LA TOTALITÉ DE L'AMOUR DE DIEU POUR L'HUMANITÉ

Ap 1, -4 et 15-19 ; Lc 15, 1-10

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Il faut que le troupeau soit au complet !

F

rères et sœurs, ces deux paraboles que nous rapporte saint Luc au moment d'une controverse parce que Jésus est invité par des pécheurs et des publicains, et qu'on commence à lui reprocher d'avoir des mauvaises fréquentations, ces deux petites paraboles et celle plus connue encore de l'enfant prodigue sont des grands classiques. C'est ce qu'on appelle les paraboles de la miséricorde.

Les deux petites paraboles qui servent de prologue, n'ont pas exactement la même portée que celle du fils prodigue. Elles mettent en scène deux personnages, un berger et une maîtresse de maison, qui ont le souci de la plénitude et de la totalité. Il manque une brebis, ce n'est pas nécessairement un drame, quand on en a quatre-vingt-dix-neuf autres, un pour cent de perte pour le gardiennage d'un troupeau ce n'est pas dramatique. Mais le comportement de ce berger qui d'ailleurs et un peu inconscient et qui ne prend pas toutes les sécurités voulues car il paraît que les troupeaux ont des comportements absolument imprévisibles et difficiles à gérer, donc lâcher le troupeau est un risque énorme. Cela montre que de la part du berger il y a un souci que la totalité soit préservée et gardée. De la même façon, la maîtresse de maison passera peut-être plus de temps de salaire d'une drachme pour récupérer la pièce perdue. Elle met la maison sens dessus dessous, et peut-être cette opération de ménage va-t-elle durer plusieurs heures, elle ne veut pas se résoudre à la voir perdue.

A travers l'idée de recomposer la totalité d'un bien, même avec des risques et de l'entêtement, nous montre comment se réalise le plan de Dieu. Le plan de Dieu n'est pas comme les auditeurs le croyaient, que Dieu peut passer par profits et pertes. Dieu ne peut pas gérer sa création, il ne peut pas gérer l'humanité, le destin des pécheurs, en disant qu'ils l'ont bien cherché et qu'ils sont perdus. C'est cette obstination dans le bien pour qu'elle rejoigne la totalité de la création et de l'humanité, que Jésus a voulu d'abord enseigner.

C'est peut-être cela qui devrait être une des motivations profondes de notre vie chrétienne. Il faudrait que nous soyons aussi obsédés que Dieu, qu'il n'y ait pas de concession vis-à-vis de quoique ce soit de perdu, d'abîmé, ou de négligé. C'est le souci de ce que Jésus a dit : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait". Mais au lieu que ce soit simplement la recherche de la vertu, d'une plénitude de notre propre personnage, ici, c'est plutôt l'idée que si Dieu s'est engagé vis-à-vis de sa création, sa responsabilité est totale. C'est ce que les pharisiens ne comprenaient pas. Les pharisiens trouvaient que vu leur propre état de vertu, leurs interrogations et le niveau auquel ils situaient les exigences religieuses, ils n'y avaient qu'eux qui étaient intéressants et que le monde entier pouvait passer par profits et pertes, pourvu qu'eux soient sauvés. C'est cela que Jésus leur rappelle : si vous avez été élus, si vous avez reçu le don de Dieu, c'est un don pour toute l'humanité.

C'est cela que Jésus à travers la brebis perdue et la drachme perdue nous rappelle : si nous ne considérons pas la démarche de Dieu dans sa création, dans son désir de la rassembler auprès de lui comme un désir de totalité, de plénitude, alors nous manquons quelque chose de la radicalité de l'amour de Dieu, non seulement pour les autres mais aussi finalement aussi pour nous.

 

AMEN