EFFICACITÉ DU PARDON
2 Co 5, 17-6, 2 ; Jn 20, 19-33
(14 octobre 1993)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ans sa vie, un homme a différents moyens à sa portée pour poser des evaire et du monde, mais nous avons à notre disposition des moyens, des sentiments, des gestes qui permettent non seulement de transformer cette histoire, mais plus encore de la traverser et de lui donner un sens profond qu'elle-même ne peut pas se donner. Lorsqu'un homme vient à pécher ou lorsque je viens à pécher, mon histoire en quelque sorte s'enroule sur moi-même, elle s'arrête. Une sorte de mort paralyse ma vie sur le plan spirituel et parfois même sur le plan psychologique et si je laisse ce péché envenimer ma vie, selon la mécanique propre au mal, d'autres péchés vont s'enchaîner. Il suffit d'avoir fait l'expérience de l'agressivité intérieure pour se rendre compte que si on laisse cours à sa mauvaise humeur, à ce regard mauvais ou à ces médisances, elles prennent à un moment des proportions incontrôlables. Il faut donc que le pardon vienne couper court, vienne arrêter cet enchaînement du mal, il faut donc que je reçoive de quelqu'un ce regard de Dieu qui me pardonne ou que je lance ce regard de pardon sur celui qui vient de tomber.
En effet, le pardon est le moyen le plus merveilleux pour transformer l'histoire d'un homme et lui donner un autre sens que le monde ne peut pas lui donner. Lorsque je pardonne à quelqu'un, je n'oublie pas l'offense ou l'acte mauvais, je n'efface pas cet acte de l'histoire, mais j'ouvre et j'inaugure une histoire nouvelle pour cet homme, lui permettant ainsi de reprendre pied et, sans oublier l'acte mauvais et en lui demandant éventuellement réparation, il ne se retrouve pas réduit ni enfermé dans l'acte mauvais qu'il avait commis.
C'est ainsi que le Christ, lorsqu'Il rencontre les hommes et les femmes qui sont sur son chemin, ceux-ci se trouvent pardonnés. C'est-à-dire qu'Il les invite à une autre histoire, que dans cette rencontre initiale et première, Il inaugure l'histoire qu'ils ont à avoir avec Dieu et pas simplement l'histoire de leur vie humaine. Peut-être pouvons-nous à l'occasion de cette fête de saint Callixte qui justement sut non seulement promouvoir le sacrement du pardon mais se battre pour défendre ce regard de Dieu sur les hommes, ce regard qui croit toujours à un nouveau recommencement possible, peut-être pouvons-nous nous demander si notre propre histoire avec Dieu ne s'est pas ralentie ou même arrêtée. Et si nous avons accepté et pris en compte le pardon qu'Il nous offre quotidiennement ou périodiquement pour repartir et recommencer cette histoire avec Lui.
Nous n'avons pas d'autre fidélité que celle de Dieu et celle de recommencer. Nous n'avons pas la capacité de durer, nous n'avons que celle de croire que, malgré le péché que je peux commettre ou le mal qui peut m'habiter ou me détruire, je puis me relever et recommencer avec Dieu. Je puis me demander en ce jour si je n'ai pas arrêté cette histoire personnelle avec Dieu, sous prétexte qu'elle ne mène pas loin apparemment en ce monde, et pourtant elle construit, secrètement, en ma vie spirituelle, à partir de la rencontre que j'ai avec Dieu, elle construit cette relation qui me mènera jusqu'à Lui dans le face à face où je le reconnaîtrai comme le maître de ma vie.
AMEN