LE DIALOGUE DU RESSUSCITÉ ET DE SON ÉGLISE
Ap 2, 1-7
(23 octobre 2004)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, il vaut la peine au moment où nous commençons la lecture du livre de l'Apocalypse, de se demander pourquoi ce livre est-il bâti comme cela ? Généralement on ne se souvient de l'Apocalypse, que de ce qui est apocalyptique, c'est-à-dire les visions, les malheurs, les fléaux, les anges qui frappent, qui tapent sur la terre, sur les hommes, des gens qui crient, qui disparaissent, etc … Et en réalité, on s'aperçoit, en étudiant un peu le livre, que ce livre est construit d'une façon tout à fait différente.
Il y a bien ce que l'on appelle l'ensemble des visions et qui constitue la grosse partie du livre. Cela commence au chapitre quatre jusqu'à la fin, et là, effectivement, nous est décrit le déroulement de l'histoire. Mais ce que l'auteur a voulu nous montrer, c'est que ces visions arrivaient dans un contexte très précis, et c'est le but des trois premiers chapitres. Le premier chapitre, nous en avons entendu de bons extraits hier, c'est une vision personnelle du Christ ressuscité, l'Alpha et l'Omega, à Jean qui est en exil à Pathmos. Puis, les chapitres deux et trois sont un ensemble de sept lettres qui sont adressées aux sept Églises dont Éphèse est le centre, sans doute parce que cela correspond pour l'histoire au fait que quand Paul et d'autres apôtres ont ensuite implanté la communauté à Éphèse, ils ont organisé un petit réseau missionnaire à partir de la ville d'Éphèse pour quadriller la région, et donc, les sept villes dont on entendra le nom, Éphèse, c'était aujourd'hui, les six autres, dans les jours qui viennent, c'est une petite unité de géographie évangélique. C'est une communion des sept Églises. On dit généralement que le chiffre sept a été choisi parce que cela désigne une plénitude de l'Église.
C'est évidemment étant, parce que la première vision, la vision personnelle de Jésus ressuscité n'a rien de dramatique, elle n'est pas comme les visions suivantes, et d'autre part, les sept lettres n'ont rien non plus de dramatique, elles ne sont pas apocalyptiques dans le sens où on l'entend habituellement, elles ne racontent pas des malheurs. Elles racontent simplement des événements qui concernent la vie des Églises.
Qu'est-ce que cela veut dire ? Je crois qu'il faut toujours garder ce plan dans notre tête et dans notre cœur, quand on lit l'Apocalypse. Par quoi commence l'Apocalypse ? Elle commence par Jésus ressuscité qui révèle le mystère de Dieu, c'est cela l'Alpha et l'Omega. Apocalypse veut dire : dévoilement de la vie intime de Dieu, et c'est pour cela que ce dévoilement de la vie intime de Dieu se fait par Jésus ressuscité qui dit à Jean ce qu'il est. Il est le vivant, le ressuscité. On pourrait croire qu'à partir de Jésus, on peut passer directement à l'histoire du monde. Eh bien, non. Jésus ressuscité va d'abord parler aux Églises. L'Apocalypse est dans cette espèce de face à face : le Christ ressuscité qui révèle le cœur de Dieu, et à qui le révèle-t-Il ? Il le révèle aux sept Églises. A chacune des Églises, Il révèle ce qu'elle est, ses qualités, Il révèle ses défauts, Il révèle ce sur quoi elle doit se corriger, et il révèle la récompense promise : au vainqueur, je donnerai le caillou blanc, la palme, etc … peu importe, c'est le fait que Jésus ressuscité prend soin de son Église. Et à l'intérieur de ce dialogue entre Jésus et son Église, va se développer l'histoire du monde, l'histoire à venir.
Ce n'est pas épisodique, on ne peut comprendre le livre de l'Apocalypse que si on est à la fois comme saint Jean recevant la révélation du mystère de Dieu, et comme un membre des sept Églises. L'Apocalypse n'a de sens que dans ce dialogue et ce duo de Jésus avec les Églises qui sont les dépositaires, les destinataires du message de Salut. C'est à ce moment-là que l'on comprend le sens des dix-sept chapitres qui vont suivre sur les visions, c'est-à-dire que c'est le moment où l'on dévoile le sens de l'histoire du monde, depuis l'annonce du jour où l'Agneau ouvre les sceaux, en passant par la grande épreuve de la destruction de Babylone, le principe et la force du mal à l'œuvre dans le monde, puis l'anéantissement du paganisme, c'est-à-dire le mal sous sa forme religieuse dans ce qu'elle peut avoir de plus pervers, pour arriver à l'éclosion de la Jérusalem finale et du rassemblement de toutes choses et de tous les élus dans le cœur de Dieu.
Les sept Églises du début ne sont pas un petit résultat d'un processus dans les visions, elles sont ce à l'intérieur de quoi doivent être comprises les visions. On ne comprend l'histoire que va nous raconter l'Apocalypse, que si on est membre des sept Églises. Nous-mêmes nous vivons dans l'Église le cheminement d'appel, de conversion, d'acceptation de ce qui peut nous rendre plus fidèle au Christ, finalement de la promesse du Salut qui est donnée au Vainqueur.
C'est important de bien faire ce correctif. L'Apocalypse, en réalité, c'est le plus grand livre du Nouveau Testament sur le mystère de l'Église. Il faut bien le dire, c'est cela le vrai problème. Le mystère de l'Église, qu'est-ce que c'est ? C'est le mystère par lequel le monde, avec tout son péché, ses horreurs, etc … et ce n'était pas pire à l'époque de Néron qu'à notre époque, nous sommes bien servis nous aussi, c'est le processus par lequel, sans arrêt, ce monde créé en proie à la souffrance, au mal à la violence et à tout ce que vous voudrez, petit à petit est appelé par Dieu à devenir le lieu même de la présence du Salut de Dieu. Donc, le récit visionnaire s'inscrit dans le fait que c'est déjà commencé à se réaliser dans les sept Églises. Voilà le sens des choses. Cela nous donne tout de suite la perspective juste qu'on devrait avoir sur l'Apocalypse, c'est parce que nous-mêmes nous sommes membres de ces sept Églises qui représentent l'Église universelle, que nous comprenons la manière dont petit à petit s'inscrit, se développe et s'enrichit le mystère du Salut de Dieu dans l'histoire.
C'est un aspect des choses qui n'est pas toujours facile à comprendre et à accepter, mais ce n'est pas l'histoire qui explique l'Église, mais c'est l'Église qui explique l'histoire. C'est cela la prétention incroyable des croyants, des chrétiens, c'est de dire que l'Église n'existe pas comme un accident dans l'histoire, c'est l'Église elle-même qui porte et assume déjà le sens de l'histoire. Il n'y a que le christianisme, que la foi chrétienne qui osent dire des choses comme cela. Les autres religions se sont toujours considérées comme portées par l'histoire des cités, des sociétés dans lesquelles elle se développait, tandis que l'Apocalypse, ici, nous dit exactement l'inverse : elle nous dit que le sens même de l'histoire des hommes et du monde, avec tous ses cataclysmes, ultimement, le secret en est détenu parce que le Christ lui-même qui est le principe et la fin de l'histoire, l'a déposé dans le cœur des croyants, dans le cœur des communautés chrétiennes.
AMEN