JE VEUX TOUT !
2 M 7, 1-14 ; Jn 12, 24-26
(3 juin 2002)
Première Messe du Frère Christophe LEBLANC
Homélie du Frère Christophe LEBLANC
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V |
ingt ans, c'est le bel âge. Quand on a vingt ans, on veut tout, en exclusivité. Ne rien laisser dans l'ombre, profiter de tout ce qui nous est donné de vivre, surtout, en profiter au maximum, découvrir toutes ses possibilités, ses capacités, les épanouir. Mettre en place tous ses désirs, vraiment, avoir l'impression, comme on le dit dans le langage courant, de s'éclater ! Quand on a vingt ans, on veut tout. Et je crois que c'est ce que veut un véritable martyr et un chrétien. Ce n'est pas vouloir une petite parcelle, ce n'est pas dire : voilà ce que je prends dans le christianisme ou dans la foi, non. Mais c'est de dire je veux tout, point final ! Je crois que c'est ce que Charles Lwanga dans son esprit, quand à vingt ans, il s'est retrouvé à la tête d'une petite communauté de chrétiens, persécutés par le roi de l'Ouganda à cette époque.
Je crois que c'est ce qui traverse la vie de beaucoup de chrétiens, c'est ce qui traverse la vie de certains saints. La différence peut-être entre certains saints et les martyrs, c'est que les martyrs versent leur sang physiquement, souffrent dans leur chair, d'autres saints souffriront différemment, peut-être non pas avec les membres écorchés, ou brûlés au feu, mais certainement écorchés d'une autre manière et brûlés pas un autre feu, peut-être aussi puissant et fort que le feu d'un bûcher allumé par un roi. Tout vouloir. Je crois que c'est ce que le Christ nous annonce quand il vient donner sa Parole, sa Parole de salut, nous dire que nous ne sommes pas sauvés à un petit endroit, nous n'avons pas à rester recroquevillés sur nous-mêmes, nous n'avons pas à désirer que quelques petites choses, comme disait Sainte Thérèse, vouloir tout ! C'est peut-être la raison pour laquelle je suis ici, parce que dans une sorte de gourmandise et d'un appétit de vie, il me semblait très difficile de choisir, comme on dit non pas entre le fromage et le dessert, mais entre ce que l'on appelle d'une manière impropre justement, la pastorale, et puis la vie plus monastique retirée dans un monastère. Je crois que je veux tout. Je ne sais pas si un jour je serai appelé à vivre le martyre avec mes frères, avec les autres chrétiens, je dois vous avouer que je n'y pense pas beaucoup, surtout après un texte comme celui qu'on vient d'entendre. Je crois qu'humblement, je ne sais pas ce que je ferais dans ces conditions, mais ce que j'ai retenu de ce texte des Maccabées, c'est une sorte de paradoxe, comme celui que nous donne l'évangile, parce que souvent quand on a vingt ans et qu'on veut tout, on a tendance en même temps à faire une différence entre le corps, l'esprit, se chercher dans un certain équilibre personnel. Or, ce qui est paradoxal dans l'évangile et dans la vie chrétienne, c'est qu'on trouve cette unité, cette recherche d'unification à travers cette épreuve du feu. Ce feu se vit différemment, nous ne le choisissons pas nous n'avons pas à le choisir, et en même temps, le résultat des paroles que prononcent ces martyrs, ce ne sont pas des paroles de refus par rapport à la chair, par rapport au corps, au contraire, ils n'ont pas de mépris par rapport à leurs membres, mais ils préfèrent les abandonner à ce moment-là pour mieux les retrouver par la suite, dans leur intégrité.
Frères et sœurs, en communion avec la jeune Eglise d'Afrique, Ouganda ou d'autres Églises, je pense particulièrement à l'Eglise du Bénin, je souhaite que toutes les Églises, comme l'Eglise d'Afrique sache en même temps être jeune et être adulte dans la proclamation du Salut que Dieu nous a donné.
AMEN