LA VENUE DU ROYAUME

Ap 7, 9-17

(6 novembre 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, comme il convient en cette fin d'année liturgique, les textes d'aujourd'hui nous parlent l'un et l'autre de la fin du monde, du retour du Fils de l'Homme, et de la béatitude dans laquelle il nous recevra. Ces deux textes le font de manière assez différente, à la fois avec un côté terrible, et à la fois avec un côté profondément consolant et il nous fait entrer dans la joie de Dieu. 

Le jour terrible, c'est le jour du Fils de l'Homme. Dans l'évangile de saint Luc, Jésus insiste tout d'abord sur la fait que l'on ne sentira pas la venue du dernier jour. "Quand on vous dira : voici le Fils de l'Home, le voici, le voilà, ne le croyez pas". Il ne viendra pas d'une manière perceptible. Le Fils de l'Homme fondra sur nous comme l'éclair, ce sera comme aux jours de Noé, personne ne saura rien et le déluge viendra pour tout emporter. Ce sera comme aux jours de Lot, personne ne se doutait de rien à Sodome, et le feu du ciel est tombé sur la ville. 

       On ne peut donc pas prévoir la venue du Fils de l'Homme. Ceci pour deux raisons : l'une qui fait partie de cette eschatologie, c'est terrible, elle descendra sur nous comme l'éclair. L'autre raison pour laquelle on ne peut pas percevoir l'arrivée du Fils de l'Homme, est beaucoup plus positive et elle nous ouvre des perspectives admirables. Jésus dit : "Le Royaume des cieux  est déjà là". Vous ne pouvez pas percevoir sa venue, vous ne pouvez pas vous y préparer, il est déjà là. Il est là dans votre cœur, il est là dans la conversation que nous avons les uns avec les autres, en réalité, le Royaume de Dieu, c'est Jésus lui-même. La présence de Jésus au milieu de ses disciples, au milieu du monde, ou aujourd'hui au milieu de notre communauté, au milieu de cette eucharistie que nous partageons, la présence de Jésus, c'est déjà le Royaume. Le Royaume nous n'avons pas à l'attendre, ou plus exactement, notre attente n'est pas tournée vers l'avenir, elle est tournée vers l'intérieur, c'est une attention à une présence qui est déjà rayonnante même si elle est déjà commençante. 

       Le Royaume de Dieu va fondre sur nous sans que nous puissions le prévoir. Jésus continue : "Le jugement se fera d'une manière inattendue, l'un sera pris, l'autre laissé. De deux femmes qui sont en train de moudre, l'une sera prise, l'autre laissée. De deux personnes sur le même lit, l'un sera pris, l'autre laissé." Il y a donc une sorte de partage qui s'établit par cette venue du Royaume de Dieu, entre ceux qui ont tourné leur cœur vers ce Royaume, et ceux qui n'ont pas voulu se tourner vers lui. C'est pourquoi dit Jésus, il n'y aura pas de délai, il faut que celui qui est aux champs ne rentre pas à la maison pour prendre ses affaires, et même celui qui est à l'étage, qu'il ne descende pas pour prendre ses vêtements. Le Royaume de Dieu est donc quelque chose qui va surgir d'un seul coup sur nous. 

       Mais comme le pressentions avec cette parole de Jésus que le Royaume de Dieu est déjà là dans notre cœur. L'Apocalypse que nous venons de lire qui est pourtant un livre plein de fureur et de guerres et de  désastres, dans le passage de ce jour est infiniment positive. Le Royaume de Dieu aboutit à cette fête éternelle que nous appelons la Béatitude et qui est une foule immense que personne ne peut dénombrer. Cette foule de toutes races, de toutes langues, ce n'est plus seulement le peuple choisi qui est sauvé mais  tous les peuples, toutes les nations. Ils sont tous debout devant le trône de l'Agneau. Ils chantent sa louange éternellement. La béatitude consiste en cette sorte de protection intime, profonde, délicate ce Dieu à notre égard. Il nous recouvrira de sa tente pour que le soleil ne nous brûle pas, il nous conduira aux eaux de la vie, aux sources des eaux vivantes, pour que la soif ne nous éprouve pas. Plus radicalement encore, Dieu essuiera toutes les larmes de nos yeux. Tout ce qui a pu dans notre vie nous conduire à la souffrance, à la crainte, à la peur, tout ce qui aurait pu nous condamner, Dieu essuiera toutes les larmes de nos yeux. C'est sa promesse la plus définitive et sur laquelle nous pouvons fonder notre espérance la plus certaine. 

     Voilà ce que sera ce résultat du jour du Seigneur car en effet, l'Apocalypse ne nie pas la partie que nous venons de lire dans l'évangile de ce cataclysme terrible, puisque précisément cette foule immense autour du trône de Dieu, et qui sont revêtus de robes blanches, ce sont ceux qui ont participé à la tribulation, à la grande épreuve mais qui par la grâce de Dieu en sont sortis vainqueurs. 

      L'histoire du monde tend vers ce jour où toutes choses seront accomplies, et ce sera à la fois la venue inattendue du Fils de l'Homme qui pourtant était déjà là dans notre cœur, cette venue rayonnant qui nous jugera sur la vérité de notre cœur, cette venue s'achèvera dans la louange éternelle de cette foule immense devant le trône de Dieu qui aura essuyé toutes larmes de nos yeux. 

 

        AMEN