, voici que cette communion est rétablie, la porte est ouverte.
Jean, comme prophète peut pénétrer à travers cette porte jusqu'au ciel : "Monte ici pour que je te montre tout ce qui doit arriver". C'est donc toute l'histoire qui va prendre sa source dans cette vision de Jean qui monte au paradis, qui comme prophète est admis à nous décrire la gloire de Dieu. "Voici un trône", un trône, c'est la royauté de Dieu, c'est son pouvoir de gouverner, son pouvoir de donner vie, son pouvoir créateur, comme il nous le sera dit un peu plus loin dans le texte : "Voici que c'est toi qui as créé l'univers, il n'était pas, et il fut créé". Ce trône c'est donc la royauté de Dieu, en même temps le jugement de Dieu qui est là pour donner à chacun selon ses œuvres. Mais ce qui est le plus remarquable, c'est ce qui nous est dit de Dieu, après la vision du trône. "Un trône était dressé, et siégeant sur le trône, Quelqu'un". Aucune des visions analogues qui nous ont été données par les prophètes, n'atteint à cette sobriété, à ce sens du mystère. Une des plus belles visions, c'est celle qui est au début du livre d'Ézéchiel, où il nous était dit qu'au-dessus de la voûte, il y avait quelque chose qui avait l'aspect d'une pierre de saphir, et sur cette sorte de trône, un être ayant une apparence humaine. Ézéchiel voulait nous donner de Dieu une certaine représentation, et cette représentation était celle d'un être vivant, semblable à un homme, ce qui peut nous annoncer l'Incarnation de Dieu, mais qui en même temps semble nourrir notre imagination. Saint Jean, lui, opte pour une absolue sobriété : Quelqu'un.
"Celui qui siège est comme une vision de jaspe vert et de cornaline, et un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d'émeraude". C'est seulement de la lumière, c'est seulement l'éclat de l'arc-en-ciel, c'est seulement la couleur de pierres précieuses qui nous signale cette présence de Quelqu'un dont il ne nous est dit ni la forme, ni l'apparence, ni le visage : Dieu. Remarquez que saint Jean ne dit même pas que c'est Dieu. Le nom de Dieu n'est pas prononcé. Autour du trône, et ici Saint Jean va utiliser la vision d'Ézéchiel, des quatre vivants, constellés d'yeux par derrière et jusqu'à l'intérieur d'eux-mêmes, quatre vivants qui sont la manifestation de l'intelligence organisatrice de Dieu, quatre vivants qui représentent le monde des créatures vivantes, tout cet univers dont nous faisons partie et que nous habitons. Ces vivants, qui, nous dira saint Jean, ressemblent à un lion l'autre à un visage d'homme, le troisième à un jeune taureau, et le quatrième à un aigle en plein vol, exprimant ainsi la force, l'élan, la puissance et l'intelligence de l'humanité, de la création vivante. Ces vivants dont plus tard, la Tradition fera un symbole des évangélistes, ne serait-ce que parce que le chiffre quatre correspond des deux côtés, mais dans la symbolique plus générale, quatre est le chiffre de l'univers terrestre créé, par opposition à sept qui est l'univers de Dieu et dont il nous est dit d'ailleurs un peu avant que devant le trône, devant ce Quelqu'un il y a sept lampes de feu qui brûlent devant lui, et qui sont les sept Esprits de Dieu. C'est là probablement une première image de l'Esprit Saint dont la tradition s'inspirant d'Isaïe, dira qu'Il est un Esprit aux sept dons : le don d'intelligence, le don de contemplation, le don de science, etc … Les sept Esprits de Dieu, c'est l'Esprit Saint, les quatre vivants, ce sont les anges chargés de l'univers.
Quant aux vingt-quatre vieillards, sans doute représentent-ils l'humanité sauvée, les douze tribus d'Israël et les douze tribus de l'Israël nouveau, sans doute cette totalité de la part l'humanité choisie par Dieu, et ensuite, cette humanité prise dans sa totalité à qui s'étend la vocation qui avait d'abord été adressée à Israël. Et tout cet univers, l'Esprit Saint, les anges chargés du monde, l'humanité des vingt-quatre vieillards, tout cet univers chante la louange de Dieu. Ils offrent "honneur, gloire, action de grâces". Les vivants chantent : "Saint, saint, saint, le Seigneur, Dieu maître de tout", citation du livre d'Isaïe dans la vocation du prophète qui lui aussi avait été admis aux antichambres du ciel. "Saint, saint, Saint, le Seigneur", ce qu'avec toute la liturgie de toute l'Église nous disons au moment de la prière eucharistique nous unissant ainsi à la louange universelle et plus particulièrement à louange céleste. Enfin, les vingt-quatre vieillards lancent en l'air leur couronne en hommage au Roi parfait disent : "Tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l'honneur et la puissance". Ici s'arrête le texte que nous avons lu aujourd'hui, et dans quelques jours, nous reprendrons cette lecture de l'Apocalypse, et nous verrons apparaître l'Agneau, l'Agneau immolé et cependant glorieux, l'Agneau qui est le Christ, qui et la deuxième personne de la Trinité, ayant pris chair et qui s'est offert en sacrifice pour nous. Est ainsi dévoilée toute l'histoire du monde et de l'humanité, devant le trône de Dieu, devant le trône de ce Quelqu'un qui siège dans la lumière de l'arc-en-ciel
Que cette eucharistie soit pour nous aussi une porte ouverte vers le ciel, que nous puissions nous approcher de Dieu dans l'obscurité de la foi encore, certes, et non pas dans la claire vision, mais sachant que Dieu est là et qu'il nous reçoit, qu'Il nous admet auprès de Lui dans cette louange infinie de tous les siècles et de tous les temps, et que cette louange, comme le dira d'ailleurs l'Apocalypse plus tard, et un immense repas, un immense festin de noces.
AMEN