LE PLUS GRAND COMMANDEMENT
2 R 2, 5-15 ; Jn 15, 9-17
(13 février 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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u moment du don de la Loi, Dieu avait donné comme commandement à son peuple de l'aimer "de tout son cœur, de toutes ses forces" et d'aimer les autres comme soi-même. Mais ce peuple n'avait pas sous les yeux le modèle de cet amour que Dieu voulait mettre dans son cœur et dans le cœur les uns des autres. C'est pour cela qu'il y a eu toute une législation, tout un développement de commandements, d'observances, de lois à exécuter ponctuellement pour avoir un tant soit peu la certitude d'être dans cet amour de Dieu. Le Christ, qui ne vient pas abolir tout cela mais rendre à cette Loi sa perfection et son accomplissement, le Christ ne laissera à ses disciples qu'un seul commandement : "Aimez-vous les uns les autres, comme Moi je vous ai aimés !" Toute observance, toute loi tombe, devient caduque, n'est plus nécessaire si, dans notre cœur, nous recevons et nous vivons cette parole du Seigneur.
Cette parole de Jésus n'est pas un mot, n'est pas quelque chose qui sort de sa bouche, n'est pas un morceau de son discours, c'est sa propre chair, c'est sa propre incarnation. "Comme le Père m'a aimé, aimez-vous les uns les autres !" Le Père a tellement aimé le Fils qu'Il l'a choisi et qu'Il l'a institué pour être dans le cœur de l'humanité le miroir parfait, le visage, l'image de son amour pour tous les hommes. Et c'est dans le Fils que le Père a fait reposer toute sa faveur et tout son amour. Désormais, c'est en recevant ce Fils de l'amour du Père que nous devons et que nous pouvons nous aimer les uns les autres, et ainsi accomplir parfaitement la loi de l'Alliance nouvelle.
Le Christ, venu dans la chair, "ayant aimé les siens qui étaient dans ce monde, les aima jusqu'au bout." C'est ce "jusqu'au bout" de sa mort, du don de sa vie qui scelle l'Alliance nouvelle, l'Alliance éternelle. Avant, ce n'était qu'une alliance temporaire, qui ne couvrait pas l'humanité tout entière. Dans la Pâque du Christ nous est manifestée cette alliance de l'amour du Père et du Fils qui doit se répandre, qui doit vivifier, qui doit grandir dans notre cœur.
"Aimez~vous les uns les autres comme je vous ai aimés !" nous connaissons cette phrase par cœur, nous la lisons souvent, nous l'écoutons encore plus souvent dans la lecture de l'évangile. Mais si le Christ nous a laissé ce seul commandement unique et non pas plusieurs autres commandements, c'est parce qu'II savait très bien que celui-là suffirait à être accompli, qu'il n'en fallait pas d'autres, que celui-ci était suffisamment difficile à vivre chaque jour, pour qu'Il ne nous charge pas de multiples autres observances, comme dans l'ancienne Alliance.
L'évangile de ce jour nous remet dans la mémoire de notre foi et de notre charité ce commandement unique à vivre chaque jour. Et c'est dans la mesure où nous croirons de tout notre cœur et où nous professerons de nos lèvres que le Fils est vraiment l'envoyé du Père pour nous révéler son amour, qu'avec notre cœur et avec nos lèvres, nous pourrons aimer les autres, comme Jésus Lui-même les aime. Il ne s'agit pas de les aimer comme nous nous aimons, cela c'était l'ancienne Alliance, nous les aimons et nous nous aimons avec beaucoup de limites, sans nous connaître parfaitement, sans nous accepter totalement, il ne s'agit pas d'aimer les autres comme cela, mais de les aimer comme le Christ les aime, c'est-à-dire tels qu'ils sont, avec ce regard de tendresse, de pardon d'admiration et de joie pour ce qu'ils sont, et encore plus pour ce à quoi ils sont appelés à devenir. Il ne s'agit pas d'aimer les autres tels que nous les voyons, tels que nous les apprécions, cela tout homme est capable de le faire, ce n'est pas typiquement ni spécifiquement chrétien. Il s'agit de les aborder et de les aimer tels que Dieu les voit, avec le regard que le Christ pose continuellement sur eux, un regard d'infini respect, qui sait discerner le bien du mal, pour promouvoir le bien et pardonner le mal.
Qu'en cette eucharistie où, par sa Pâque, le Christ nous fait demeurer dans l'amour du Père, nous puissions apprendre à demeurer dans l'amour des autres, nous puissions renouveler dans notre cœur ce désir profond de notre foi chrétienne de vivre ce commandement unique, et cela suffit bien. Que le corps et le sang versé du Christ qui va nourrir notre propre cœur, notre propre corps, puisse aussi nourrir, purifier, éclairer le regard, l'amitié, l'affection que nous portons sur les autres, Alors, nous serons vraiment, demeurant avec le Christ, alors vraiment l'amour du Père s'accomplira en nous et la loi atteindra sa perfection.
AMEN