QU'EST-CE QU'UNE PARABOLE ?

Ap 2, 18-29 ; Lc 16, 1-9

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Qu'a voulu dire Jésus ? (Stalles-Bommiers)

F

rères et sœurs, les textes d'aujourd'hui sont particulièrement difficiles. Le texte de l'Apocalypse, au lieu de nous donner les bénédictions de Dieu comme pour les autres villes nous donne au contraire des malédictions et les peines que Dieu va faire subir à l'Église de Thyatire. Dans l'évangile, c'est une des paraboles les plus difficiles de l'enseignement de Jésus, celle de l'intendant infidèle.

Je n'ai pas la prétention de vous éclairer sur le sens de cette parabole, mais je voudrais simplement vous dire quelques mots sur ce qu'est une parabole. Nous avons tendance à considérer qu'une parabole, c'est une allégorie, c'est-à-dire un récit dans lequel chaque détail, chaque personne, chaque action a un sens. Cela devient souvent alors une sorte de mots croisés ou un rébus dans lequel on cherche à identifier ce dont il est question. Une parabole n'est pas bâtie de cette manière-là. Il ne faut pas chercher les correspondances de chacun des personnages, il n'y a pas à chercher qui est cet intendant malhonnête, qui est son maître, qui sont ceux qui écrivent sur leurs billets quatre-vingt ou cinquante.

Ce qui est intéressant dans une parabole, c'est la pointe de la parabole, le moment précis où cette parabole heurte en nous quelque chose qui nous révèle un aspect du mystère de Dieu. La parabole n'est pas un enseignement qui veut nous dire comment il faut être malhonnête avec nos patrons ou nos employeurs. La parabole n'est pas non plus quand on parle des ouvriers de la onzième heure, d'essayer de les identifier, de leur donner un nom qui corresponde à l'attitude de Jésus à leur égard.

Il faut donc que nous lisions les paraboles comme un tout dans lequel les détails ne sont pas pertinents, mais il y a à l'intérieur de la parabole quelque chose qui nous heurte. Je viens de faire allusion à la parabole des ouvriers de la onzième heure, il est certain qu'au point de vue de la justice sociale, le maître de ces ouvriers qui paie le même salaire à ceux qui n'ont travaillé qu'une demi-heure, qu'à ceux qui ont travaillé toute la journée, ce maître est parfaitement injuste, et s'il vivait de nos jours, il serait certainement condamné. Ce n'est donc pas cela qui est enseigné. Mais ce qui nous est dit, c'est que le maître de la vigne qui est Dieu nous donne gratuitement son amour, sa grâce, et non pas en fonction de nos mérites.

C'est donc volontairement que Jésus heurte ses auditeurs pour qu'ils comprennent qu'il y a un secret, un mystère, qu'il faut essayer de cerner. Ici, c'est la même chose, ce que Jésus loue, ce n'est pas la malhonnêteté de l'intendant, mais c'est le fait qu'il a été suffisamment intelligent pour utiliser les événements en sa faveur et qu'il faut que les chrétiens sachent eux aussi utiliser tous les événements de leur vie pour que par la grâce de Dieu, ils soient bénis et récompensés. Cela ne dit pas tout sur cette parabole, c'est une petite lumière pour que le Seigneur nous aide à aller plus profond.

 

AMEN