LE CHRIST EST SOURCE

Jr 8, 18-23 ; Lc 6, 36-45

(12 septembre 2011)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Source d'eau vive

N

e jugez pas et vous ne serez pas jugés, ne condamnez pas et vous ne serez pas condamnés, donnez et l'on vous donnera".

Dans la première partie de cet évangile, si je pousse le bouchon un peu loin, on a envie de dire que le meilleur moyen pour survivre dans la société parmi nos frères et sœurs, c'est de lisser les choses de telle manière qu'il n'y ait pas de conflit. Et au moment où j'ai peut-être envie de juger mon frère et de lui dire que ce qu'il fait n'est pas bien, à ce moment-là je me dis que pour plus de sécurité afin qu'il ne me renvoie pas dans les cordes et ne me juge à son tour, le plus simple, c'est de se taire. Autrement dit, une lecture excessive de cette première partie de l'évangile tendrait à nous faire croire que ces règles que Jésus nous a données sont semblables à une sorte de contrat sinon social, du moins communautaire pour la vie en Église.

Le deuxième travers qui suivrait, serait que nous serions notre propre origine de ce bonheur et de cette tranquillité qui nous permettrait de vivre les uns à côté des autres. A chaque fois dans cet évangile, Jésus envoie la personne à la possibilité qui lui est donnée de faire du bien. Donc, nous serions notre source même en tant que capacité à produire du bien. Or, et c'est tout l'intérêt de la deuxième partie de cet évangile, même si à la première lecture cela nous paraît un peu décousu, que de nous rappeler la source même de ce bien. La grande tentation, vous le savez, quand cela ne va pas c'est de la faute de Dieu, mais quand ça va bien, c'est parce que je suis très intelligent et que j'aime beaucoup mes frères et mes sœurs. Et on oublie à ce moment-là la source de tout bien qui est le Christ.

Dans cette deuxième partie, ce qui est rappelé à l'homme, c'est une véritable humilité. C'est de reconnaître que nous ne sommes pas les maîtres. Trop souvent, certains ont la tentation de vouloir se poser en tant que maîtres vis-à-vis de leurs frères et de leurs sœurs. En fait, ce n'est pas à nous de conduire nos frères et nos sœurs. C'est peut-être à nous de les aider à chercher le Christ, je suis tout à fait d'accord, mais le risque c'est que certains s'érigent en véritables gourous et profitent ainsi de pauvres aveugles qui sont à la recherche de la lumière pour eux-mêmes s'instaurer Christ à la place du Christ. Cette deuxième partie, même si comme dans la première, insiste sur notre être intérieur et sur cette source intérieure qui est en nous, nous renvoie à nous-même pour nous faire découvrir à la fois que nous ne sommes pas le Christ, mais qu'en même temps, le Christ celui qui est en nous, est ce moteur qui nous permettra de donner le meilleur de nous-même, c'est-à-dire ces fameux fruits qui ne poussent que sur les bons arbres.

Ce passage était extrêmement compliqué et en même temps précis. Il ne s'agit pas, je le redis simplement, de règles qui nous permettraient d'éviter de nous bousculer, notre peur n'est pas de faire mal à l'autre, et qu'au retour, il nous rende ce mal, notre moteur devrait être au contraire que la source de nos bonnes actions c'est le Christ. Le Christ en tant que source de notre action devrait aussi dans un deuxième temps nous faire découvrir à la fois notre misère et en même temps toute notre humilité, et par conséquent notre bonheur du fait que Dieu nous fait assez confiance pour être le rouage de la constitution et de l'élaboration de son royaume de Dieu sur terre.

Nous sommes de pauvres êtres, c'est vrai, nous sommes pécheurs, nous sommes limités et en même temps c'est au cœur de ce péché qui nous habite que le Seigneur vient habiter et ouvrir cette source de bonté, de bonheur et d'espérance. La seule chose, c'est vraiment de pendre conscience que nous ne sommes pas à l'origine, mais que Dieu nous demande d'en être les porteurs et les témoins auprès de nos frères et sœurs.

 

AMEN