L'EXIGENCE DU PARDON

Tb 13, 7-10 ; Lc 6, 29-45

(18 septembre 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, bien que saint Luc en nous présente pas ce passage d'évangile dans le même contexte du sermon sur la montagne que ne le fait saint Matthieu, c'est bien de cette même loi fondamentale qu'il s'agit et dans un cas comme dans l'autre, elle se présente d'une manière paradoxale.

L'exigence de Jésus est plus profonde que celle de la Loi. La Loi ne demandait que de rendre à l'autre à légalité de ce qu'il nous a donné, et de lui rendre le bien pour le bien et le mal pour le mal, œil pour œil, dent pour dent, c'était la loi naturelle et celle que l'on trouve dans l'Ancien Testament, mais Jésus nous demande d'aller plus loin. Son exigence n'est plus telle ou telle prescription ou tel commandement à accomplir, mais son exigence est plus haute. Il s'agit de rendre non pas de l'amour à l'amour, et la haine à la haine, il s'agit d'aimer nos ennemis, d'aime ceux qui ne nous aiment pas, de donner à ceux qui nous ont déjà pris. Cela nous semble sans limites à juste titre et donc irréalisable. Pourtant, il n'y a pas d'autre solution dans les relations humaines. Si nous n'acceptons pas le pardon et non seulement le pardon, mais l'exercice de la miséricorde et de la charité, de l'amour pour ceux qui sont loin de nous, pour ceux qui nous ont fait du mal, si nous n'acceptons pas cela, le mal continuera à engendrer le mal, la violence à engendrer la violence, si nous rendons le mal pour le mal, on nous rendra aussi le mal pour le mal et les choses iront indéfiniment dans ce sens, et c'est ce qui se passe dans l'histoire des hommes.

Il suffit que nous ouvrions les yeux autour de nous pour que nous voyions que les peuples qui attaquent un autre peuple, si le peuple attaqué répond avec la même violence, c'est la guerre, et la guerre est sans fin, et l'on trouve toujours des raisons d'en vouloir aux autres parce qu'ils nous ont fait du mal et à notre tour nous en faisons. Ce qui est vrai des peuples, parce que c'est tellement évident, qu'il faudrait être aveugle pour ne pas s'en rendre compte, est vrai aussi dans la vie courante. Quand on connaît de l'intérieur un certain nombre de familles, même chrétiennes, on est surpris du nombre sinon de haines, sinon de ruptures qu'il y a dans ces familles, souvent pour des raisons futiles d'héritage, de partage, toutes sortes de choses qui éveillent en nous des instincts très négatifs. Si quelqu'un de proche nous a fait du tort, nous ne le fréquentons plus, nous ne voulons plus le recevoir, nous ne lui donnons plus signe de vie, nous sommes en train de faire exactement la même chose que font les peuples quand ils s'attaquent les uns les autres. Cela n'a peut-être pas la même violence, ce n'est pas aussi meurtrier, mais c'est aussi grave quant au fond de notre cœur, et quant à la vie qui est la nôtre et celle de nos frères et en particulier celle de nos ennemis.

Frères et sœurs, je crois qu'il faut regarder à fond ce problème du pardon, de la miséricorde, car si nous ne mettons pas sous le signe de la miséricorde comme Dieu nous y invite, miséricorde à l'égard des autres, comme nous attendons de Dieu la miséricorde à notre propre égard, si nous ne nous mettons pas sous cette logique, nous n'en sortirons pas et l'humanité n'en sortira pas. C'est le grand danger que l'humanité finalement se détruise elle-même, et qu'elle détruise non seulement les vies, mais les cœurs aussi, car si l'on ne pardonne pas, le cœur reste dans la haine et la révolte.

Demandons au Seigneur d'ouvrir nos yeux et notre cœur sur tous ces problèmes dont nous sommes partie prenante même si nous n'acceptons pas de le reconnaître.

 

 

AMEN