NOS BLESSURES

Ep 2, 110+12-22 ; Jn 20, 24-29

(3 juillet 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

D

e toute façon, à moins de fuir le combat, ou nos semblables, à moins de vivre reclus, nous n’échapperont pas aux blessures, nous n’échapperons pas aux meurtrissures, les blessures que l’on reçoit ou que l’on donne, le combat, c’est comme l’amour, cela exige la réciprocité. Dans l’expression courante, on entend parfois dire : "La vie l’a malmené, elle n’a pas été tendre avec lui, qu’est-ce qu’il a fait pour mériter cela ?" On se trompe, parce que ce n’est pas la vie qui peut nous entraîner ainsi, mais c’est le péché, le mal, ce qui bloque, ce qui freine, ce qui retarde, ce qui blesse, ce n’est donc pas la vie. Mais personne ne peut y échapper à ces meur­trissures. On le sait depuis toujours, il n’a pas fallu attendre Job, et même le Christ lui non plus n’échappe pas aux meurtrissures, Il les porte comme un éten­dard, il porte ses plaies, comme une sorte de blason frappé à l’amour de Dieu, car Il a remporté la victoire. On parle de plaies visibles, de plaies voyantes, criar­des, de plaie intime et secrète, la plaie du cœur.

C’est comme dans nos vies, il y a des blessu­res qui se voient plus que d’autres, et puis il y a la blessure intime qui est dans le jardin secret, quelque chose que l’on partage encore moins, avec ses raisons d’espérer. Mais que vont devenir ces blessures ? Vont-elles disparaître à tout jamais, ou gommées à la gomme arabique, vont-elles devenir comme une sorte de parenthèse refermée, quelque chose dont il ne fau­drait pas parler parce que cela concerne notre vie d’ici-bas et que là-haut, cela n’a plus rien à y faire ? Les blessures vont-elles être définitivement refer­mées, les cicatrices parfaitement invisibles ? Je ne crois pas, à cause de cet évangile, à cause de Jésus qui montre ses plaies aux mains, et au côté. Et je crois que si cette blessure devait nous faire peur, ici, elles ne sont plus chargées de peur. C’est vrai que la bles­sure cela fait peur, nos propres blessures nous font peur, parce que c’est comme une porte dans notre chair, notre peau est devenue comme perméable. Mais la blessure d’un ami nous fait peur aussi, parce qu’il peut mourir de cette blessure, parce que cela peut se retourner contre moi.

Les blessures font peur, et Jésus en montrant à Thomas ses blessures, veut chasser la peur du cœur de Thomas. Il chasse la peur en changeant la signifi­cation de la blessure. Il dit à Thomas : "Vois, toi de ces blessures, tu n’as rien à craindre pour toi, car moi je t’ai aimé jusque-là pour te sauver". Il chasse la peur de Thomas, de celui qui pourtant n’a peur de rien, puisqu’il voulait monter résolument à Jérusalem pour y mourir avec Jésus.

En même temps, Thomas est un chemin qui s’ouvre devant nous, chemin d’amour et de vérité qui montre par quoi nous devons passer, qui montre que nos blessures aussi peuvent devenir des cadeaux de grâce, qu’aussi bien les blessures voyantes que les blessures intimes, nous pouvons en faire des cadeaux de grâce, de pardon comme Jésus, si comme Jésus nous ouvrons ces blessures pour les enfourner dans le four de la miséricorde pour en faire aussi une of­frande, pour qu’elles deviennent aussi des canaux de grâce.

Au fond, même nos blessures sont offertes à Dieu pour qu’il nous lave de cette peur et fasse de ces blessures des canaux de grâce par lesquels nous se­rons sauveurs avec Lui, et sauveurs dans le Christ Sauveur.

 

 

AMEN