VIENS
Ap 22, 16-17+20-21
(1er décembre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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aut-il s'appesantir sur les derniers mots de l'évangile qui terrorisent toujours un peu notre mentalité : la récompense éternelle ou pire, la peine éternelle ? Nous avons l'impression qu'avec cette peine éternelle qui flotte au-dessus de nous, si nous nous trompons un tant soit peu, on ne peut plus rien récupérer.
J'aurais plutôt voulu vous inviter à réfléchir sur un petit mot de l'Apocalypse : "Viens". C'est un mot que l'on dit souvent dans la journée, venez, viens, on le dit à ses amis, à sa famille, à ses frères, ses sœurs, ses parents, viens. Je crois que ce mot qui clôture le dernier livre la Bible, l'Apocalypse, ce mot est très beau. Pourquoi ? Parce qu'il nous renvoie à notre constitution même d'hommes et de femmes. Je ne me place pas au niveau chrétien ou pas chrétien, mais simplement au niveau de notre constitution d'homme et de femme. Dire : "viens", cela veut dire qu'on a besoin de quelqu'un. Je ne suis pas une île à moi tout seul, je ne me suffis pas à moi-même, je ne me construis pas moi-même, mais il est inscrit profondément dans ma nature la nécessité de nous construire par les autres et avec les autres. Dire : viens, c'est reconnaître que je ne peux pas m'accomplir tout seul. C'est la première chose.
La deuxième chose, vous le comprenez bien que ce "viens", qui n'est pas dit n'importe où, n'importe comment, il est dit à la fin du livre de l'Apocalypse. Ce livre, par définition, nous permet de dévoiler la réalité même du monde et de ce que nous sommes. Quand l'Apocalypse dit à la fin : "l'Esprit et l'Épouse disent viens", cela veut dire que le "viens " que l'on dit d'une manière anodine entre nous, ce n'est pas un ordre, mais ce "viens", c'est le fait cette fois-ci que nous sommes profondément liés à Dieu dans notre origine, car nous sommes faits à l'image de Dieu, et dans notre finalité, dans notre fin qui est d'aller vers Dieu et de le retrouver.
Je crois que ce qui est fondamental dans la vie chrétienne, c'est le désir et l'élan. C'est très bien d'avoir des principes je ne vais pas dire le contraire, mais ces principes doivent être ordonnés à quelqu'un, à un désir. Quand vous avez été baptisés, le prêtre a fait un signe de croix sur votre front, et le rituel propose de faire ce signe de croix sur toutes les parties du corps, le front, les yeux, les oreilles, la bouche, les mains et les pieds, les épaules. C'est un geste qui est extrêmement beau parce qu'il rappelle qu'à l'origine nos sommes faits à l'image de Dieu et que le baptême, la grâce que le Seigneur veut nous donner à chaque instant, qu'est-ce que c'est ? c'est la possibilité de nous réordonner vers ce pourquoi nous sommes faits, c'est-à-dire un jour rencontrer Dieu face à face.
On peut se dire que vu le programme, les moyens pour y arriver doivent être des moyens surhumains ? Il vaut mieux rester assis sur sa chaise, ne rien faire, aller à droite à gauche, et laisser tomber notre vie de croyant et de baptisé. C'est là que l'évangile vient à notre secours. Il nous fait découvrir que cet éclair qui perce le ciel sombre de nos vies et qui met en communion le ciel et la terre, cet éclair, ce sont des choses extrêmement simples et basiques. Dire un mot de charité pour quelqu'un, donner un verre d'eau pour quelqu'un qui a soif, donner un vêtement pour quelqu'un qui est nu, aller visiter un malade, aller réconforter un prisonnier. Tout cela nous semble tellement facile qu'au bout d'un moment on ne veut même plus le faire et l'on se dit que les autres peuvent le faire. Et pourtant, quand je fais ce tout petit geste qui peut sembler être une goutte d'eau dans l'océan du monde déchaîné par la violence, la haine, les guerres et les disputes, cette petite goutte peut sembler ridicule et nous pourrions être amenés à penser que nous ne devons pas la donner parce que cela ne sert à rien. Vous avez entendu cet évangile, ce jugement. Quel est-il ? C'est le Seigneur qui lève le voile et qui nous montrera dans l'éternité que les tout petits gestes que nous avons faits quelquefois sans y penser, et sans arrière-pensée, parce qu'on ne sait pas dire à chaque fois : attention, c'est pour l'éternité, c'est pour Dieu !!! On le fait et ce qui est très beau, c'est que dans l'éternité, le Seigneur est celui qui lèvera le voile et qui nous montrera que déjà ici-bas, nous vivions déjà sa présence et l'éternité.
Cela demande quelque chose de très simple et de très compliqué, de très fatigant : c'est veiller. C'est exactement comme le chasseur qui a tous ses sens en éveil pour essayer de découvrir sa proie. Je crois que si dans nos vies de chrétiens et de chrétiennes, nous avions nos sens aussi aiguisés que le chasseur qui cherche sa proie, mais nous, pour chercher la présence de Dieu dans ce monde, nous pourrions déjà goûter les uns avec les autres ce Seigneur qui n'a qu'un seul désir, c'est de venir au milieu de nous.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans l'Apocalypse, c'est l'Église qui dit : "Viens", c'est le désir que l'homme a pour Dieu. Et dans le texte de l'évangile, quand Jésus dit : "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait", quand on donne de l'eau à quelqu'un qui est assoiffé, on donne de l'eau au Christ qui est assoiffé de nous. C'est le désir que nous avons de rencontrer Dieu, mais ne l'oubliez jamais, c'est aussi le désir de Dieu de nous rencontrer.
AMEN