L'ÉNIGME DU PUZZLE
Ap 22, 16-17+20-21
(2 décembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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'étais invité chez un couple il y a quelques semaines, je les connais depuis longtemps. La jeune femme est enceinte et devrait accoucher au mois de janvier, et dans le salon, pratiquement tout de suite en rentrant, sur une grande table, une belle table ancienne, était commencé un immense puzzle. Vous savez tous que le plus facile pour le puzzle, c'est ce commencer par le cadre, on trouve les pièces assez facilement. Ensuite, on a des petits bols, des petites boîtes, dans lesquels on trie au fur et à mesure les pièces et on essaie de mettre les pièces qui ont à peu près les mêmes couleurs ensemble, et puis comme le salon est un lieu de passage, elle ne peut pas ne pas penser au puzzle chaque fois qu'elle rentre et qu'elle sort, et de temps en temps, elle essaie quand elle a une ou deux minutes, de chercher la pièce qui pourra s'intégrer dans le puzzle. Elle me disait : il faut que je me dépêche, parce que je voudrais que puzzle soit terminé avant la naissance, après, je n'aurai plus temps, j'aurai autre chose à faire.
Je crois que cette image du puzzle et le comportement de cette jeune femme peuvent éclairer la fin de cette année liturgique et le texte de l'Apocalypse que nous avons entendu tout à l'heure. Il y a cette phrase : "Ne retranchez rien de la parole de Dieu, et n'y ajoutez rien". Pour un puzzle, c'et pareil, parfois nous sommes devant des pièces dont nous ne savons que faire, et nous aimerions finir le puzzle sans cette pièce, elle nous embarrasse, on a l'impression qu'elle ne trouve pas sa place, et en même temps, nous ne pouvons pas la retrancher. Nous en avons besoin, nous ne savons pas encore quelle est sa place, mais nous savons qu'il y en a une qui l'attend. De même, parfois nous aimerions, même quand on s'est trompé, on se retrouve avec une pièce qui ne va pas, et l'on aimerait presque pouvoir inventer une pièce pour qu'elle puisse trouver sa place dans l'ensemble.
La Parole de Dieu c'est un peu comme un puzzle. La Bible, c'est comme un puzzle. Quel que soit notre âge, quelle que soit notre condition humaine, quel que soit le lieu où nous en sommes de notre vie chrétienne et de notre rapport à Dieu, la Parole de Dieu est d'une certaine manière comme un puzzle. Dieu nous embarrasse quelquefois, parce que nous ne savons pas ce qu'Il veut nous dire, nous sommes embarrassés par sa Parole, nous ne comprenons pas où Il veut nous mener, et nous laissons des côtés de Dieu dans des petites boîtes. On attend, parce qu'il y a telle chose que nous ne comprenons pas, il y a des choses que nous ne comprenons pas de Dieu dans la Bible. Nous rentrons et nous sortons de la pièce de notre vie, et si nous sommes attentifs et si effectivement nous avons toujours face à nous ce puzzle, nous serons toujours amenés à réfléchir et à chercher pour voir comment on peut rajouter chaque jour une petite pièce au puzzle. Un puzzle ne se fait pas comme ça en une journée. Cela prend des semaines et des mois. Découvrir Dieu, c'est pareil. On ne peut pas dire que sous prétexte qu'on n'a pas fini le puzzle en une journée qu'on va le mettre de côté et qu'on ne le regarde plus.
Dieu c'est pareil. Toutes les pièces n'ont pas été installées. On ne peut pas dire la Parole de Dieu ne m'intéresse plus. Il faut laisser du temps au temps. Il faut laisser du temps à notre vie pour qu'au fur et à mesure qu nous grandissons, au fur et à mesure que nous faisons des tas d'expériences de vie, nous découvrions que les petites pièces dont nous ne savons que faire, au fur et à mesure, elles s'intègrent dans le puzzle, dans la vie de Dieu et la nôtre.
Il y a une dimension très importante dans la fin du livre d l'Apocalypse, c'est le désir. Pour finir le puzzle encore faut-il désirer le finir. C'est sûr que si vous mettez Dieu dans un réduit de votre maison, dans une pièce dans laquelle vous ne passez jamais, il n'avancera pas beaucoup. Ce que j'ai aimé chez cette jeune épouse, c'est que le puzzle est au milieu de toute son activité de femme et de ménagère, elle ne peut pas ne pas le voir chaque fois qu'elle rentre et qu'elle sort de la pièce importante de sa maison qui est le salon. C'est sûr que si elle l'avait mis dans un endroit bien loin de tout, loin de la cuisine et de la table à manger, au bout d'un moment, elle ferait comme certains d'entre nous, elle oublierait le puzzle.
Nous avec Dieu, c'est pareil. Ce n'est pas que Dieu ne désire pas nous rencontrer, mais c'est que très souvent, nous mettons Dieu dans une pièce. Au début, on a été baptisé, on a été un peu catéchisé, et de temps en temps, on rentrait et on sortait de la pièce et au fur et à mesure, la vie avançant, et cette pièce qui n'est pas une pièce de passage devient un réduit sombre, on y vient de moins en moins, et le puzzle on l'oublie, et il ne sera jamais fini, et on ne saura jamais à quoi il ressemble. Oui, le puzzle on sait à quoi il devrait ressembler parce qu'on a l'image sur le couvercle de la boîte ! Mais Dieu, non, alors on ne le saura que peut-être à la fin de notre vie quand nous verrons Dieu face à face. On comprendra alors le visage qu'il a.
Frères et sœurs, à travers cette petite image du puzzle je voulais vous amener à réfléchir sur le sens de la fin de cette année liturgique, sur cette entrée en Avent, pour découvrir que Dieu est un comme un puzzle, qui ne se construit pas tout de suite comme ça, mais que cela demande de notre part du désir de le construire, du désir de découvrir son visage. Cela prend du temps, mais Dieu n'est pas pressé. Cela peut prendre des mois, des années. Le plus important pour Dieu, c'est exactement ce que cette femme faisait : à chaque instant de notre vie, que nous puissions avoir en face de nous ce puzzle fini ou pas fini, il est là, il est au cœur de nos pensées, de nos préoccupations, et nous voyons jour après jour cette image se construire au fur et à mesure, tout doucement, aussi doucement que la venue de Dieu dans notre vie.
AMEN