LE MYSTÈRE DE MARIE, FIGURE DE L'ÉGLISE

Ap 11, 15-12, 6

(17 novembre 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Hermonville : Vierge de l'Apocalypse 

F

rères et sœurs, je m'arrêterai quelques instants au texte de l'Apocalypse à la fois difficile et très riche, dont je voudrais souligner les différents symbolismes. Après l'adoration qui se passe au ciel devant le Seigneur qui est, qui était et qui vient, parce qu'Il a vaincu les nations en fureur, l'Apocalypse  nous présente une vision, un signe, c'est-à-dire quelque chose de signifiant qui apparaît dans le ciel, et ce signe c'est une femme. Cette femme est enveloppée dans le soleil, couronnée de douze étoiles. La tradition a vu dans cette femme, la vierge Marie dans le mystère de son Assomption, de son couronnement au ciel. Cette femme est enceinte, elle met au monde un enfant mâle, et c'est bien à la vierge Marie que nous pensons dans le mystère de l'engendrement virginal de Jésus. 

       Pourtant, il y a des indices qui ne vont pas dans le même sens. Il nous est dit que cette femme enceinte est dans les douleurs de l'enfantement, ce qui ne s'applique pas immédiatement à la vierge Marie. Il y  a aussi ce second signe : le dragon rouge feu qui se tient en attente devant cette femme qui enfante pour se précipiter sur sa descendance et la dévorer. Ceci nous invite sans doute dans le contexte de l'Apocalypse, à voir dans cette femme l'Église qui enfante pour Dieu les baptisés et qui les enfante dans les douleurs de l'enfantement, car ces chrétiens que l'Église met au monde sont sans cesse menacés par la persécution, le martyre. A l'époque où a été écrite l'Apocalypse, c'était la condition la plus vraisemblable pour un baptisé que de mourir martyr. 

       Nous sommes donc amenés à partir de cette vision de l'Apocalypse, à établir un lien entre l'Église et la vierge Marie. Cela fait partir de l'enseignement traditionnel de la foi et en particulier souligné par Vatican II que Marie est tout à la fois la figure de l'Église et le membre le plus éminent de cette Église, Corps du Christ. De tous les chrétiens qui sont membres de ce Corps, Marie est celle qui, par sa vocation est la plus immédiatement proche du Christ, tête de ce Corps. C'est donc tout à la fois Marie et l'Église, car tout ce qui est vrai de Marie est vrai de l'Église. L'Église d'une certaine manière enfante sinon le Christ lui-même, du moins les membres du Christ que nous sommes, et Marie est glorifiée comme l'Église dans le ciel après toutes les souffrances et les persécutions. 

       Je vous disais tout à l'heure que les douleurs de l'enfantement ne peuvent pas s'appliquer à la naissance virginale de Jésus du sein de Marie. Cependant, le détour que je viens de faire par l'Église qui enfante les membres du Corps du Christ, nous invite à aller un peu plus loin car si Marie est mère de Jésus, elle est mère aussi de ses frères de Jésus que nous sommes, plus précisément, elle est mère de ce Corps du Christ qui est tout à la fois son Corps physique, celui qui a germé dans son sein, qui est sorti d'elle et qui a vécu sur la terre, et aussi elle est mère de ces frères de Jésus et elle a reçu cette maternité, mère de l'Église, mère des fils de l'Église, elle a reçu cette maternité à la croix. C'est à la croix que Jésus dit à Marie en lui montrant Jean, le disciple bien-aimé, symbole de tous les disciples, Il lui dit : "Femme voici ton fils". Saint Jean est le fils de Marie parce qu'il est le frère de Jésus, parce qu'il est le disciple de Jésus. Mais en saint Jean, c'est nous tous qui sommes représentés, nous sommes tous frères de Jésus, nous sommes tous membres du Corps de Jésus, et à ce titre, nous sommes tous fils de Marie. L'Église qui nous récapitule est celle qui a pour mère Marie, mère de l'Église, comme l'a proclamée le Concile Vatican II. Par conséquent, Marie a aussi connu les douleurs de l'enfantement, non pas pour mettre au monde Jésus, mais pour mettre au monde, à la croix, avec Jésus, tout le Corps mystique, c'est-à-dire les chrétiens que nous sommes. Jésus nous a donné la vie par sa mort sur la croix, et Marie au pied de la croix, a participé à ce sacrifice rédempteur du Christ, c'est ce qu'on appelle la compassion de Marie que nous fêtons le quinze septembre, le lendemain de la fête de l'exaltation de la croix. A la croix, Marie participe à ce sacrifice du Christ qui nous sauve et qui donc, nous met au monde comme enfants de Dieu. 

       Que nous sachions rendre grâces au Seigneur, tout à la fois pour cette maternité de l'Église et pour cette maternité de Marie sur chacun de nous et sur tout le Corps mystique de Jésus. C'est un mystère absolument central de notre foi, Marie participe non seulement à l'Incarnation de Jésus mais aussi à la Rédemption du monde. 

 

       AMEN