LE VAINQUEUR

Ap 3, 1-13 ; Lc 16, 10-17

(30 octobre 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

J

e voudrais attirer votre attention spirituelle, votre âme, votre cœur intérieur sur les lettres que nous lisons dans l'Apocalypse. On écrit à un Ange qui a comme charge une Église, et il transmet cette lettre pastorale, en quelque sorte de Dieu, qui vient visiter chaque Église et qui fait mémoire dans chaque Église de son histoire, confesse ses faiblesses, et l'invite à traverser l'épreuve qui va être la sienne. D'ailleurs, dans chacune des lettres, on ne sait plus très bien si l'on parle à l'Église tout entière, ou si l'on parle à un membre de l'Église. Quand nous lisons ces lettres, nous nous retrouvons, nous nous identifions, chacun de nous a en tête cette histoire de tiédeur qui est vomie par Dieu, et chacun de nous peut reconnaître en ces lettres, une sorte d'exhortation, de fermeté que le Christ nous envoie à travers ces écrits. 

       Mais je voudrais encore plus précisément attirer votre attention sur ce fameux vainqueur qui vient en conclusion de chaque lettre. Dans la première lettre, au vainqueur, on fera manger de l'Arbre de Vie placé dans le paradis de Dieu Dans la seconde lettre, il n'a pas à craindre la seconde mort. Dans la troisième, la lettre à Pergame :"Je donnerai au vainqueur de la manne cachée, je lui donnerai aussi un caillou blanc, un caillou portant gravé un nom nouveau que nul bne connaît hormis celui qui le reçoit". Dans la lettre à Tyatire que nous lisions hier, il lui confie "un pouvoir sur les nations, c'est avec un sceptre de fer que ce vainqueur mènera comme on fracasse des vases d'argile, et il lui donnera l'étoile du matin. Enfin, à l'Église de Sardes aujourd'hui : "Le vainqueur sera revêtu de blanc, et son nom ne sera pas effacé du Livre de Vie, et le Christ en répondra devant le Père et devant les anges". Enfin la lettre à Philadelphie : "Le vainqueur je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu, il n'en sortira plus jamais et je graverai sur Lui le nom de mon Dieu et le nom de la cité de mon Dieu". Et enfin, dans la dernière lettre ce vainqueur "siègera avec moi sur mon trône, comme moi-même après ma victoire, j'ai siégé avec mon Père sur son trône".

       Ce vainqueur, ce peut être nous, chacun de nous, il a un nom caché, qu'il découvre au fur et à mesure de sa vie, que le nom du baptême en quelque sorte, a inauguré, mais il y a une manière très particulière que Dieu a de prononcer ce nom qui inscrit et qui décrit l'histoire que j'ai avec Dieu. Il est revêtu de blanc, il reçoit le pouvoir du Christ, et il est invité à siéger et à vivre dans le temple, dans la présence de Dieu, et à siéger avec le Christ. Ce vainqueur c'est nous, ayant parcouru et traversé toutes les épreuves, et étant devenu au fur et à mesure des épreuves "Christ", complètement Christ. 

       Ce que ce vainqueur décrit dans chaque lettre, c'est ce qu'est le Christ déjà à l'avance et ce qui donc, il nous promet d'être avec Lui, comme Lui. L'Église, ce sont des "christs", futurs, en route, en marche, dans une sorte de dynamique que l'Esprit de Dieu à travers cette lettre, à travers l'Esprit, à travers les anges, inscrit dans chacun de nous pour que nous devenions à notre tour des "christs" avec ce que nous sommes, c'est-à-dire que nous ne sommes pas confondus dans le Christ, mais chacun de nous donne une couleur particulière et revêt de façon originale et singulière le Christ que nous allons devenir, et ce sont tous ces "christs" rassemblés qui font l'Église, qui font le corps dont Notre Seigneur, le Christ, est la tête. 

       Que cette exhortation, cet appel à la fidélité, à la fermeté dans ces lettres que nous venons d'entendre nous donne courage. Nos Églises sont faites pour être éprouvées, notre foi est faite pour être éprouvée, et c'est dans ce feu incandescent que notre foi apprend à rester, à traverser, et à nous transformer progressivement, comme le pain au feu, à devenir ces pains de Dieu, ces "christs" auprès du Christ. 

 

       AMEN