LE GRAND DÉVOILEMENT

Ap 2, 1-7

(5 novembre 2001)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

F

rères et sœurs, qu'est-ce qui fait le succès d'un film au cinéma au niveau du nombre des entrées? Quand vous regardez certains films, au niveau du nombre des entrées, il semble que ce sont les films apocalyptiques, violents, les films où un héros redresse la situation et vient sauver le monde, ce sont donc ces genres de films qui ont bonne presse. D'un autre côté, d'autres films plus discrets, qui font moins d'entrées au niveau du public, mais qui cependant sont capables de se révéler aussi apocalyptiques que les premiers, mais d'une manière moins tapageuse. Je pense, dans la deuxième catégorie de films, à une production récente : "Comment j'ai tué mon père". Évidement, il n'y a pas de tours qui s'écroulent, il n'y a pas de mitraillettes, il n'y a pas de bons et de méchants, il n'y a pas de terroristes, et pourtant cet homme voit sa vie complètement bouleversée, car le voile qui était devant ses yeux va se déchirer, et un relation nouvelle avec son père, et aussi avec sa femme, va se mettre en place. Un dévoilement, une vie qui semblait pour lui, être réglée comme du papier à musique, un sens nouveau à sa vie, un regard différent sur les choses et les gens, sur les événements.

       Je crois que dans le livre de l'Apocalypse, c'est un peu la même chose. Nous avons trop tendance à nous attarder sur les passages croustillants, où il est question de cette bête, de ces monstres, de ces cornes, de ces trompettes, de ces images qui résonnent pour nous dans notre cœur, à travers des couleurs, des bruits, des images, et nous avons tendance à laisser de côté les premiers chapitres de ce livre, avec les lettres aux différentes Églises. Les passages qui vont nous être proposés, et déjà aujourd'hui, la lettre à Ephèse, sont fondamentales pour comprendre ce qu'est le livre de l'Apocalypse. Ce livre n'est pas là pour nous aider à comprendre ce qui va se passer demain, essayer de déchiffrer un code, ce n'est pas non plus la fin du monde, vue à travers des destructions et la mort, mais l'Apocalypse est un dévoilement. C'est la découverte d'un sens à quelque chose qui semblait être hors de sens, à des évènements qui semblent aller contre le salut, contre le bonheur, et que le Christ va transformer. En effet, je crois que la question fondamentale, même avec ce que nous vivons depuis quelques semaines, à travers les évènements du onze septembre, question qui peut revenir d'une manière inlassable, comme peut-être au temps des premiers chrétiens et des persécutions : si le Christ est ressuscité, comment se fait-il que nous soyons persécutés ? Si le Christ est ressuscité comment se fait-il que des choses pareilles puissent arriver ?

       L'Apocalypse n'a pas pour visée de nous dire ce qui va se passer plus tard, mais au contraire de donner un véritable sens aux évènements quotidiens. Le premier dévoilement, il nous est donné par ces lettres. C'est d'abord le dévoilement de nos propres fautes. Là aussi, nous avons peut-être tendance à penser que quand tout va mal, que quand la guerre éclate, c'est toujours la faute de l'autre, que nous, nous n'avons rien à nous reprocher, et que c'est l'autre qui est coupable. Ces lettres aux différentes Églises, sont là pour nous rappeler qu'avant de critiquer les autres, avant de se sentir persécutés, il est nécessaire de faire le ménage chez nous, d'essayer de découvrir, de dévoiler dans notre cœur les dysfonctionnements, les péchés qui y habitent, afin de clarifier notre regard. La conversion alors ne reposera pas sur une antinomie, tout noir et maintenant tout blanc, moi purifié et les autres impurs, mais au contraire, sur la découverte que le lieu même où je vais voir mes propres fautes, ce lieu sera aussi la découverte de mon salut, et de la possibilité de changement. Le lieu même où nous nous sentons fautifs quand nos fautes sont dévoilées, se révèle être le lieu où nous pouvons devenir fils de Dieu.

       Les attentats du onze septembre, non pas pour les minimiser, il y en a eu d'autres, et il y en aura peut-être d'autres, nous ont appris quelque chose grâce à la technique, aux téléphones portables. En effet, auparavant, nous ne savions pas ce qui se passait dans le cœur des hommes aux moments limites auxquels ils étaient affrontés : que s'est-il passé entre Dieu et ces hommes ? Le téléphone portable nous a permis de découvrir des dialogues, des mots, des phrases prononcés par des gens qui allaient mourir, et ce dévoilement a montré que des hommes qui vivaient des choses tout à fait communes, comme nous, qui fonctionnaient sans doute sur le "métro-boulot-dodo", qui peut-être pensaient avoir une vie médiocre, cherchant peut-être uniquement à gagner de l'argent, à profiter de la société de consommation, tous ces gens se sont retrouvés face à une situation où s'est dévoilée la possibilité de devenir fils de Dieu. Ces hommes avaient peut-être la possibilité de fuir, de laisser d'autres hommes et femmes dans des situations délicates, et certains ont refusé de partir, ils sont restés auprès de blessés, de handicapés. Là aussi, au niveau du nombre, la mort, le mal a gagné, dans le cœur de Dieu il n'en est pas ainsi. Il y a eu le dévoilement que ces hommes se sont montrés véritablement hommes face à la mort, et face à la tentation de fuir pour se sauver.

       Dans quelque temps, on va lire dans un autre passage de l'Apocalypse, les sceaux qui vont être brisés, et puis les trompettes qui nous appellent au Jugement, et à la fin l'Agneau égorgé et pourtant debout.

       Frères et sœurs, le message de l'Apocalypse ce n'est pas le message pourtant si facile des héros de films américains, qui arrivent à se sortir de toutes les situations. L'Apocalypse, c'est le dévoilement que nous avons à passer par la mort, nous avons à être comme cet Agneau égorgé, mais non pas pour finir couchés, vaincus par la mort, mais au contraire debouts et ressuscités.

       AMEN