LE DON DE L'ÉGLISE
Ap 14, 1-7
(18 novembre 2006)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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e livre de l'Apocalypse au chapitre quatorzième, dans le passage que nous avons lu, est à interpréter comme le mystère de l'Église. Il y a quelques années, car depuis les choses ont beaucoup changé, les témoins de Jéhovah venaient frapper à votre porte et vous annoncer qu'il fallait se dépêcher, car la fin du monde était proche, c'était en 1977, et il y avait seulement 144.000 élus qui devaient y rentrer. Chose assez incompréhensible, ils se précipitaient pour faire beaucoup de conversions, ce qui dépassait déjà largement le chiffre des 144.000, pour que les gens soient sauvés. Mais apparemment, ils n'avaient pas lu la suite, parce que ceux-là, les 144.000 ne devaient pas être souillés avec des femmes.
Si on interprète à la lettre, vous le voyez tout de suite, on tombe dans de réelles difficultés. C'est bien sûr un récit de type symbolique. Qu'est-ce à dire ? Le chiffre lui-même est le symbole d'une sorte de totalité. L'ensemble de ce qui est dit est symbolique d'une réalité non pas à venir, mais d'une réalité qui se voit, qui se palpe, qui se comprend. C'est la réalité même de l'Église. Il est évident que beaucoup de passages dans l'Apocalypse vont décrire la réalité de l'Église : "Elle descend d'auprès de Dieu, cette Jérusalem nouvelle, belle comme une épouse parée pour son époux". C'est toujours en plus l'image d'une Église vierge, immaculée, sans tache et parfaite. Il suffit d'ouvrir les yeux et d'ouvrir les yeux sur nous-même, nous faisons partie de l'Église, nous savons bien que si cela ne dépendait que de nous, l'Église ne serait pas qualifiée comme étant pure sans tache et tutti quanti ! Il s'agit de reconsidérer la manière dont l'Église est pourtant cette réalité que Dieu veut belle, pure, sans tache et immaculée, comme une épouse parée pour son Époux vierge.
Bien sûr, on peut dire, et c'est une première chose, que le baptême que les chrétiens reçoivent fait de nous des êtres purifiés de tout péché. On peut aussi certainement interpréter en ce sens le fait que le passage que nous avons lu manifeste que le nom qui est inscrit sur le front, nom du Seigneur et nom du Père, c'est finalement ce nom du baptême que l'on reçoit, qui fait que l'on est connu personnellement de Dieu, et c'est le nom de chrétien. Chrétien veut dire : celui qui a été oint, c'est le mot Messie, à l'instar de Jésus-Christ comme lui, nous sommes devenus d'autres christs. C'est donc la première réalité. Il y a un principe de vie, un principe originel de création et donc de pureté à l'intérieur même de la réalité que le chrétien vit puisque nous ne cessons de vivre de la source de notre baptême. Si les eaux de notre baptême, au cours de notre vie deviennent un peu moins claires, il nous faut revenir à la source, puiser à nouveau à cette source claire, féconde, pure. Le sacrement de la réconciliation, est fait pour cela, pour retrouver la grâce de notre baptême.
Ensuite, deuxième aspect de cette Église, il faut considérer que l'Église est un don, et on l'a peut-être oublié. Elle est un don de Dieu. Personnellement, je ne supporte plus la formule : "on fait Église". Vous le lisez partout, vous l'entendez partout dans les réunions, on peut faire ce que l'on veut, on fait braire les gens, mais on ne fait pas Église parce que ce ne sont pas les chrétiens qui font Église. Nous sommes l'Église, c'est une question d'être, de fabrication. Pourquoi est-ce une question d'être ? Parce que c'est Dieu qui nous donne l'Église, c'est un mystère qui vient de lui. Elle nous est donnée, donc nous avons à la recevoir, ce qui fait que nous pouvons ne pas être toujours contents de ce qu'est l'Église. Quand nous n'en sommes pas contents, elle est souvent marquée effectivement par le péché, mais là, nous n'avons que ce que nous faisons à ce niveau-là, or en revanche, cette Église conçue comme un don, cela signifie que cela dépasse mes propres projets, mes propres ambitions, mes propres volontés à l'égard d'une communauté. Cette Église d'ailleurs qui se dit dans une communauté paroissiale, la communauté que nous formons n'est pas meilleure qu'une autre, en revanche, nous la recevons pour ce qu'elle est. C'est en puisant à ce don, en ayant conscience que les uns à côté des autres, nous ne sommes pas justement les uns à côté des autres, mais nous allons recevoir le même don de Dieu, et nous sommes appelés à cette vie de communion, même si on ne va pas passer toute la journée ensemble. Il n'empêche que nous sommes fondés dans ce don que Dieu fait à notre Église et à notre communauté.
Cela nous permettrait de reconsidérer beaucoup de choses aussi sur la manière dont on fait hélas, fonctionner l'Église. Prier pour l'Église, la recevoir comme un don, se sentir en faire partie et ne pas toujours être à l'extérieur, ne pas toujours la juger, mais se rendre compte que le disait Madeleine Delbrel, "une âme qui s'élève élève le monde", c'est vrai de notre propre vie. Ce que nous faisons, nous le faisons toujours en fonction de ce mystère de communion qui se réalise à travers cette réalité fragile qu'est la communauté des hommes qui est devenue l'Église. C'est pour cela qu'il faut reconsidérer tous les sacremenents. Nous pouvons les recevoir personnellement, bien sûr, je communie, et quand je communie, je ne communie pas pour moi tout seul. Je communie d'abord avec le Seigneur, c'est déjà tout autre, ce Seigneur a appelé déjà auprès de lui des élus, c'est ce qu'on appelle la communion des saints, c'est pour cela qu'on prie dans la prière eucharistique pour les vivants et les morts, et puis, on communie les uns avec les autres, mais aussi les uns pour les autres. Comme disait saint Augustin, l'eucharistie fait l'Église, mais c'est l'Église qui fait l'eucharistie. Ce corps de l'eucharistie, forme le corps que nous sommes et c'est parce que nous sommes un corps que nous pouvons célébrer l'eucharistie et dire : c'est le Corps du Christ. Et c'est vrai de chaque sacrement.
Finalement, quand je suis baptisé, c'est pour entrer dans la communauté des chrétiens. Quand je reçois le sacrement de réconciliation et de pénitence, ce n'est pas simplement pour me confesser, c'est pour me réconcilier avec les frères, avec l'Église, c'est donc pour créer ce lien pour vivre cette communion.
Que ce passage de l'Apocalypse nous rappelle ce don précieux de Jésus à notre humanité, ce don précieux de son Église, une épouse, c'est son épouse à lui qu'Il veut belle et parée de toutes les qualités. On peut dire que Jésus-Christ a un regard d'amour sur son Église qui est son épouse, même si nous, nous ne sommes pas toujours à la hauteur.
AMEN