DIEU NOUS CORRIGE
He 12, 4-15
(4 février 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ous vivons souvent certains évènements de notre vie comme si nous n'avions jamais été évangélisés, comme si la parole du Seigneur n'avait jamais retenti à nos oreilles ou à notre cœur, comme si nous n'avions jamais été témoins de sa présence au milieu de nous, même si sa présence est silencieuse.
A témoin, ces quelques réflexions que nous prononçons parfois nous-mêmes ou pour le moins que nous entendons : "Si Dieu existait, il n'y aurait pas tant de mal. Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'arrive un tel malheur ? Pourquoi Dieu me punit ?" Ces propos, tous simplement, ne sont pas chrétiens mais païens, ils partent d'un cœur qui a été déçu par sa divinité, par son idole.
Lorsque le Seigneur Jésus a emmené ses disciples, le soir, sur le lac et qu'il leur a dit : "Passons sur l'autre rive", lui, le maître de l'univers savait très bien ce qui allait arriver. Non pas qu'il soit directement à l'origine de cette tempête, mais il savait où il allait.
Dans l'épître aux Hébreux, l'auteur nous dit que "Dieu nous corrige", que les malheurs sont une correction de Dieu. Il faut bien entendre une correction et non pas une punition. Dieu ne nous punit pas comme des mauvais élèves. Dieu ne nous punit pas pour nous écraser, pour nous amoindrir, pour manifester sa domination sur nous. Autrement, il ne serait pas Dieu. Car cela aurait beaucoup plus le goût d'une vengeance que d'un acte de bienfaisance envers nous.
Dieu nous corrige, et c'est vrai que, dans l'Ancien Testament, le peuple hébreu avait vécu un certain nombre de ses malheurs comme une punition, comme une punition qui était en fait une correction. Quelque chose dont ils ont su lire le véritable sens, non pas seulement en négatif, mais en positif, en laissant la parole de Dieu se révéler à travers ce qui, à première vue, était un malheur et quelque chose de négatif, pour eux et pour le monde.
Et nous aussi, il nous arrive des épreuves, des souffrances. Nous aussi nous traversons la tempête. Cela, non pas pour nous punir, non pas pour nous rejeter loin de Dieu, mais au contraire, pour que dans ces évènements là même, que Dieu connaît, auxquels Dieu est présent, même s'il est souvent très silencieux, s'il dort à côté de nous, ces évènements-là nous arrivent pour que nous puissions recevoir, à travers eux, un appel de sa part. Pour que nous puissions, en écoutant ce qu'il veut nous dire, à travers peut-être son silence dans ces évènements. Ce qu'il veut nous dire, c'est que, peut-être nous avons à nous réveiller, nous avons à faire attention à ne pas nous laisser aller à un certain nombre de vagues, à un certain nombre de coups de vent qui bousculent notre barque.
Il ne faut pas nous étonner que Dieu dorme, car même lorsque, humainement il dort, son cœur veille, son Esprit est présent. Ce qui est le plus étonnant, c'est que ce soit nous qui dormions dans la tempête. Oh, certes, les muscles, le corps des disciples étaient réveillés, mais leur cœur s'était endormi dans la crainte et dans la peur devant ces éléments déchaînés.
Dieu nous corrige, au cœur même de ce qui nous arrive. Ce qui nous arrive doit nous faire grandir en sainteté, doit nous faire découvrir que nous ne sommes pas ballottés de façon insignifiante par tous les évènements, mais que Dieu nous dirige, mais que Dieu nous prend par la main, mais qu'il nous conduit, à travers ces épreuves dures, douloureuses, parfois incompréhensibles, qu'il nous conduit vers lui-même, vers la découverte de sa présence, vers sa sainteté, de façon à ce que, comme les disciples, lorsque nous aurons entendu sa parole, nous puissions connaître dans cette barque de notre vie où il est présent, un grand calme. Cette paix, cette justice dont parle l'auteur de l'épître aux Hébreux, cette paix que connaît celui qui a su traverser l'épreuve, non pas comme quelqu'un qui craint, qui se sent puni, qui se sent amoindri ou rejeté, mais comme quelqu'un qui a découvert, au cœur même de sa souffrance, au cœur même de sa misère que Dieu est là, souvent silencieux, certes, mais Dieu qui ne dort pas.
AMEN