LA SUFFISANCE
Ap 3, 14-22
(12 novembre 2007)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Saint Macaire : L'ange
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rères et sœurs, nous venons de lire la dernière lettre écrite à la septième Église, Laodicée : "Celui qui a des oreilles qu'il entende ce que l'Esprit dit aux Églises". Qu'est-ce que l'Esprit dit aujourd'hui à notre Église, à notre communauté ? Le saint que nous célébrons, saint Josaphat, l'évangile que nous avons entendu, et puis il faut bien le dire, l'Apocalypse dont tout le monde sait qu'elle a été rédigée en contexte de persécution, tout semble nos inviter à méditer sur la persécution et sur le martyre. Martyre d'un homme qui a témoigné pour la vérité, martyrisé par ses frères, martyre des premiers chrétiens à la fin du premier siècle, et puis cette Apocalypse que nous venons de lire et qui nous invite à nous préparer si ce n'est aux fins dernières, du moins à notre propre fin sur cette terre.
Et pourtant, j'aurais voulu avec vous réfléchir ce que l'ange vient dire aux différentes Églises. Il ne faut pas s'y tromper, le message donné à l'ange des sept Églises n'est pas d'abord un message de persécution. Il y a trois thèmes pour ces sept Églises : le premier thème c'est celui du faux enseignement, l'accusation de certaines Églises comme Ephèse, Pergame et Thyatire, qui donnent un mauvais enseignement. Il y a un deuxième thème qui est celui de la persécution vécue à Smyrne et Philadelphie. Le troisième thème est celui de la suffisance, de cette tiédeur suffisante, annoncé à Sardes et à Laodicée.
Il est intéressant de voir que dans le thème de persécution, rien n'est reproché à ces deux Églises, il n'y a rien de mauvais, elles sont parfaites et elles sont invitées à la constance. Que dit le Seigneur aux Églises accusées d'un faux enseignement ? Certes, elles font du mal, mais le Seigneur n'oublie pas qu'elles font aussi du bien. C'est vrai que Pergame a renié sa foi mais en même temps elle reste aussi constante. C'est vrai qu'Éphèse a perdu son amour d'antan pour Dieu, mais elle est encore constante et continue à travailler avec labeur. Et la suffisance ? Dans la suffisance, il n'y a rien de bon. Sur une échelle de graduation, nous aurions au sommet la persécution, en dessous le faux enseignement, car même au cœur d'un mauvais enseignement il reste du bon dans ces Églises, et dans le pire, c'est bien connu il n'y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais, et c'est bien ce que dénonce le Seigneur à ces Églises : la tiédeur et la suffisance. Ce sentiment quelquefois que nous avons de n'avoir besoin ni de Dieu ni de personne.
Frères et sœurs, je suis loin d'être un spécialiste des relations œcuméniques ni même de la situation des Églises uniates, mais je crois que ce que le texte d'aujourd'hui de l'Apocalypse nous invite à méditer sur saint Josaphat c'est qu'avant même de vouloir dénoncer le faux enseignement des autres en oubliant la charité qui peut étreindre le cœur de nos autres frères, avant même de passer dans un délire de persécution et de dire : il n'y a que nous qui sommes persécutés et c'est toujours l'autre qui me persécute, et vous vous rendez compte que dans ces deux cas, le problème c'est toujours l'autre. Cette lettre écrite à la dernière Église, à Laodicée nous invite à découvrir que l'ennemi principal n'est pas l'autre Église, n'est pas le païen ou l'autre chrétien d'une autre Église mais c'est peut-être tout simplement nous-même. A partir du moment où nous croyons dans notre suffisance que nous n'avons besoin de personne, et elle nous empêche et nous interdit de vivre le geste le plus chrétien qui puisse exister et qui est le geste de l'accueil. Quand on est suffisant, on n'a besoin de personne et l'on n'accueille pas l'étranger, l'autre frère, on est exactement comme Sodome et Gomorrhe vis-à-vis de Lot et on est tout à fait à l'opposé de ce que les orthodoxes appellent la Philoxénie, l'amour de l'étranger d'Abraham qui accueille ces trois anges dans lesquels nous reconnaissons l'image de la sainte Trinité.
Frères et sœurs, nous sommes invités à laisser une bonne fois pour toute cette suffisance qui habite notre cœur, et qui nous pousse trop facilement à juger les autres et à les accuser d'un faux enseignement ou à les juger comme étant nos persécuteurs. Que saint Josaphat soit pour nous l'occasion de méditer sur l'accueil, et puis aussi bien sûr le temps de l'Avent qui commence à se profiler et qui se fait proche.
AMEN