LE TEMPS DES MILLE ANNÉES

Ap 20, 1-4

(20 novembre 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, dimanche dernier je vous parlais déjà de ces pages apocalyptiques dans lesquelles nous voyons le soleil la lune et les étoiles tomber sur la terre et les nations sécher de frayeur, et je vous disais que plutôt que d'y voir l'annonce d'événements historiquement précis dans l'avenir, il fallait comprendre que c'était plutôt le sens de l'histoire dans son ensemble que signifiaient ces textes. Ces cataclysmes, c'est ce que nous vivons déjà, ce sont toutes ces guerres, tous ces conflits qui déchirent l'humanité, c'est cette destruction progressive que nous faisons de la planète que nous habitons, c'est cet argent qui nous fourvoie. Nous devons donc voir cette annonce de la détresse comme étant le résumé de ce qui se passe dans l'histoire. A ce moment-là la venue du Christ apparaît comme une délivrance. 

       Le texte que nous venons d'entendre aujourd'hui illustre tout à fait ce que je vous dis puisqu'il nous parle de la ruine de Jérusalem. On nous dit : "Lorsque vous verrez Jérusalem investie par des armées, comprenez que sa dévastation est tout proche". Cette ruine de Jérusalem est mêlée de manière inextricable avec la fin des temps. Cette ruine de Jérusalem qui a eu lieu en l'an 70 après Jésus-Christ est pour le peuple juif comme le résumé, le signe avant-coureur, le symbole de cette destruction du monde et des derniers temps. C'est pourquoi ce qui nous est symbolisé dans ce texte est tout à la fois l'épreuve quand Jérusalem a été conquise par Titus et qu'elle a été dévastée, et en même temps le signe de toutes ces destructions qui ne cessent de remplir l'histoire des hommes. 

       Je ne sais pas si cela nous donne une clé pour comprendre le passage de l'Apocalypse bien difficile et qui a donné bien des difficultés à tous les commentateurs dans l'histoire. Nous lisions qu'il est question d'une mise de Satan dans l'enfer enchaîné pendant mille ans, et d'un règne des enfants de Dieu, ceux qui ont vécu avec la grâce de Dieu pendant mille ans jusqu'à ce que Satan soit libéré pour un ultime combat. Il n'est pas facile de savoir ce que veut dire ce texte et ce que sont ces mille années. Au début de l'Église on  a pris cela au pied de la lettre, on pensait que la fin des temps se subdiviserait ainsi en deux épisodes, un premier qui serait la venue du Christ, la résurrection des morts, et leur règne pendant mille années symboliques, et ensuite, cet ultime combat, le dernier sursaut des forces du mal. L'Église n'a pas gardé cette interprétation d'une période intermédiaire entre le retour du Christ et la fin des temps. 

       On reste un peu en difficulté devant une interprétation de ces textes. Peut-être faut-il penser que là aussi, cette période de mille ans correspond à toute la durée de notre histoire, à tout ce temps de l'Église dans lequel nous vivons qui va de la mort et de la résurrection du Christ jusqu'à l'accomplissement de notre Pâque qui est le déploiement et le rayonnement de la Pâque du Christ. Mille ans, c'est évidemment un chiffre symbolique qui serait donc tout à la fois ce temps dans lequel nous vivons, pendant lequel nous sommes appelés à régner déjà avec le Christ, car tous les chrétiens par leur baptême, devenus des enfants de Dieu, d'autres christs, nous sommes tous déjà ressuscités en promesse. 

       Notre propre résurrection n'interviendra qu'à la fin des temps, mais il y a peut-être là une période intermédiaire entre la victoire du Christ sur la croix et au matin de Pâques, et puis la réalisation de cette victoire pour chacun d'entre nous. Nous savons bien que le Christ a déjà tout gagné pour nous et cependant la fin des temps n'est pas encore venue. Il y a bien là un délai, peut-être est-ce là les mille années dont nous parle l'Apocalypse ? Ce serait cohérent avec ce que je vous disais tout à l'heure avec les cataclysmes qui  ne sont pas un événement à venir mais qui sont déjà actuels, et nous vivons ces événements qui déchirent ce monde auquel nous appartenons. 

 

       AMEN