LES SEPT LETTRES DE L'APOCALYPSE

Ap 2, 18-29

(31 octobre 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 bapteme 9

Saint Jean de Malte : Baptême de Virginie

F

rères et sœurs, nous lisons ce livre de l'Apocalypse en cette fin de l'année liturgique alors que nos regards se tournent vers ce qui doit venir plus tard, vers ce bonheur que le Seigneur nous promet et vers lequel Il veut nous conduire. Le livre de l'Apocalypse commence par sept lettres adressées par le Seigneur par l'intermédiaire de son prophète Jean, à sept Églises de l'Asie Mineure. Ces lettres font le point de la vie de ces Églises. Vous avez entendu la lettre à Thyatire que nous venons d'entendre : Dieu félicite les chrétiens de Thyatire de leur charité, de leur foi, de leur constance et de leur dévouement. Il leur reproche de tolérer une prophétesse qui les oriente loin du Royaume vers les "secrets ce Satan" dit-il, mais il félicite à nouveau ceux qui n'ont pas suivi cette prophétesse et Il leur demande de tenir ferme. 

       Chacune de ces lettres se termine par une promesse de bonheur qui, à travers des images très suggestives, nous parlent de cette éternité à laquelle Dieu veut nous attirer avec Lui. Si nous mettons côté à côte ces différentes promesses qui terminent chacune de ces lettres, nous avons ainsi une représentation symbolique d'une grande beauté de ce que sera la béatitude de ce que le Seigneur nous promet. 

       A l'Église d'Éphèse le Seigneur a promis que le vainqueur mangera l'arbre de vie placé dans le paradis de Dieu. C'est dire que la béatitude sera l'accomplissement du dessein primitif de Dieu, ce qu'il avait voulu pour Adam et Ève avant qu'ils cèdent à la tentation. Etre dans le paradis de Dieu, c'est-à-dire dans le jardin de Dieu, au milieu des arbres et des fleurs et pouvoir manger l'arbre de vie dont nous saurons plus tard que cet arbre de vie réel, c'est la croix. 

       A l'Église de Smyrne, Il a promis que le vainqueur n'aurait rien à craindre de la seconde mort, c'est-à-dire de cette punition que nous nous infligeons à nous-mêmes en fermant notre cœur à l'amour, comme la parabole du mauvais riche que nous entendions tout à l'heure l'a développé. 

       A l'Eglise de Pergame, Jésus promet que le vainqueur recevra un caillou blanc. Le blanc qui est la couleur de la lumière et de la résurrection, le caillou qui est le symbole de la fermeté, de quelque chose d'inaltérable, et sur ce caillou est gravé un nom nouveau que ne connaît que celui qui le reçoit. C'est le nom de fils de Dieu qui nous est donné par le baptême et qui en chacun d'entre nous a sa plénitude originale. 

       A l'Eglise de Thyatire, comme nous venons de l'entendre, Jésus promet l'étoile du matin. Plus tard  l'Apocalypse nous dira que c'est le Christ lui-même : "Je suis, dit-il au dernier chapitre, l'étoile radieuse du matin". L'étoile du matin, c'est donc entrer en communion avec le Christ qui illumine cet univers nouveau, qui est le matin sans cesse renouvelé, qui est la vie toujours jaillissante, qui est la lumière qui nous illumine dans notre cœur en nous faisant pénétrer dans le mystère de Dieu. 

      Dans les lettres qui suivent et que nous lirons prochainement, Jésus promet encore au vainqueur d'être revêtu d'un vêtement blanc. C'est le vêtement que l'on remet aux néophytes après leur baptême. Ce blanc, c'est encore la couleur de la lumière, de la résurrection des anges qui sont au tombeau et qui répondent aux femmes. C'est la couleur de notre renouvellement total par le baptême si nous sommes fidèles à l'Esprit qui nous est donné. 

       A l'Église de Philadelphie, il est promis que le vainqueur sera comme une colonne dans le temple de Dieu, qu'il fera partie de la construction même du Royaume, qu'il sera aussi stable qu'une colonne qui soutient l'édifice, car chacun d'entre nous, nous participons à cette construction et nous y jouons un rôle unique et irremplaçable. Il promet aussi que sur ces piliers du temple que seront les vainqueurs, seront gravés non plus seulement le nom nouveau du baptême comme il était promis à l'Église  de Pergame, mais le nom de Dieu, et le nom de la cité sainte Car chacun reçoit par la grâce du baptême qui se déploie tout au long de notre vie jusqu'à l'éternité, chacun reçoit une grâce unique et qui lui est parfaitement personnelle, et en même temps, il participe à la grâce de l'Église. Nous ne sommes chrétiens que tous ensemble dans une construction qui s'édifie avec les pierres vivantes que nous sommes. C'est donc toute la cité de Jérusalem qui est promise à chacun d'entre nous, et nous serons participants de cette construction. 

       Dans la dernière lettre, celle à l'Église de Laodicée que nous lirons dans quelques jours, Jésus dit : "Voici que je me tiens à la porte et je frappe, si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui, et lui près de moi". C'est dire que cette gloire, cette joie de la béatitude ce sera la présence intime de Jésus à chacun de nous. Nous serons certes, dans un festin de noces, nous serons dans une ville comme cette Jérusalem nouvelle, à laquelle nous participerons tous ensemble, et en même temps chacun de nous retrouvera le Christ au plus intime de lui-même dans un tête-à-tête qui s'inaugure maintenant dans l'eucharistie. Dès maintenant, le Christ frappe à notre porte et si nous ouvrons la porte de notre cœur, il entrera chez nous pour souper, assis près de nous, et nous assis près de lui. 

 

       AMEN