PORTER DU FRUIT
Gn 23, 1-20 ; Lc 13, 1-17
(21 octobre 2010)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Porter du fruit en abondance…
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emarquez frères et sœurs, que cet évangile est comme un patchwork, c'est-à-dire comme trois pièces de tissus rapprochés, cousus les uns avec les autres et qui bien que différents, donnent à l'ensemble une certain coloration qui est assez intéressante sur laquelle nous pouvons méditer en ce jour.
Tout d'abord, ces gens qui viennent voir Jésus et qui lui demandent de commenter l'actualité comme nous, nous commentons régulièrement l'actualité. Et que s'est-il passé au vingt heures de Jérusalem à cette époque ? il semble que Pilate ait décidé de punir des assassins en les exécutant et en mêlant le sang de leurs victimes avec celui des assassins. Ce qui veut dire qu'il y a une justice des hommes mais qu'en même temps, comme le dit Jésus juste après : "Croyez-vous que pour avoir subi pareil sort, ces galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres galiléens ?" Autrement dit, c'est injuste, parce qu'il y en a qui sont des assassins qui se sont fait prendre et qui sont punis, et il y en a qui sont des assassins et qui sont passés à travers les filets et sont toujours en liberté. Il y a des innocents qui sont morts de la main des assassins, et selon certains, des assassins qui n'ont pas subi le même sort.
Il y a ensuite un autre événement intéressant, c'est cette tour de Siloë qui devait avoir un certain problème ou avoir été mal construite, et il se trouve qu'en tombant, elle a fait périr dix-huit personnes. Evidement, on pourrait imaginer que s'ils sont morts c'est qu'ils avaient bien quelque chose à se reprocher. Or, pas du tout, ce n'étaient pas des pécheurs plus que les autres habitants de Jérusalem. Ce qui veut dire que pour le commun des mortels, quand nous commentons l'actualité et que nous essayons de déterminer pourquoi telle ou telle personne meurt, notre commentaire est vain, cela ne sert à rien. Nous sommes tous appelés à mourir, assassins, innocents, nous mourrons tous, que ce soit du fait du hasard, que ce soit de la justice des hommes, sauf dans les pays dans lesquels la peine de mort n'existe plus.
Saint Luc d'une manière très intelligente, et c'est là qu'on en revient au patchwork, a décidé de mettre deux autres textes après ce petit commentaire de l'actualité de Jésus, et ces deux textes éclairent de façon assez intéressante ce que nous venons de lire. En fait, ce que Jésus veut dire, c'est que nous passons notre vie à nous interroger sur le pourquoi des choses et de savoir si telle ou telle personne et morte parce qu'elle le devait, etc … est-ce que c'était un pécheur devant l'Éternel, et en fait, cela n'a aucun intérêt. L'intérêt, c'est la pénitence. Mais pas simplement la pénitence en tant que nous devions reconnaître nos fautes, mais c'est le prolongement de la pénitence qui est de porter des fruits.
Nous sommes malheureusement trop souvent stériles parce que nous passons notre temps à commenter l'actualité ce qui ne sert absolument à rien, et nous oublions notre nature qui est de porter des fruits. Notre nature d'hommes, c'est de mourir, justes et injustes. Sara est morte, nous l'avons entendu dans la première lecture, Abraham va suivre dans quelques chapitres, et on n'y peut rien. Mais là où nous pouvons quelque chose c'est de réveiller notre nature qui consiste à porter des fruits comme la nature de la vigne est de porter du raisin. C'est beaucoup plus intéressant, et c'est cela qui devrait focaliser notre intelligence, notre liberté et réveiller nos capacités qui souvent dorment au fond de notre corps et de notre cœur.
Vous le voyez dans cette parabole qui suit le commentaire du vingt heures. Il y a le propriétaire qui ne vient pas tous les jours dans sa vigne, il vient uniquement pour récupérer les fruits et quand il voit qu'un pied de vigne ne porte pas de fruits, il considère qu'il faut le couper et l'arracher. Il y a ce vigneron qui prend soin, tous les jours vérifie ce qui se passe dans le vignoble, et lui dit : "Laisse du temps, que je creuse tout autour, que je mette du fumier". Cela veut dire que porter des fruits, c'est de notre propre liberté, mais il faut reconnaître quelquefois que nous sommes soumis à des déterminismes, et que certaines choses nous échappent. Parfois on ne peut pas pleinement porter des fruits, non pas parce qu'on ne le veut pas mais parce que nous ne sommes pas en situation de le faire. C'est là qu'il y a cette providence de Dieu qui n'est pas du côté de celui qui punit, mais de celui qui entretient, qui nous aide à nous entretenir et à porter du fruit.
Nous avons alors dans le passage qui suit la mise en œuvre exacte de cette parabole. Que fait Jésus en se penchant sur cette femme qui est courbée depuis un certain nombre d'années ? Il fait à cette femme ce que le vigneron fait quand il bêche le pied de vigne pour retourner la terre et y mettre du fumier, c'est-à-dire qu'il va la sortir de cette condition qui est la sienne et pour laquelle elle n'y est pour rien, pour la libérer, mais pour qu'elle puisse ensuite porter du fruit.
Frères et sœurs, vous voyez que ce patchwork de trois passages, révèle une sorte d'entrelacement encore plus subtil. C'est le fait que d'un côté, il y a ce que nous sommes avec nos déterminismes et notre liberté, et de l'autre côté, il y a Dieu qui n'est pas là comme celui qui vient pour punir, mais qui est là au contraire pour nous accompagner avec ce que nous sommes, avec notre liberté, pour nous aider à porter du fruit.
Que tous les événements de notre vie et aussi ceux auxquels nous sommes confrontés dans la vie quotidienne, ne soient pas là pour nous paralyser, mais au contraire pour nous réveiller et pour nous inciter avec notre propre liberté et avec la grâce de Dieu à porter du fruit pour le champ de la terre.
AMEN