LA BREBIS PERDUE

Ap 2, 18-29 ; Lc 15, 1-10

(22 octobre 2008)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, ces deux petites paraboles assez connues nous remettent devant deux des aspects les plus fondamentaux de notre vie, le premier aspect qui est celui de notre situation de brebis égarée et de drachme perdue. Bien entendu, quand on lit la parabole, nous pensons tout de suite à notre situation de pécheur, même si nous avons parfois du mal à nous l'avouer, nous sommes tous pécheurs devant Dieu, nous n'aimons pas assez Dieu ni notre prochain, et nous savons très bien que nous sommes toujours en situation de débiteur vis-à-vis de cette vocation profonde à l'amour que Dieu a donné à chacun d'entre nous.

Il y a aussi un deuxième aspect que je crois aussi contenu dans la parabole si l'on en croit la manière dont on l'a parfois interprétée plus tard, c'est que cette brebis égarée, c'est l'homme qui est perdu dans cette espèce de maquis de la mort. La drachme perdue, c'est aussi cette réalité infiniment précieuse, le cœur de l'homme, mais qui est mis comme à l'ombre, dans l'oubli, dans un coin caché, un recoin de la maison dans l'obscurité, symbole aussi de la mort.

Cette parabole nous montre d'une certaine manière, le côté dramatique de l'existence de chacun d'entre nous, à la fois par notre péché et notre condition mortelle nous sommes dans une situation de brebis perdue, de brebis égarée, nous sommes dans une situation de réalité de richesse perdue.

Ce qui compte d'abord, et c'est cela la réalité chrétienne la plus profonde, c'est de savoir que Dieu ne perd jamais de vue, le prix de la brebis et le prix de la drachme. Dans cette parabole c'est Dieu qui ne cesse de penser à l'homme, soit l'homme pécheur, soit l'homme qui est voué à la mort. C'est Dieu qui garde au plus profond de lui-même cette attention de délicatesse car il sait le prix et l'importance de chacun de ses enfants et le prix du cœur de chacun de ses enfants. Chacun d'entre nous est comme cette drachme, cette monnaie sur laquelle est gravé le visage non pas d'un roi, le symbole d'un pays, d'une nation, mais est gravée l'effigie et la présence de Dieu. Chacun d'entre nous est cette brebis, qui même si à certains moments, elle a quitté le troupeau même si à certains moments elle est un peu perdue par-ci, par-là, en réalité garde le désir de retrouver celui qui est son véritable berger. Seulement voilà, ce qui compte d'abord, c'est le fait que Dieu lui-même se met en peine de rechercher ceux qui sont dans cet état de la souffrance, du péché ou de la mort.

Frères et sœurs, il n'est pas besoin de mettre des noms pour essayer d'évoquer ce que veut dire en nous cette parabole. Chacun d'entre nous, déjà pour sa vie personnelle, et pour ceux qui nous sont chers, a déjà vu à certains moments comment quelqu'un pouvait souffrir à cause de la mort, à cause d'une difficulté, à cause d'un drame, à cause d'une grande souffrance, et apparemment se retrouver loin de Dieu ou comme avec le sentiment d'être abandonné. Et pourtant, si cette parabole a encore une valeur pour nous à nos yeux aujourd'hui, c'est précisément parce que comme croyants, nous pensons vraiment que Dieu n'abandonne jamais aucun de ceux qu'il aime, aucune de ses créatures. Chaque fois que nous nous retrouvons, soit pour faire mémoire de ceux qui sont entrés dans la mort, nous savons qu'ils ne sont pas perdus, nous savons que Dieu s'est avancé à leur rencontre pour les accueillir et leur ouvrir les bras. C'est pour cela que certains Pères de l'Église lorsqu'ils ont commenté lé parabole de la brebis égarée, ont dit que les quatre-vingt-dix-neuf brebis, c'étaient les anges, et la brebis perdue, c'est toute l'humanité. C'est le paradis, les anges qui font la fête au moment où le Christ ressuscité ramène sur ses épaules la brebis qui était perdue.

Au fond, c'est notre destinée à chacun d'entre nous : être ressaisi par cet amour de Dieu, être porté sur ses épaules, bénéficier de cet amour unique qu'il veut pour chacun d'entre nous et dont il a témoigné dans la vie de ceux qui nous sont chers. Demandons au Seigneur que la lecture de cette parole de l'évangile et ceux pour qui nous prions aujourd'hui ravivent en nous ce sens de la proximité et de l'impatience de Dieu de nous retrouver.

 

AMEN