LA PATIENCE DE DIEU

Est 6, 1-10 ; Lc 13, 1-9

(16 octobre 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, les deux passages de l'évangile que nous venons d'entendre sont pleins d'enseignement et aussi d'espérance pour nous. Tout d'abord, Jésus s'en prend à cette manière de raisonner si courante de son temps mais encore aujourd'hui encore, s'il vous arrive quelque chose de désagréable, ou de dangereux, on dit facilement : qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour qu'il m'arrive cela.

Nous imaginons tout de suite, qu'il y a une sorte de comptabilité entre Dieu et nous et qu'à chacune de nos fautes correspond une punition, et que tous les malheurs qui nous arrivent sont la punition de nos fautes. Il y a longtemps que Job avait critiqué cette façon de voir, et Jésus reprend la même pensée : ce n'est pas une punition que Dieu nous envoie quand un malheur survient, même si nous avons par nos péchés, apparemment mérité cette punition, c'est plutôt par miséricorde que Dieu nous montre le danger bien plus profond que celui de la chute de la tour de Siloë ou que celui de la manière de remettre de l'ordre utilisé par Pilate, le danger beaucoup plus grand est le danger spirituel de la mort de notre âme.

De même qu'une tour qui s'écroule sur notre corps, de la même manière, notre péché peut tuer notre âme et là nous sommes devant une grave question. Le Seigneur Jésus donc refuse de considérer les événements même dangereux comme des récompenses ou des punitions de Dieu, ils sont le résultat des causes naturelles, mais que ceci nous rappelle un danger bien plus grand encore que nous courrons en tuant notre propre âme.

Il y a aussi dans ce passage d'évangile la version de saint Luc de l'histoire du figuier. Chez saint Matthieu ou chez saint Marc, cette histoire du figuier n'est pas très claire et même assez pénible à lire puisque on nous précise que ce n'est pas la saison des figues. Jésus vient devant le figuier, et il n'y a pas de figues ce qui est normal puisque ce n'est pas la saison, et Jésus maudit le figuier. Saint Luc a une autre interprétation beaucoup plus évangélique et plus satisfaisante pour notre pensée. C'est bien vrai que le maître vient et qu'il voudrait manger des figues et que dans un premier geste il se met en colère. Mais le plus important, c'est ce que nous dit le serviteur qui supplie le maître de faire encore un geste de patience de donner encore sa chance à ce figuier : "Laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je lui mette du fumier. Peut-être donnera-t-il des fruits à l'avenir. Sinon, tu le couperas !" Il ne nous est pas dit que ce n'était pas la saison des fruits, ce qui veut dire que celui qui, comme le figuier ne donne pas de fruits, Dieu use de miséricorde et il attend patiemment une ou deux années jusqu'à ce que les soins qui nous seront prodigués puissent nous permettre de répondre à sa demande et d'obtenir sa miséricorde.

Frères et sœurs, ne croyons pas que Dieu nous punit comme la tour de Siloë qui est tombée sur les habitants de Jérusalem. Ne croyons pas non plus que Dieu nous laisse dans notre péché, sa miséricorde est infinie et d'année en année, de jour en jour, il nous reprend, nous aide à essayer de convertir notre cœur.

 

AMEN