LE CHRIST VAINQUEUR

Ap 19, 11-16

(19 novembre 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Jérusalem : Patriarchat grec 

F

rères et sœurs, dans le récit de l'Apocalypse, vous vous souvenez peut-être dans le début du livre, il y avait deux choses : la première, une vision du Christ ressuscité avec dans sa bouche une épée acérée et un visage étincelant. Juste après, il y avait la première vision de l'apôtre Jean : il voyait un livre aux pieds de l'Agneau avec sept sceaux qui symbolisent le secret du déroulement de l'histoire. A mesure que l'on ouvrait les sceaux, se déclanchait un processus dans l'histoire. Or, le premier processus, la brisure du premier sceau libérait un cheval blanc avec quelqu'un qui le monte et qui partait pour remporter la victoire. Ce premier cheval n'était pas un cheval de malheur, comme le cheval noir, verdâtre ou rouge sang, c'était un cheval qui partait dans l'histoire avec son cavalier. Le cavalier tenait un arc, une arme à longue portée, image de la Parole de Dieu qui part dans le monde entier et qui est capable de courir d'une extrémité à l'autre, pour reprendre les images bibliques. 

      Or, maintenant, nous arrivons à la fin du livre, et nous retrouvons le cheval blanc avec des caractéristiques légèrement différentes mais qui se renvoient l'une à l'autre. D'abord la couleur du cheval, le blanc qui  ici va être beaucoup  plus souligné parce que celui qui le monte est également vêtu de lumière et de blancheur, et ses compagnons sont eux aussi revêtus de robes blanches. Entre les deux épisodes de l'apparition des chevaux, le cheval blanc a parcouru le chemin de la victoire. Maintenant, le cheval blanc arrive presqu'au terme de l'histoire, il arrive juste avant qu'apparaisse la Jérusalem céleste et le cavalier qui le monte ressemble  à la vison d'apocalypse du début du livre. Maintenant, on ne se préoccupe plus simplement du cheval blanc qui va parcourir le monde, mais on décrit avec insistance qui est son cavalier. Or, il a exactement les mêmes traits que ce personnage mystérieux qu'on avait vu en début de révélation. Les yeux sont une flamme ardente, sur sa tête des diadèmes, inscrit sur lui un nom, un manteau qui l'enveloppe et de sa bouche, évidemment sort une épée acérée pour frapper les païens, et c'est lui qui maintenant exerce le gouvernement. Ici, il a comme titres "Fidèle" et "Vrai", puisque c'était déjà la qualification de ce personnage au début de l'Apocalypse, "le Témoin fidèle". 

      C'est la fin de la course, c'est l'arrivée, la fin de l'histoire. La Parole de Dieu ayant traversé l'histoire du monde, l'histoire des hommes est conduite à son terme. Comment apparaît le cheval blanc ? C'est vraiment comme le porteur de la Parole, celui qui le monte est le Verbe de Dieu, car à travers la Parole qui a été annoncée jusqu'aux extrémités de la terre, il a investi toute la terre et remporté la victoire pour laquelle il s'était élancé dès le début. Simplement, il y a quand même un petit détail intéressant, le manteau qui l'enveloppe est trempé de sang. Ici, est comme rappelé le coût de la victoire. Le sang n'est pas nécessairement le sang des païens qui ont été tués (c'est une hypothèse de lecture possible) mais je pense que c'est plutôt le sang de celui qui a été le vainqueur et qui a combattu au prix de son sang. Ici, le sang qui est sur son manteau rappelle la parole du prophète : "Quel est celui-ci qui vient d'Édom en manteau couleur de pourpre ?" C'est celui qui a foulé à la cuve pour sauver le monde, celui qui a versé son sang, celui qui a donné et payé de sa vie le salut du monde. On voit comment l'auteur de l'Apocalypse procède par précisions successives. Au début c'était simplement le cheval avec son cavalier et l'arc, et maintenant on voit comment le Christ arrive au terme de l'histoire en ayant vaincu les nations, en les ayant jugé à travers le glaive acéré de la Parole de Dieu. La Parole de Dieu a aussi la fonction d'exercer le jugement et le discernement entre ceux qui seront restés fidèles, ceux qui auront cru et ceux qui n'auront pas cru et qui n'auront pas adhéré à la Parole de Dieu, mais en même temps, c'est toute l'identité même du Christ mort ayant versé son sang pour nous, et ressuscité, courant le monde sur son cheval blanc qui conduit l'humanité des sauvés, tous ceux qui le suivent, sur des chevaux blancs, vêtus de lin blanc. 

       C'est une très belle préparation de la fête que nous allons célébrer, la fête du Christ roi. On imagine que le Christ a fait son travail dans les trois années de vie publique sa mort et sa résurrection, et après on ne le voit plus. Mais l'Apocalypse nous donne une autre vision des choses. Le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu, le cavalier monté sur un  cheval blanc et qui tient l'épée acérée dans sa bouche, c'est toujours le Christ agissant et réalisant l'histoire, la construisant et rassemblant toutes choses en lui, rassemblant tous les élus qui le suivent dans la cavalcade qui va les conduire à la vie éternelle, et aussi exerçant le jugement parmi les nations. Il y a d'une façon extrêmement explicite et forte, le commentaire de la parole que Jésus avait dite juste après sa résurrection, à ses disciples : "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde". Il est vraiment présent, il est là mais sur le mode de celui qui récapitule, de celui qui agit dans l'histoire, qui la conduit à son terme. Ce n'est pas une sorte de présence lointaine, mais c'est le cavalier qui entraîne ses soldats et ses adhérents à travers les troupes de l'ennemi pour les conduire vers la victoire. 

      C'est le mystère du Christ roi, c'est le mystère du Christ qui récapitule en lui toute l'histoire du monde, tout ce qu'il aura semé dans l'histoire du monde avec sa Parole, à travers son combat pour le salut de l'humanité pour la conduire et la rassembler auprès du Père. 

      A travers ce cavalier blanc, on comprend qu'à la fin, il s'appelle "roi des rois" et "Seigneur des Seigneurs", c'est la souveraineté du Christ qui exerce sa souveraineté sur tout l'univers qui est ainsi manifestée à travers cette très belle image qui ouvre la fin du livre de l'Apocalypse. 

 

       AMEN