LA LUTTE DU MAL CONTRE DIEU
Ap 17, 1-7+9 b+18
(16 novembre 2002)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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rères et sœurs, la page de l'Apocalypse que nous lisions tout à l'heure, un peu déconcertante et rebutante au premier abord, nous révèle le mystère du Mal sous un mode symbolique. Dans tout l'Ancien Testament, la prostitution est une image de l'idolâtrie, elle consiste à trahir le Dieu véritable qui est notre Époux, pour aller avec de faux époux, de faux amants que sont les faux-dieux. Cette prostituée fameuse, donc, c'est le symbole de tout refus de Dieu. Elle est présentée comme une reine, comme une femme splendide, revêtue de pourpre, d'or et de pierres précieuses. Cette femme, nous révèle-t-on est une ville, et cette ville est tout à la fois du passé, du présent, et de l'avenir. C'est une ville du passé, Babylone, là où le peuple élu a été envoyé en exil. C'est une ville du présent, puisque, nous dit le texte, elle est "assise sur sept collines", ce qui nous désigne Rome, la ville aux sept collines, mais c'est aussi une ville de tous les temps, et donc de l'avenir. C'est le symbole de la richesse, du pouvoir, de tout ce qui s'impose aux hommes, qui les écrase, et le point le plus élevé de la prostitution, de ce pouvoir, c'est de se saouler du sang des saints. La persécution et donc le sang des martyrs, est la signature de ce pouvoir du mal. Au moment où l'Apocalypse a été écrite, nous étions en plein dans les persécutions que l'empire romain faisait subir aux chrétiens, et qui ont marqué de façon si douloureuse et si violente, les trois premiers siècles de l'histoire de l'Église. Mais ces persécutions n'ont pas cessé pour autant avec la "conversion" de l'empire romain grâce à Constantin.
Les persécutions ont continué un peu partout dans le monde. Nous fêtons tout au long de l'année les martyrs de l'Ouganda, du Japon, de Corée, et nous pourrions ajouter tous les martyrs contemporains, ceux de l'Allemagne nazie, de la Russie soviétique, ceux qui meurent chaque jour au Rwanda, en Bosnie-Herzégovine, au Kosovo, ou ailleurs. Sans cesse, tout au long de l'histoire, le mal se déchaîne.? Le mal, c'est la volonté de domination, la volonté de pouvoir, c'est la volonté d'amasser les richesses, c'est la volonté de se faire Dieu à la place de Dieu, de devenir soi-même idole, de vouloir régner sur toute chose, posséder toute chose, mettre la main sur toute chose.
Cette fascination, cette ivresse du pouvoir entraîne à tous les crimes, toutes les persécutions, tous les meurtres, toutes les oppressions. Nous n'avons qu'à regarder autour de nous, peut-être même plus près de nous, pour voir à quel point se déchaîne ce mal dans l'oppression et dans le meurtre.
Frères et sœurs, ce n'est pas parce que ces images ont quelque chose de violent et de terrible que nous devons fermer les yeux devant ce mystère du mal, il est à l'œuvre dans le monde, il est à l'œuvre dans nos cœurs, il est à l'œuvre sous nos yeux et nous ne pouvons pas faire comme si cela n'existait pas. Ce mystère du mal a crucifié le Seigneur Jésus, Dieu Lui-même en est mort, et c'est pourquoi c'est au cœur de notre foi que nous devons situer cette lutte impitoyable du mal contre Dieu et de Dieu contre le mal. Mais au centre de notre foi, il y a la Pâque du Christ mort sur la croix, mais Ressuscité, vainqueur de la mort, su mal et du péché.
AMEN